Manifestations en Iran : "Les tensions qui s'expriment aujourd'hui devraient s'exprimer encore longtemps"

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Pour Sébastien Regnault, chercheur en sciences sociales, invité samedi sur Europe 1, les Iraniens aspirent à une plus grande autonomie économique et sociale.

INTERVIEW

Que cachent les dernières manifestations en Iran ? Depuis le 28 décembre, un mouvement de contestation contre la vie chère et le pouvoir secoue de nombreuses villes du pays. Vingt-et-une personnes sont mortes et des centaines ont été arrêtées. C'est le premier mouvement d'ampleur depuis celui de 2009 contre la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad.

"Un enfermement de la part du régime". Si la contestation s'est un peu calmée depuis mardi, après le déploiement important des forces de l'ordre, "elle est amenée à durer", assure toutefois Sébastien Regnault, chercheur en sciences sociales auteur de La modernité iranienne, qui était l'invité samedi dans l'émission C'est arrivé cette semaine, sur Europe 1. "Car ce qui s'est passé vient de l'intérieur de la société iranienne", dont une partie aspire à davantage de liberté. "Elle conteste un certain enfermement de la part du régime", précise le spécialiste. "Les tensions qui ont été exprimées en 2009 s'expriment encore aujourd'hui et devraient s'exprimer encore longtemps", ajoute-t-il.

Un taux de chômage qui reste élevé. Au delà de la contestation du régime en lui-même, les Iraniens contestent le budget d'austérité présenté par Hassan Rohani en décembre et notamment l'annonce de l'augmentation drastique des prix des biens de première nécessité. Ils aspirent à davantage d'autonomie économique. Surtout, les Iraniens pensaient qu'avec l'accord sur le nucléaire signé en 2015 et la fin du gel économique, il y aurait une véritable amélioration de leur niveau vie. Mais, dans les faits, ce n'est pas le cas. L'inflation avoisine les 10 % et le taux de chômage reste élevé, frôlant les 12 % selon les chiffres officiels. "La république islamique a réussi une seule chose, c'est l'éducation des jeunes. Mais j'ai souvent rencontré des gens qui étaient médecins, qui avaient un master, mais qui travaillaient dans le bazar chez papa le jour et faisaient le taxi le soir pour arrondir leurs fins de mois", constate Sébastien Regnault.

"Des problèmes structurels". Certes, "la situation économique de l'Iran est bien meilleure que sous Mahmoud Ahmadinejad, l'inflation est régulée, il commence à y avoir de l'investissement étranger", nuance le spécialiste. "Mais il y a des problèmes structurels de l'économie iranienne, des problèmes de structure bancaire mais aussi un manque de transparence."