À l'ONU, Washington menace d'une nouvelle action militaire en Syrie

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À l'ONU, Washington menace d'une nouvelle action militaire en Syrie
Nikki Hailey, ambassadrice américaine à l'ONU, a menacé d'une nouvelle action militaire américaine en Syrie vendredi.@ Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
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Seule une solution politique mettra fin à la guerre, a insisté l'ONU vendredi après des frappes américaines contre une base de l'armée syrienne.

L'ESSENTIEL

La Russie a accusé vendredi à l'ONU les États-Unis d'avoir violé la loi internationale en frappant militairement le régime de Damas, trois jours après une attaque chimique présumée qui a fait plus de 80 morts. Lors de cette réunion du Conseil de sécurité, les États-Unis ont malgré tout menacé d'une nouvelle intervention en Syrie. Peu avant, le secrétaire général des Nations unies avait pourtant appelé à la "retenue" et souligné qu'il n'y avait d'autre solution que "politique" à la guerre qui déchire le pays.

Les principales informations à retenir

  • Les États-Unis ont frappé une base aérienne syrienne, en réponse à l'attaque chimique attribuée au régime de Bachar al-Assad 

  • La présidence syrienne a qualifié l'attaque d'"acte idiot et irresponsable", les alliés de Washington applaudissant eux l'action américaine

  • Lors d'une réunion en urgence du Conseil de sécurité des Nations unies, la Russie a accusé les États-Unis d'avoir violé la loi internationale

  • L'ambassadrice américaine a répliqué en menaçant d'une nouvelle intervention en Syrie

  • Que s'est-il passé ? 

La base aérienne d'Al-Chaayrate, dans la province centrale de Homs, a été frappée vers 00h40 par 59 missiles Tomahawk, tirés par les navires américains USS Porter et USS Ross, qui se trouvaient en Méditerranée orientale. Les frappes ont visé "de multiples cibles" sur la base : avions, piste ou pompes à carburant.

Quelques heures plus tard, l'armée syrienne a fait état de "six morts, des blessés et d'importants dégâts matériels", sans préciser si les victimes étaient des militaires ou des civils. L'agence de presse officielle Sana a annoncé ensuite la mort de neuf civils, dont des enfants, dans des villages environnants.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a pour sa part indiqué que sept soldats avaient été tués et que l'aéroport militaire "a été presque totalement détruit : les avions, le tarmac, le dépôt de fuel et le bâtiment de la défense aérienne ont été pulvérisés". Neuf avions ont été détruits, a de son côté affirmé la télévision russe en diffusant des images de hangars et d'une piste d'atterrissage modérément endommagés.

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© AFP


La Russie, alliée du régime syrien, avait été avertie par les États-Unis de l'imminence des frappes tout comme l'armée syrienne, selon une source militaire syrienne. "Nous avons pris nos précautions dans plus d'une position militaire, dont la base d'Al-Chaayrate. Nous avons déplacé plusieurs avions vers d'autres endroits", a dit ce responsable, ajoutant que l'information leur est parvenue "quelques heures" avant les frappes. Il n'a pas précisé qui avait averti le gouvernement syrien ni vers où les avions avaient été déplacés.

Un porte-parole du Pentagone a affirmé que "toutes les précautions avaient été prises pour exécuter la frappe avec un minimum de risques" pour le personnel présent sur la base et notamment les Russes qui s'y trouvaient. La frappe "n'était pas faite pour viser des gens", a-t-il dit, alors que de nombreux élus républicains et démocrates du Congrès américain ont apporté leur soutien à la décision de Donald Trump. Quelques voix discordantes ont néanmoins commencé à se faire entendre outre-Atlantique, comme celle de Tim Kaine. L'ex-colistier de Hillary Clinton a déclaré que les frappes n'étaient pas légales, car le Congrès ne les avait pas autorisées.

  • Comment a réagi la communauté internationale ?

"Les États-Unis ont attaqué le territoire souverain de la Syrie. Nous qualifions cette attaque de violation flagrante de la loi internationale et d'acte d'agression", a déclaré le représentant de Moscou à l'ONU, Vladimir Safronkov, lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité vendredi. Dans la matinée, Vladimir Poutine avait considéré les frappes aériennes américaines comme une "agression" contre un "État souverain". Le Kremlin estime que ces frappes ont "considérablement endommagé les relations entre les États-Unis et la Syrie". Moscou a par ailleurs suspendu l'accord passé avec Washington qui visait à empêcher des incidents entre avions des deux pays en Syrie. Le porte-parole de l'armée russe a annoncé également que les défenses antiaériennes de l'armée syrienne seront "renforcées". 

De son côté, la présidence syrienne a qualifié les frappes américaines d'acte "irresponsable" et "idiot". L'autre allié de Damas, l'Iran, a accusé les États-Unis d'utiliser de "fausses allégations" pour attaquer la Syrie et d'être "aux côtés" des djihadistes comme le groupe État islamique (EI).

Les alliés de Washington ont eux applaudi cette première opération militaire américaine contre le régime de Damas. Londres a par exemple annoncé "soutenir pleinement l'action des États-Unis". Allié de poids des États-Unis dans la région, l'Arabie saoudite a salué la décision "courageuse du président (Donald) Trump" et assuré qu'elle "soutenait pleinement" les frappes américaines, selon un responsable au ministère des Affaires étrangères. Israël n'a pas tardé non plus à apporter son soutien "total" aux frappes américaines, espérant que "ce message de détermination" sera entendu également "à Téhéran, Pyongyang et ailleurs".

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© SOPHIE RAMIS, IRIS ROYER DE VERICOURT, JEAN MICHEL CORNU, NICOLAS RAMALLO, ELIA VAISSIÈRE / AFP


  • Et la France ?

Côté français, François Hollande a estimé que la "réponse" des États-Unis devait "maintenant être poursuivie au niveau international, dans le cadre des Nations Unies si c'est possible". En marge d'un déplacement en Ardèche, le président français appelle à "aller au bout des sanctions contre Bachar al-Assad et empêcher qu'il y ait de nouveau utilisation des armes chimiques et l'écrasement par ce régime de son propre peuple". Les frappes menées par l'armée américaine constituent un "avertissement" et une forme de "condamnation" du "régime criminel" de Bachar al-Assad, a quant à lui observé le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, en marge d'un déplacement en Mauritanie. "La France n'est pas partie belligérante en Syrie", a-t-il souligné, ajoutant qu'elle était seulement membre de la coalition de lutte contre l'État islamique.

Pour le Premier ministre Bernard Cazeneuve, les frappes américaines prouvent que la ligne de la France "était la bonne" en 2013, lorsque Paris avait réclamé "une réaction très ferme à l'égard de l'utilisation d'armes chimiques". "Nous constatons aujourd'hui que notre ligne était la bonne et que l'on se réveille, tant mieux", a-t-il assuré depuis Tunis.

Les frappes américaines en Syrie se sont également invitées dans la campagne présidentielle, avec des réactions allant d'un soutien de Benoît Hamon et d'Emmanuel Macron, dans la ligne de François Hollande, aux critiques de Marine Le Pen et celles, très vives, de Jean-Luc Mélenchon, dénonçant le président français et la chancelière allemande Angela Merkel qui donnent à Trump "le pouvoir solitaire de frapper". François Fillon s'est lui montré plus prudent, disant "comprendre" la riposte américaine mais mettant en garde contre une "confrontation directe" Occident-Russie.

  • Quelle(s) suite(s) et quelle(s) solution(s) au conflit ?

Si le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a appelé à la "retenue" et souligné qu'il n'y avait d'autre solution que "politique" à la guerre qui déchire la Syrie, l'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, a menacé d'une nouvelle action militaire américaine en Syrie : "Les États-Unis ont pris une décision très mesurée la nuit dernière", a-t-elle expliqué au Conseil de sécurité. "Nous sommes prêts à en faire plus, mais nous espérons que cela ne sera pas nécessaire."

Dans le même temps, Moscou a affirmé attendre des explications de la part du secrétaire d'État américain Rex Tillerson, lors de sa première visite à Moscou les 11 et 12 avril. "Qu'il vienne et qu'il nous explique ce qu'ils ont fait aujourd'hui (vendredi). Nous lui dirons tout ce que nous en pensons", a déclaré à l'antenne de la télévision NTV la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, dans une ambiance particulièrement tendue.