Irak : qui sont les yazidis ?

  • A
  • A
Irak : qui sont les yazidis ?
Des réfugiés yazidis.@ REUTERS/Ari Jalal
Partagez sur :

CONFLIT - Ils sont plusieurs milliers à fuir l'avancée des djihadistes. Qui sont les yazidis et pourquoi l'État Islamique leur promet-il la mort ? 

Sur les routes d'Irak, la communauté yazidie, tout comme les chrétiens, fuit l'avancée des troupes de l'État islamique (EI). Selon des estimations de parlementaires irakiens, ils seraient actuellement plusieurs milliers réfugiés dans les monts Sinjar et entre 15.000 et 30.000 d'entre eux auraient réussi à atteindre le Kurdistan irakien, épaulés par les peshmergas, les combattants kurdes. Mais tous n'ont pu fuir. Selon le ministère irakien des droits de l'homme, l'EI aurait tué 500 yazidis et mis en esclavage 300 femmes yazidies. 

>> LIRE AUSSI - Sans aide, les yazidis irakiens risquent de mourir. 

Qui sont les yazidis ? Combien sont-ils ? Où vivent-ils ? Les yazidis ne constituent pas un peuple mais une communauté religieuse. Au vu de leur langue (un dialecte kurde) et de leur implantation géographique, ils sont considérés comme kurdes. Mais si c'est une religion, on ne peut pas pour autant s'y convertir. On naît yazidi. Le yazidisme est sur ce point comparable à l'hindouisme. 

600.000 yazidis vivent en Irak, essentiellement dans la région du Kurdistan. Mais ils sont aussi nombreux à vivre en Syrie, en Arménie et dans les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale. Il existe aussi une diaspora en Amérique du nord et en Europe. Ils seraient 60.000 en Allemagne et 5.000 en France.

À quand remonte leur religion ? Les yazidis pratiquent peut-être l'une des plus vieilles religions du monde, antérieure aux monothéismes. Leur calendrier remonte en effet à 6764 années. Les yazidis seraient, à l'origine, des Kurdes ayant refusé de se convertir au zoroastrisme, religion répandue dans le Kurdistan au 6ème siècle avant Jésus-Christ. 

Réfugiés Yazidis

© REUTERS/Stringer

Des réfugiés yazidis. 

Monothéistes ou polythéistes ? Les yazidis croient en un seul dieu qui a créé la Terre et Adam, le premier homme. Ce dieu, selon eux, ne s'occupe pas directement de la terre et des humains, il a donné cette charge à sept anges qu'il a créé dont un, Malek-Taous est son émanation. Malek-Taous est traduisible en "ange-solaire" ou "ange-paon".

>> LIRE AUSSI - A Erbil, les chrétiens d'Irak condamnés à l'exil ? 

Quels sont leurs livres sacrés ? Les islamistes opposent les yazidis aux "gens du Livre", chrétiens et juifs. Mais si la tradition orale joue chez eux un rôle important, les yazidis ont aussi leurs livres sacrés.  Le Livre des Révélations décrit l'ange Malek-Taous, l'ange-solaire. Le Livre noir relate la création du monde et les prescriptions religieuses des yazidis. 

Quelles sont leurs principales pratiques religieuses ? Le yazidisme est le fruit d'un syncrétisme, c'est-à-dire un mélange d'influences. Comme dans le zoroastrisme, une religion orientale aujourd'hui disparue, ils sacrifient un taureau une fois par an, pour le bien-être de l'humanité. Comme chez les chrétiens, ils sont baptisés. Comme chez les juifs et les musulmans, ils sont circoncis même si cette pratique n'est pas obligatoire. Ils ont aussi emprunté au soufisme, une branche mystique de l'islam. Enfin, les yazidis prient plusieurs fois par jour en direction du soleil, source de vie selon eux et création de leur dieu. Ils effectuent aussi une fois par an un pèlerinage au temple de Lalish, leur lieu saint, dans le nord de l'Irak. Lalish est selon eux, le premier lieu sur terre foulé par Malek-Taous.

temple de Lalish

© reuters

Le temple de Lalish.

tombeaux temple de lalish yazidi

© reuters

À l'intérieur du temple de Lalish, des draps de soie sur les tombeaux des incarnations humaines des sept anges. 

Une organisation en castes. Les yazidis, tout comme les hindouistes, sont organisés en castes entre lesquelles les mariages sont interdits. Le "Mir", traduisible en "prince" et sa famille sont au sommet. Suivent trois castes qui occupent les postes de responsables religieux. Enfin, la caste dit des "Murides" regroupe la majorité des yazidis. 

Pourquoi les islamistes les considèrent-ils comme des "mécréants" ? Pour l'Etat Islamique, les yazidis ne sont pas des monothéistes mais des idolâtres qui vénèrent le serpent, symbole de sagesse pour les yazidis alors qu'il est honnis dans les trois grandes religions monothéistes. La vénération du feu et les prières face au soleil sont aussi, selon les islamistes, les preuves de leur idolâtrie. 

Les islamistes sont enfin nourris de rumeurs au sujet de la religion des yazidis. Ils voient en Malek-Taous, l'ange-soleil, un équivalent de Satan. Certains musulmans croient aussi que les yazidis sont les descendants des proches du calife Yazid 1er qui a régné au 7ème siècle et a fait tué le petit-fils du prophète des musulmans Mohamed. 

En vidéo, la destruction par l'EI d'un temple yézidi dans le nord irakien : 

Pourquoi l'EI leur promet-il la mort ? Alors que les chrétiens et les juifs sont considérés dans le Coran comme "les gens du Livre" et donc tolérés en échange du versement d'une taxe, les yazidis sont irrécupérables aux yeux des islamistes. En tant que non monothéistes, ils seraient destinés à mourir et n'auraientt même pas la possibilité de se convertir à l'islam. Le géo-politologue Alexandre Del Valle explique sur Atlantico que les yazidis sont "la minorité la plus détestée, méprisée et diabolisée au niveau religieux, non pas parce qu'ils sont "alliés de l'Occident" comme les juifs et les chrétiens, mais parce qu’ils sont les plus "mécréants", pires encore que les Alaouites-Alévis, les Ismaéliens ou les Druzes, qui se rattachent plus ou moins à l'islam, notamment chiite". 

Ce n'est pas la première fois que les yazidis d'Irak sont persécutés. Pour avoir donner refuge en 1915 aux Arméniens fuyant le génocide, ils sont punis militairement par l'Empire Ottoman. En 1934, ils sont en partie déportés pour avoir refuser le service militaire imposé par l'état irakien. Enfin, ils ont résisté à la politique d'arabisation imposée par Saddam Hussein.

>> LIRE AUSSI - Quelle est la situation en Irak ?