Migrants : qu'attendre du sommet extraordinaire de l'UE ?

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Migrants : qu'attendre du sommet extraordinaire de l'UE ?
@ AFP/EUROKINISSI ARGIRIS MANTIKOS
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Jeudi, les Vingt-Huit se réunissent à Bruxelles pour un sommet extraordinaire sur les migrants en Méditerranée. Le but : mettre fin à l'hécatombe aux portes de l'Europe.

De l'aveu même de Valerio Neria, président de l'ONG Save the children, ce sommet extraordinaire, "une affaire de vie ou de mort". L'Union européenne se réunit jeudi pour trouver des mesures concrètes afin d'empêcher la mort de milliers de migrants qui tentent de rejoindre les côtes européennes. En une semaine, plus de 1.000 personnes se sont noyées dans les eaux méditerranéennes en faisant cette traversée.

Les ONG, mais aussi le commissariat de l'ONU aux droits de l'homme ont vertement critiqué les politiques migratoires européennes et l'absence de réaction au drame humanitaire qui se joue aux portes de son territoire. Donald Tusk, le président polonais du Conseil européen, a prévenu "ne pas attendre de solutions rapides aux causes profondes des migrations, parce qu'il n'y en a pas". "S'il y en avait, nous les aurions mises en œuvre depuis longtemps", a-t-il insisté. Un discours bien pessimiste alors que les Vingt-Huit ont annoncé lors d'une réunion d'urgence lundi travailler sur un plan en dix points. Europe 1 vous résume les pistes de travail.

• L'opération Triton

En octobre 2014, l'Italie a mis fin à Mare Nostrum, son opération de sauvetage des migrants que ses détracteurs accusaient de faciliter le travail des passeurs. Triton a pris le relais. Ce plan supervisé par Frontex, l'agence européenne de surveillance des frontières, est une version au rabais. Les bateaux affectés ne peuvent voguer qu'à quelques kilomètres de rivages européens alors que les bateaux italiens de Mare Nostrum pouvaient approcher très près des côtes libyennes, d'où partent la majorité des migrants.

Depuis la mise en place de Triton, le nombre de morts sur la mer a augmenté de manière exponentielle, sans que l'on sache s'il s'agit d'un effet direct ou bien si davantage de clandestins ont tenté leur chance sur les flots.

Le plan soumis lors de la réunion de lundi prévoit le doublement des moyens pour la mission de surveillance maritime, qui pourra patrouiller dans une zone plus large et aura l'obligation de participer aux secours, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent.

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© AFP/GUARDIA COSTIERA

• La racine du mal : le chaos libyen

Ces dernières années, la "route centrale méditerranéenne" est devenue la plus empruntée par les migrants qui veulent rejoindre l'Europe. L'an dernier, ils étaient 170.000 à être partis de Tunisie, Egypte mais surtout de Libye pour rejoindre l'Italie et la Grèce dans une moindre mesure. Les passeurs ont profité de la désorganisation totale de l'Etat libyen pour s'installer sur les rivages de la Tripolitaine. Nombreux sont les commentateurs et hommes politiques à critiquer l'intervention française de 2011, qui a mis fin à la dictature de Mouammar Kadhafi. Selon eux, par manque de planification politique du futur, elle a laissé libre court aux bandits et groupes criminels dans le pays.

Pourtant, aucun pays de l'Union européenne ne prévoit pour l'heure d'intervention militaire pour restaurer le calme et la paix en Libye. En revanche, ils pèsent de tout leur poids diplomatique. Pour faire cesser l'hécatombe en Méditerranée, les Européens misent sur la coopération avec les pays d'origine et de transit pour mieux réguler les flux. Ils poussent ainsi pour la formation d'un gouvernement d'union en Libye. Les Vingt-Huit voient dans la restauration d'un Etat le seul moyen d'endiguer durablement les départs de migrants africains et de réfugiés syriens massés sur ses côtes.

• La répression contre les passeurs

Les passeurs de migrants, désignés comme des "terroristes" par le président français, sont également ciblés par l'Union européenne. Le trafic d'êtres humains représente en effet une manne financière importante pour les mafias, juste derrière le trafic de drogues et d'armes.

Selon un projet de déclaration commune, il faut "mener des efforts systématiques pour identifier, capturer et détruire les bateaux avant qu'ils ne soient utilisés par les trafiquants", indique. La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini "est invitée à commencer immédiatement les préparatifs pour une possible opération de sécurité et de défense, en accord avec la loi internationale". Le hic : cette opération militaire devra recevoir le feu vert de l'Onu et vaincre les réticences de certaines capitales, notamment Londres.

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© ALBERTO PIZZOLI / AFP

• Laisser l'Italie souffler

En théorie, le droit de l'Union européenne est simple : le pays où arrive un migrant est chargé de traiter sa demande d'asile. L'Italie a donc vu cette dernière année son nombre de demandeurs d'asile multiplié par six. Dans les faits, un certain nombre de clandestins arrivés sur ses côtes partent pour d'autres pays européens, généralement du Nord.

Pour le président du réseau Migreurop, interrogé par Libération, il existe une directive, "jamais appliquée jusqu'ici", qui pourrait permettre d'aller au-delà et de coordonner la prise en charge : votée en juillet 2001 après la guerre du Kosovo, elle permet d'offrir une protection temporaire à des migrants en cas d'afflux "massif" et autorise les pays à répartir les demandeurs d'asile sur le territoire européen.

Car s'il y a bien un axe d'action qui ne sera pas sur la table ce jeudi, c'est celui d'une politique migratoire commune. Aucun des 28 pays de l'Union européenne n'est à l'heure actuelle prêt à céder du terrain sur cette question.

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