Reprise des combats à Alep, l'évacuation de civils suspendue

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Reprise des combats à Alep, l'évacuation de civils suspendue
Des civils fuient la zone rebelle lundi soir, à Alep. @ KARAM AL-MASRI / AFP
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Alors qu'un accord avait été conclu pour permettre l'évacuation de rebelles et de civils, l'opération a suspendue. Les bombardements ont repris.

L'ESSENTIEL

De violents combats ont repris mercredi à Alep, en Syrie, après le report de l'évacuation des civils et des insurgés, qui devait débuter à l'aube dans la grande ville du nord de la Syrie où le pilonnage incessant est selon l'Onu "très probablement constitutif de crimes de guerre". Cet accord de cessez-le-feu avait été conclu mardi dans le cadre de négociations entre les insurgés, la Russie, alliée militaire clé du régime de Damas, et la Turquie. Près de 100.000 personnes seraient encore piégées dans la partie rebelle d'Alep, selon l'ONG Médecins du Monde. 

    Les trois infos à retenir 

  • L'accord sur l'évacuation d'Alep, qui n'avait pas commencée, est "suspendu"

  • Le régime syrien a repris ses bombardements visant les rebelles

  • 100.000 personnes seraient encore piégées dans la zone rebelle d'Alep

Reprise des bombardements. Les belligérants se sont mutuellement accusés d'être responsables de la fin du cessez-le-feu : l'allié russe du président Bachar al-Assad a accusé les rebelles d'avoir déclenché les hostilités, alors que le parrain de l'opposition, la Turquie, blâmait les troupes du régime et leurs alliés. Les violences entre forces pro-régime et insurgés ont ainsi repris de plus belle.

Les raids aériens et les tirs d'artillerie des troupes pro-régime ont poussé des habitants terrifiés à fuir dans les rues à la recherche d'un abri, selon un correspondant de l'AFP qui a vu beaucoup de blessés autour de lui. D'autres tentaient de se cacher dans les entrées des immeubles. Le correspondant a vu un char du régime tirer en direction des secteurs insurgés, alors que les raids aériens du régime se poursuivaient en fin d'après-midi sur le secteur rebelle dans le sud de la ville.

L'évacuation des civils suspendue. L'accord d'évacuation, censé entrer en vigueur à 3H GMT, a été "suspendu". Avant la reprise des bombardements, des milliers de civils attendaient d'être évacués des zones rebelles. Dans le quartier al-Machad, une foule de civils, portant des affaires, s'était massée dans les rues depuis 5H du matin afin de pouvoir sortir, selon un journaliste de l'AFP. 

La vingtaine de bus qui devaient prendre en charge les évacués lors de l'évacuation sont restés stationnés dans le secteur gouvernemental de Salaheddine. Des milliers d'habitants avaient pourtant attendu en vain d'y monter dans le froid et sous la pluie. Beaucoup avaient passé la nuit sur les trottoirs, faute d'abris.

Les bus attendent à Alep

George OURFALIAN / AFP


100.000 civils dans l'attente et la crainte. Selon Médecins du monde, il y aurait encore 100.000 personnes piégées sur un territoire de 5 km carrés. "Alep est dans une situation d'urgence absolue", a déclaré mardi soir la présidente de l'ONG, Dr Françoise Sivignon, appelant à sauver les civils de cet "enfer".

Toutefois, beaucoup d'habitants craignent de monter dans ces bus d'évacuation et de s'exposer aux exactions commises par les forces de Bachar al-Assad. "On ne peut pas leur faire confiance. Si on part avec le régime, on risque la mort", a confié une enseignante, réfugiée dans une cave d'Alep et jointe par Europe 1 mercredi. 

Des civils bloqués par des rebelles ? Selon la Commission d'enquête sur la Syrie de l'ONU, des groupes rebelles empêcheraient des civils de quitter les quartiers assiégés d'Alep-Est et s'en serviraient comme boucliers humains. Dans un communiqué, cette Commission déclare avoir "reçu des allégations à propos de groupes de l'opposition, dont le groupe terroriste Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra) et Ahrar al-Cham, qui empêcheraient des civils de partir (...)".

Vendredi dernier, le porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, Rupert Colville, avait déjà dénoncé le Front Fateh al-Cham et les Kataëb Abou Amara, qui, selon plusieurs sources, auraient exécuté des civils parce qu'ils tentaient de fuir les derniers quartiers d'Alep-Est encore aux mains de l'opposition.