L’Arabie Saoudite "déradicalise" ses djihadistes

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L’Arabie Saoudite "déradicalise" ses djihadistes
@ REUTERS/PHOTO D'ILLUSTRATION
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VU D’AILLEURS - Dans des centres spécialisés, ils suivent une réhabilitation. Un modèle pour la France ?

Cours d’informatique, de religion ou encore de sport. Les pensionnaires du centre Mohammed Ben Nayef, dans la banlieue de Ryad, ont le choix des activités. Tous font partie du programme de réhabilitation Munasaha, destiné aux anciens terroristes qui désirent s’offrir une nouvelle vie.

>> Une méthode qui pourrait intéresser certains pays européens, où des adultes et des adolescents, de plus en plus nombreux, partent faire le djihad en Syrie. selon les dernières estimations ils seraient 200 à 240 au total à se battre.

Un programme de "déradicalisation". C’est après le choc des attentats du 11-Septembre, que le gouvernement saoudien a décidé de s’attaquer au terrorisme qui trouve alors nombre de candidats au djihad sur son territoire. Depuis 2004, l’Arabie Saoudite propose à d’anciens terroristes, qui ont envie de se repentir, de suivre ce programme de "déradicalisation". Parmi eux figurent notamment des ex-détenus de Guantanamo.

Les "pensionnaires" y suivent un programme sur plusieurs semaines ou plusieurs mois, sorte de "délavage" de cerveau - destiné à leur donner les clefs pour retrouver une vie normale. Les cours sont dispensés par des oulémas - des personnes qui ont étudié le Coran -  mais aussi par des repentis qui sont passés par l’un de ces centres auparavant.

"Aujourd’hui, il est marié et a retrouvé un emploi". Clarence Rodriguez, journaliste française installée à Ryad, a pu rencontrer il y a quelques mois un de ces anciens pensionnaires. L’homme, spécialiste en électronique, travaillait pour Al-Qaïda et était chargé de fabriquer des détonateurs pour les attentats suicides. "Aujourd’hui, il est marié et a retrouvé un emploi comme électricien", raconte-t-elle à Europe1.fr. "Mais il est difficile de savoir à quel point le programme est efficace", ajoute-t-elle.

Si les autorités saoudiennes se sont targuées, pendant un moment, d’avoir un taux de réussite de 100%, l’image du programme Munasaha a été fortement écornée quand un des élèves,  Saïd al-Chehri, a quitté le programme pour le Yémen et est devenu  le numéro deux d'Al Qaïda dans la Péninsule arabique. L’homme a, depuis, été tué par l’armée yéménite.

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Pas vraiment des volontaires. Les échecs rencontrés dans le programme pourraient s’expliquer, selon Adam Coogle, chercheur pour Human Rights Watch et contacté par Europe1.fr, par le fait que "certains candidats ne sont pas vraiment volontaires".  
 
 "Des détenus qui n’ont pas encore été jugés sont envoyés dans ces centres afin d’échapper à un procès", raconte le chercheur. Et ce degré de motivation, essentiel pour sortir de l’endoctrinement d’Al-Qaïda, n’est évidemment pas le même entre un volontaire et un homme qui essaie d’échapper à une peine de prison.

Un modèle pour la France ? Certains pays comme l’Indonésie ou encore le Yémen ont suivi ce modèle saoudien et ouvert des centres de "déradicalisation". Au Pakistan, des psychologues travaillent, de leur côté, avec d’anciens terroristes pour les aider à se réintégrer à la société. Une méthode qui séduit davantage la psychologue Dounia Bouzar, que celle pratiquée par Ryad.

"Je ne pense pas que le modèle saoudien soit envisageable en France", prévient la psychologue interrogée par Europe1.fr. "L’Arabie Saoudite remplace un discours radical [celui des groupes islamistes] par un discours religieux [donné par les oulémas]. Or, en France, les jeunes gens qui partent ou qui seraient tentés de partir faire le djihad, ne sont pas en quête de religion, ils sont en quête d’héroïsme", explique la spécialiste, auteure de Désamorcer l'islam radical. Ces dérives sectaires qui défigurent l’islam.

Néanmoins, la psychologue ne rejette pas le concept des centres de "déradicalisation". En revanche, l’enseignement ou plutôt le suivi, "devraient être assurés par des psychologues", prévient-elle. "Les jeunes Français qui se sont radicalisés sont sous une emprise mentale. Il s’agit d’une dérive sectaire et non de religion", conclut-elle.

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