États-Unis : comprendre le projet Keystone XL

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États-Unis : comprendre le projet Keystone XL
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Ce projet d’oléoduc, aussi controversé que gigantesque, a été rejeté de justesse au Sénat américain. Retour en 4 questions sur un chantier qui mine l’administration Obama.

A une voix près, la proposition de loi autorisant l’oléoduc géant Keystone XL a échoué mardi à atteindre la majorité requise au Sénat. Pourfendu par les démocrates, le projet avait été approuvé vendredi par la Chambre des représentants, contôlée par les républicains. Un projet titanesque et encombrant pour l’administration Obama. 

Qu’est-ce-que Keystone XL ?

Il s’agit d’un projet d’oléoduc pharaonique entre le Canada et les Etats-Unis, à l'initiative de la société TransCanada. Long de 1.900 km, dont 1.400 km aux Etats-Unis, ce tracé soumis en 2012 doit permettre d'acheminer du pétrole brut depuis les sables bitumineux de l'Alberta, dans l’ouest du Canada, jusqu'aux raffineries américaines du Golfe du Mexique. Objectif : réduire drastiquement l’actuel oléoduc Keystone, qui relie depuis 2010 l’Alberta à l’Illinois. 
Un projet à huit milliards de dollars, selon le patron de TransCanada, Russ Girling. Ce dernier vante par ailleurs les retombées de Keystone XL , qui “améliorera la sécurité énergétique des Américains et réduira les impacts environnementaux du transport des pétroles canadien et américain”.

Pourquoi est-il controversé ?

C’est précisément pour son impact environnemental que le projet cristallise les oppositions. Les démocrates, avec les associations écologistes, dénoncent les risques de fuite et le coût environnemental. Selon les écologistes, une douzaine de fuites ont été recensées depuis 2010 sur l’actuel oléoduc.

La matière extraite, les sables bitumineux, est l'autre grand point de crispation. Il s’agit de pétrole qui a migré et s'est accumulé près de la surface, sans être retenu par des réservoirs étanches. Au fil du temps, les sables bitumineux perdent leurs éléments les plus volatils, devenant extrêmement visqueux et donc compliqués à extraire.

La méthode d'extraction implique l'utilisation de grandes quantités d'eau, de produits chimiques et d'énergie pour séparer les sables des hydrocarbures. Son cycle d'exploitation émet ainsi plus de gaz à effet de serre que les pétroles conventionnels : 17% en plus, selon d’un rapport du département d'Etat publié en janvier. 

Des opposants au projet Keystone XL ont manifesté devant la Maison Blanche en mars 2014.

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Le projet est dans l’attente du feu vert de l’administration Obama depuis plusieurs années. Pressé par les républicains, le président américain a indiqué à de multiples reprises qu'il souhaitait attendre le résultat d'un recours porté contre le tracé auprès de la justice du Nebraska, dans le centre du pays. Un État où le futur oléoduc doit aboutir pour se connecter au réseau existant.

Qui soutient Keystone XL, et pourquoi ? 

Le Canada, premier pays fournisseur de brut aux Etats-Unis, soutient fortement ce projet. Aux Etats-Unis, Keystone XL est soutenu avec ferveur par les républicains depuis des années. 

Ces derniers militent pour autoriser le projet, citant comme le patron de TransCanada le chiffre de 42.000 emplois directs et indirects créés pendant les deux ans de chantier. Une estimation très fortement revue à la baisse par Barack Obama, qui estimait dans les colonnes du New York Times en juillet 2013 que 2.000 emplois seraient créés.

Les républicains ont par ailleurs balayé les critiques environnementales. Et avancent que transporter du brut par oléoduc plutôt que par chemin de fer ou par barges sur le Mississippi serait moins risqué.

Autre argument des républicains et TransCanada : Keystone XL permettrait selon eux de réduire la dépendance énergétique des Etats-Unis de 40% envers le Venezuela et le Moyen-Orient

Le projet est-il définitivement enterré ? 

Non. Les républicains ont donné rendez-vous aux démocrates en janvier, lorsqu’ils disposeront de la majorité dans les deux chambres du Congrès.

"La nouvelle majorité républicaine examinera et votera la loi Keystone au début de l'année prochaine", a promis Mitch McConnell, chef des républicains, repoussant ainsi le prochain round réglementaire de quelques semaines. 

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