Jihadi John, "l'un des pires" bourreaux de l'Etat islamique

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Le Britannique surnommé "Jihadi John" a été ciblé spécifiquement jeudi, en Syrie, par un raid aérien de l'armée américaine. Didier François, qui a croisé sa route lorsqu'il était otage, témoigne.

Il fut l'un des geôliers de Didier François, journaliste d'Europe 1, retenu en captivité durant dix mois, en Syrie. "C'était certainement l'un des pires, qui frappait et torturait sans la moindre retenue", a confié le journaliste sur Europe 1, vendredi matin, au sujet du bourreau de l'organisation Etat islamique en Syrie, Mohammed Emwazi surnommé "Jihadi John". Cet homme a été ciblé par des frappes aériennes, a annoncé l'armée américaine, dans la nuit de jeudi à vendredi, sans que l'on sache pour l'instant s'il a été tué.

Chef des gardes britanniques. L'homme "était l'un des geôliers qui avaient en charge pas moins des 19 otages occidentaux enlevés en Syrie par l'Etat Islamique durant l'année 2013", a indiqué Didier François. Tous étrangers, les ravisseurs de l'Etat islamique s'organisaient par nationalité. Parmi ces djihadistes, un groupe composé de quatre gardes Britanniques dont "Jihadi John" était le chef.

"Entre nous, on les avait surnommés les Beatles parce qu'on ne connaissait pas leurs noms", a raconté Didier François. Les otages rebaptisaient ainsi ces quatre geôliers Paul, Ringo, Georges et John, le fameux Mohammed Emwazi. "John, leur chef ", était "le plus grand, le plus calme, mais aussi le plus déterminé, sans le moindre scrupule".

Bourreau masqué de l'EI. Toujours masqué, le Britannique apparaît dans les vidéos de décapitation d'otage. En uniforme noir, exalté, il menace l'Occident en anglais, "en agitant son couteau de la main gauche, ce qui a permis de l'identifier", a expliqué Didier François. Le fait qu'il s'exprimait dans ces vidéos en anglais, avec un accent britannique, lui a valu son surnom de "Jihadi John".

"C'est lui qui a égorgé personnellement les journalistes américains et japonais, les humanitaires britanniques", a indiqué Didier François. Le bourreau de l'EI s'est fait connaître en août 2014, en apparaissant dans la vidéo de l'exécution de l'Américain James Foley, qu'il avait lui-même enlevé, en novembre 2012. C'est également "Jihadi John", "qui a exécuté un otage russe d'une balle dans la tête", a rapporté Didier François.

Pourquoi a-t-il été visé spécifiquement ? Mais la raison clef pour laquelle il a été ciblé par l'armée américaine, c'est parce qu'"il était devenu l'un des principaux responsables du recrutement des djihadistes en Europe", a décrypté le journaliste à l'antenne d'Europe 1. L'homme n'était plus seulement exécutant des basses œuvres, il était aussi devenu une tête pensante du groupe islamiste ; "c'était un peu le cerveau du recrutement en Europe". "Il s'occupait de la sélection, puis de la formation des candidats djihadistes pour les renvoyer commettre des attentats chez nous", a-t-il précisé.

Il faut dire que Mohammed Emwazi est lui-même un Britannique, né au Koweït en 1988 de parents irakiens. Le jeune homme "a fait ses classes dans un réseau des quartiers Nord de Londres, avant de partir combattre d'abord en Somalie, puis en Syrie". Il était basé à Raqqa, fief de l'Etat islamique en Syrie où "les services de renseignement occidentaux le pistait depuis plus d'un an et ont enfin eu l'opportunité de le frapper", a encore indiqué Didier François.

"Jihadi John" est-il mort ? D'après nos informations, "la voiture a été totalement détruite par un missile et Emwazi était dedans". L'examen de l'efficacité de l'opération est en cours, a indiqué un porte-parole du Pentagone, dans la nuit de jeudi à vendredi.


Le Pentagone "raisonnablement certain" de la mort Mohammed Emwazi

"Je peux vous dire avec certitude que la frappe a été un succès, mais comme nous n'avons pas encore l'information, nous explorons toutes les voies possibles pour confirmer son décès", a déclaré le secrétaire au Foreign Office, Philip Hammond, lors d'un déplacement à Prague.

Côté américain, on juge également probable la mort de Mohamed Emwazi sans pouvoir encore en apporter la preuve formelle. Le Pentagone se dit ainsi "raisonnablement certain" de la mort de l'activiste, connu pour ses apparitions comme bourreau dans les vidéos de propagande de l'EI, grâce aux renseignements obtenus sur le terrain.