Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, en cinq dates

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Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, en cinq dates
@ John Stillwell/AFP
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En dix ans, Julian Assange est passé de hackeur anonyme à l'homme le plus recherché par Washington. Une carrière fulgurante pour un activiste du web.

Voilà deux ans et demi que Julian Assange, invité lundi d'Europe 1 à 7h45, est enfermé dans l'ambassade équatorienne de Londres. Le fondateur de WikiLeaks, à l'origine petit hacker de génie en Australie, est devenu en dix ans l'ennemi public n°1 des Etats-Unis. Retour sur dix ans d'une carrière de lanceur d'alertes.

2006 – Les balbutiements de WikiLeaks Après des années de hacking, Julian Assange veut œuvrer pour le principe auquel il croit : la transparence. En fondant le site internet WikiLeaks, l'Australien crée une plateforme à tous les citoyens bien informés pour dénoncer les abus de l'Etat dont ils sont témoins. Pendant des mois, il travaille de manière compulsive à créer l'architecture d'un site qui doit être le plus sécurisé possible. Les premières révélations de Julian Assange concernent un cheikh somalien, mais le lanceur d'alerte reste sceptique sur la véracité de ces informations. 

2008 – Assange dans la lumière avec Collateral Murder

La consécration arrive deux ans plus tard, pour WikiLeaks. Installés en Islande, Julian Assange et le hackeur néerlandais Rop Gonggrijp s'envolent pour Washington, aux Etats-Unis. Ils doivent y tenir une conférence de presse pour présenter les révélations de WikiLeaks à des journalistes. Une vidéo en particulier attire l'œil des reporters présents, celle qui sera intitulée Collateral Murder (meurtre collatéral, en anglais). Les images sont prises d'un hélicoptère de l'armée américaine, volant au-dessus de Bagdad, en Irak. On peut y entendre les conversations des soldats avec leur hiérarchie restée à la base, lorsqu'ils repèrent un groupe de personnes dans une rue. Les soldats confondent des caméras avec des lance-roquettes et lancent une attaque contre le groupe. Deux journalistes de Reuters sont tués. Pour la première fois, une affaire révélée par WikiLeaks a un retentissement mondial.

2010 – Assange et Manning, ennemis publics n°1

La vie de Julian Assange bascule définitivement en novembre 2010, quand WikiLeaks travaille de concert avec plusieurs médias internationaux, dont Le Monde en France. Le lanceur d'alertes fournit aux journaux une masse d'informations inédites, tirées de câbles diplomatiques. Des millions de messages confidentiels entre ambassades sont révélées grâce à Bradley Manning, la source de WikiLeaks. Le soldat américain, rapidement identifié par la justice, a copié ces informations à l'époque où il travaillait en Irak. Avec le Cable Gate, Julian Assange devient l'ennemi public n°1 de Washington et WikiLeaks la bête noire des gouvernements du monde entier.

2010-2011 – Le jeu du chat et de la souris avec Stockholm

La réponse est immédiate. Une enquête d'une ampleur inédite concernant Julian Assange et WikiLeaks est ouverte aux Etats-Unis. Au même moment, en novembre 2010, Interpol émet contre le hackeur un mandat d'arrêt international demandé par la Suède, dans une affaire apparemment sans aucun rapport. Deux jeunes femmes l'accusent de viol.

Julian Assange dément ces accusations et affirme qu'il s'agissait d'une relation sexuelle consentie, ce qu'une des jeunes filles ne nie pas. Mais selon elle, Julian Assange l'a forcée à un rapport sexuel sans protection, ce qui pourrait constituer un viol selon le droit suédois.

A ce moment, le fondateur de WikiLeaks se trouve au Royaume-Uni. Au mois de décembre, il est arrêté par la police britannique mais libéré sous caution quelques jours plus tard. A partir de là s'engage une bataille judiciaire d'un an et demi avec les autorités britanniques, qui veulent l'extrader vers la Suède. Son extradition vers Stockholm pour être entendu par la police suédoise est confirmée en juin 2012.

2012 - La vie en prison dorée

La réaction est immédiate. Julian Assange refuse d'être extradé. A tout moment, il peut être arrêté et envoyé vers la Suède, en particulier s'il tente de fuir le pays en avion. Le fondateur de WikiLeaks craint qu'une fois entendu à Stockholm, la justice suédoise décide de l'extrader vers les Etats-Unis où l'attend à coup sûr un procès similaire à celui de sa taupe Bradley devenue Chelsea Manning, condamnée à 35 ans de prison.

L'ambassade équatorienne de Londres.

© CARL COURT/AFP


Julian Assange trouve une parade et se réfugie à l'ambassade équatorienne de Londres le 21 juin 2012. Sur ABC, une radio australienne, il se justifie : "Nous espérons que ce que je fais actuellement va tout simplement attirer l'attention sur les questions sous-jacentes" de libertés individuelles et de transparence. Quelques semaines plus tard, l'Equateur lui accorde l'asile dans le pays. Mais Julian Assange peut difficilement risquer de traverser l'Atlantique sans être arrêté à l'aéroport.

Depuis ce 21 juin 2012, Julian Assange vit reclus dans de l'ambassade. "Ce n'est pas très grand, mais suffisant pour moi. Nous sommes devenus une petite famille", décrit-il, soulignant les difficultés à rester en bonne santé sans pouvoir mettre les pieds dehors. Jour comme nuit, un policier britannique est posté devant le bâtiment diplomatique pour arrêter l'Australien si celui-ci se risque à en sortir. De temps à autre, il tient des conférences de presse depuis sa fenêtre. Le 25 février 2015, l'avocat de Julian Assange a annoncé déposer une nouvelle demande d'appel pour le mandat d'arrêt suédois contre son client. Un ultime recours pour un exil en ambassade à durée indéterminée.

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