Gulwali, le migrant afghan qui se rêvait président

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Gulwali, le migrant afghan qui se rêvait président
Gulwali Passarlay publie Moi, Gulwali, réfugié à 12 ans, aux édition Hachette Témoignage@ HACHETTE
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A 12 ans, Gulwali Passarlay a rejoint la Grande-Bretagne après un périple de 12 mois, dans plus de huit pays.

INTERVIEW

Gulwali Passarlay. Retenez bien ce nom. Un jour, il pourrait être celui du président afghan "ou alors du ministre des réfugiés, si je ne deviens pas président", plaisante l’intéressé. A seulement 22 ans, Gulwali Passarlay a déjà vécu de multiples vies. D’ailleurs, à le regarder, à l’écouter, on lui donnerait facilement dix ans de plus.

Les 20.000 kilomètres qu’il a parcourus en 12 mois, entre les mains de 25 passeurs différents, ont bien sûr laissé quelques stigmates sur sa chair. Dans son esprit aussi, comme en témoignent ces cauchemars qui l’empêchent, dix ans après, de dormir paisiblement. Car c’est un long voyage qu’a fait Gulwali Passarlay, alors qu’il n’avait que 12 ans.

Son histoire commence dans la province de Nangarhar, à l’est de l’Afghanistan, en 1994. Avant que les talibans ne prennent le contrôle du pays. Avant les bombardements américains. Gulwali grandit au sein d’une famille pachtoune ordinaire. Le père est médecin. La mère, au foyer, concocte pour la fratrie, de délicieux plats d’agneau et de riz. Puis un jour, le chef de famille est tué dans une rixe avec des soldats américains.

Les passeurs sont mieux organisés que certains Etats

Gulwali et son frère sont envoyés chez une tante au Waziristan, au Pakistan voisin. "Dans mon esprit, je pensais que ce voyage serait l’affaire de quelques semaines", écrit-il dans son livre-témoignage Moi Gulwali, réfugié à 12 ans. Pourtant, c’est le début de ce qu’il décrira comme "un voyage en enfer". Sa famille paye un homme d’influence à Kaboul, Qubat, un des grands chefs des passeurs, pour que les deux frères soient amenés jusqu’en Italie, mais très vite ils sont séparés.

Qubat, un nom qui sauvera la vie de Gulwali maintes fois, mais lui fera aussi vivre le pire. "Les passeurs sont mieux organisés que certains Etats. C’est une industrie qui pèse des milliards de dollars. C’est une vraie mafia, mais c’est une mafia qui m’a sauvé la vie", explique Gulwali, confiant ses sentiments contradictoires à l’égard de ces hommes. Il se rappelle ces longs mois passés dans des appartements lugubres d’Istanbul où chaque soir un passeur, un des "gars" de Qubat, lui promettait que le lendemain, il passerait en Grèce. Des mensonges à chaque fois. Jusqu’au jour du véritable départ.

Les choses ont changé en dix ans. Elles ont changé… en pire

Un dicton pachtoune dit : "il n’y a pas assez de temps dans cette vie pour l’amour". Gulwali, lui, s’est souvent demandé comment les gens en trouvaient pour tant de haine. Il a tout vécu. Les tentatives d’enlèvement, les longues marches dans la nuit, les geôles iraniennes, les poulaillers crasseux qu’il partageait avec dix autres hommes, le froid et l’humiliation de la jungle de Calais.

"Les choses ont changé en dix ans. Elles ont changé… en pire", confie-t-il à Europe1.fr. Le jeune homme, qui étudie aujourd’hui les sciences politiques à l’université de Manchester en Grande-Bretagne, s’est investi depuis 2007, auprès des associations et des organisations pour la défense des migrants. Il s’est rendu à quatre reprises à Calais.

"Peu de migrants sont prêts à raconter leur parcours", explique Gulwali. Certains ont honte, d’autre ont peur. Gulwali a donc décidé de parler pour eux. "Mon histoire est celle de ces milliers de personnes qui tentent chaque jour de franchir les frontières de l’Europe. Je me sens comme leur porte-parole". Le petit garçon afghan qu’il était aurait pu sombrer dans la colère et dans la haine comme beaucoup l’ont fait après avoir été maltraité et humilié de nombreuses fois. "Mais l’homme que je suis a fait le choix de la paix", se félicite Gulwali, devenu militant politique et bénévole auprès des migrants.

Et la persévérance, la capacité à espérer de l’homme qu’il est devenu, ont permis Gulwali de réaliser des choses incroyables, comme devenir le porteur de la flamme olympique à Londres en 2012 ou encore de défendre la cause des migrants devant le Parlement britannique. Des choses dont le petit garçon de 12 ans n’avait jamais osé rêver.

couv livre gulwali

Moi, Gulwali, réfugié à 12 ans, de Gulwali Passarlay et Nadene Ghouri aux éditions Hachette Témoignages.

Le site officiel de Gulwali  Passarlay : ici

Et son compte Twitter : @GulwaliP