Les cinq inconnues des élections législatives allemandes

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Les cinq inconnues des élections législatives allemandes
Une affiche avec Merkel et Schulz devant le Bundestag. @ Odd ANDERSEN / AFP
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Angela Merkel remet en jeu son mandat dimanche. Si le suspense est relatif, tant la chancelière est favorite, de nombreuses interrogations, comme le score de l’extrême droite, entourent cette élection. 

Loin de l’effervescence du duel entre Donald Trump et Hillary Clinton et de la présidentielle française de mai dernier, les élections législatives allemandes de dimanche ont bien du mal à passionner à l’international. Un désintérêt qui s’explique avant tout par l’absence de suspense : Angela Merkel, largement en tête des sondages, est quasiment assurée de rempiler pour un quatrième mandat de chancelière. Ce scrutin ne manque pourtant pas de poser des questions pour l’avenir de la première puissance européenne. La composition de la coalition gouvernementale, le score de l’extrême droite dans un pays encore traumatisé par son Histoire ou encore l’impact sur la construction européenne sont les principales interrogations de ces législatives.

  • La victoire de Merkel, mais avec quel score ?

N’inventons pas un suspense qui n’existe pas. Sauf cataclysme, Angela Merkel, au pouvoir depuis 2005, continuera à conduire le destin de l’Allemagne. La chancelière, vivement critiquée pour sa gestion de la crise des migrants, a redressé la barre et a retrouvé des scores de popularité à faire pâlir d’envie la plupart des dirigeants européens. Seule interrogation pour la cheffe de file des conservateurs (CDU-CSU) : l’ampleur de sa victoire. Angela Merkel est créditée dans tous les sondages d’une confortable avance sur son challenger social-démocrate Martin Schulz (SPD), avec par exemple 36% contre 22% selon l’institut Insa.

  • Quelle composition pour la coalition gouvernementale ?

C’est la principale inconnue de ces élections. Avec 36% des voix, Angela Merkel ne serait pas en mesure de gouverner seule et devrait donc se mettre en quête d’un ou plusieurs alliés. La couleur de cette coalition reste cependant très incertaine et dépendra des scores de dimanche. Le camp Merkel (CDU-CSU) pourrait trouver un accord avec les Libéraux du FDP (droite), allié naturel des conservateurs. Avec 9% des voix selon les sondages, le FDP ne serait toutefois pas en mesure de donner une majorité à la chancelière. Elle pourrait donc être tentée d’élargir le duo à un trio avec les Verts. Sauf que ce drôle d’attelage semble délicat à manœuvrer, tant les différences de fond sont importantes entre Verts et FDP.

Autre solution pour Merkel : une reconduction de la grosse coalition (GrosKo) avec les sociaux-démocrates du SPD, en vigueur depuis 2013. Sauf que, là aussi, rien n’est assuré. "Il faudra voir si les sociaux-démocrates auront envie de reconduire la coalition, alors qu'ils n'en profitent pas politiquement. Beaucoup de sociaux-démocrates se posent la question", explique Hans Stark, professeur à la Sorbonne et spécialiste de l’Allemagne interrogé par Europe 1. Pour la chancelière, une nouvelle victoire ne serait que le début du casse-tête.

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  • L’extrême droite au Parlement ?

Un parti cristallise toutes les attentions et les craintes : l’AfD. La formation d’extrême droite, anti-immigration et nationaliste, est créditée de 10% dans les derniers sondages. Si ce score se confirme dans les urnes, l’AfD deviendrait alors le premier parti d’extrême droite à entrer au Bundestag (la chambre des députés) depuis la fin du régime nazi. Malgré de nombreuses polémiques, notamment en raison de propos favorables à l’armée du IIIe Reich, le parti d’extrême droite trace son sillon et séduit de plus en plus d’électeurs, notamment sur les terres désindustrialisées de l’ex-RDA (Allemagne de l’Est). De quoi inquiéter le chef de la diplomatie allemande. "C'est la première fois depuis plus de 70 ans que nous aurons des Nazis au Reichstag", a tonné Sigmar Gabriel.

  • Quel est l’état d’esprit des Allemands ?  

L’Allemagne continue de surfer sur sa bonne santé économique, forte d’un taux de chômage quasi inexistant (3,7% en juillet) et d’une croissance solide (1,9% en 2016). "Une majorité très élevée d'Allemands considère leur situation personnelle comme satisfaisante. Il n'y a pas de mécontentement économique", analyse Hans Stark. Contrairement aux autres démocraties occidentales, l’Allemagne échappe à la vague de "dégagisme" et de volonté de renouvellement du personnel politique. Mais un début de mécontentement social se fait jour, notamment en raison du creusement des inégalités. Cette colère d’une minorité d’Allemands pourrait impacter les élections : il pourrait y avoir six partis représentés à la Chambre des députés, une première depuis 1990.  

  • Quelles conséquences pour l’Europe ?

La reconduction d’Angela Merkel aura un impact important sur le futur de l’Union européenne. Mais l’attitude de la chancelière dépendra en grande partie de la composition de sa future coalition. "La droite, essentiellement la CSU et le FDP (Libéraux), vont se montrer très orthodoxes, sur une poursuite de la politique d'austérité. Au contraire, le SPD et les Verts développent des politiques qui mèneraient l'Allemagne à s'ouvrir davantage sur la solidarité budgétaire et à des discussions avec les pays du sud, notamment sur la dette de la Grèce, qui sont des réformes souhaitées par Emmanuel Macron", assure Hans Stark. A l’Élysée, les élections allemandes seront scrutées avec énormément d’attention, et un brin d’appréhension...