Frontières de 1967, chacun sa vision

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Frontières de 1967, chacun sa vision
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DECRYPTAGE - Deux spécialistes du Proche-Orient expliquent à Europe1.fr les enjeux posés par Obama.

La visite de Benjamin Netanyahou aux Etats-Unis se déroule dans un contexte tendu, après le discours de Barack Obama jeudi dernier. Un Etat palestinien, basé sur les frontières de 1967. Voilà l'objectif que doivent atteindre Israéliens et Palestiniens, selon le président américain. Pas question, a répété Netanyahou devant le congrès américain mercredi.

Europe1.fr a demandé leur éclairage à Frédéric Encel et Alain Dieckhoff, deux spécialistes du Proche-Orient. Frédéric Encel est maître de conférence à Sciences Po Paris et à l'IPJ. Il est l'auteur de l'Atlas géopolitique d'Israël (éditions Autrement). Alain Dieckhoff est directeur de recherches au Ceri-Sciences Po. Il a écrit Le conflit israélo-arabe (éditions Armand Colin).

Europe1.fr : Quelles sont les "frontières de 1967" évoquées par Barack Obama ?

Frédéric Encel : "Il s'agit des frontières entre Israël, l'Egypte et la Jordanie du 4 juin 1967, c'est-à-dire avant la Guerre des Six Jours. Pendant cette guerre, Israël conquiert la Cisjordanie - qui inclut Jérusalem est - Gaza, le Golan et le Sinaï. Israël a restitué le Sinaï à l'Egypte après les accords de Camp David en 1978, et le Golan est une histoire israélo-syrienne - les Palestiniens ne sont pas concernés. Enfin, en 2005, la bande de Gaza a été évacuée. Le dossier principal ne concerne donc plus que la Cisjordanie, un territoire d'environ 5.500 km², grand comme un département français."

"On ne reviendra peut-être pas à cette ligne, mais il faut partir de là."

Europe1.fr : Pourquoi ces frontières représentent-elles un tel enjeu aujourd'hui ?

Alain Dieckhoff : "Israël veut inclure le maximum de territoire à l'intérieur de son Etat. Elle veut donc négocier le plus possible cette ligne de 1967. Les Palestiniens ont la position inverse : ils veulent un Etat viable et donc une continuité territoriale. Pour eux, la négociation ne peut se faire qu'à la marge. C'est aussi la position de la communauté internationale. On ne reviendra peut-être pas nécessairement à cette ligne, mais il faut partir de là."

Frédéric Encel : "Quand Obama parle d'un compromis basé sur les frontières de 1967, il évoque clairement les quatre blocs d'implantation principaux qu'Israël souhaite annexer. Ces blocs représentent environ 10% du territoire. Mais les Palestiniens, eux, veulent procéder à un échange de territoires. Ca n'est pas idiot ! C'est ce qui a déjà été négocié à Camp David 2."

"Obama n'a jamais brandi la moindre menace de sanction"

Europe1.fr : Pourquoi Obama a-t-il évoqué ce sujet sensible juste avant la visite de Netanyahou ?

Alain Dieckhoff : "C'est une tempête dans un verre d'eau. En réalité, la référence n'a rien de neuf. Obama réaffirme une position qui n'est pas nouvelle mais qui était moins affirmée sous George W. Bush. Il place juste Netanyahou devant ses responsabilités."

Frédéric Encel : "Sur le fond rien ne change, ça n'est pas la première fois qu'un président américain met la pression aux Israéliens en parlant des frontières. C'est plutôt la forme du discours d'Obama qui est étonnante car derrière, il n'y a aucune menace. Les rectifications de frontières seront à négocier entre Israéliens et Palestiniens, donc ça ne les contraint à rien. S'il n'y arrivent pas, ça restera lettre morte. Contrairement à certains de ses prédécesseurs, Obama n'a jamais brandi la moindre menace de sanction, économique ou diplomatique."