Tunisie : Béji Caïd Essebsi, un vétéran de tous les régimes

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Tunisie : Béji Caïd Essebsi, un vétéran de tous les régimes
@ FETHI BELAID / AFP
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PORTRAIT - Béji Caïd Essebsi, chouchou des sondages, a remporté l’élection présidentielle en Tunisie.

L'instance électorale a tranché, lundi. A 88 ans, Béji Caïd Essebsi est désigné vainqueur de la présidentielle avec 55,68% des voix lors du second tour. Le nouveau président est un vétéran de la politique tunisienne. Avant de s'imposer face à son rival, le président sortant Moncef Marzouki, "BCE" a servi aussi bien Bourguiba que Ben Ali.

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Un vétéran de la politique ... Plusieurs fois ministre sous le premier président tunisien Habib Bourguiba à la fin des années 60, puis président du Parlement sous Ben Ali, cet avocat de formation est revenu sur le devant de la scène à la faveur de la révolution de 2011. Béji Caïd Essebsi, fin connaisseur de la politique, s'est en effet désolidarisé à temps de Zine El Abidine Ben Ali, ce qui lui a permis de conduire la transition démocratique du pays en tant que Premier ministre provisoire.

... âgé de 88 ans. Né en 1926, près d'un demi-siècle le sépare des révolutionnaires de 2011. Face aux attaques sur son âge, il répète sans cesse que "la jeunesse n'est pas un état civil mais un état d'esprit", tout en se disant encore et toujours "en bonne santé". Pendant la campagne, il a pourtant refusé un débat avec son adversaire ainsi que sa demande de fournir un certificat médical.

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Un vétéran de l'ancien régime ? Avec sa carrière longue comme le bras, Béji Caïd Essebsi s'attire également les critiques de ses détracteurs. En se réclamant de la pensée de Bourguiba, un "visionnaire" et le "fondateur de l'Etat moderne" selon lui, il oublie que son mentor a instauré un régime autoritaire laissant peu de place à la critique. Moncef Marzouki, son rival lors de la présidentielle, l'accuse d'être le représentant de l'ancien régime.

Des critiques qu’il balaye, assurant travailler dans le strict cadre de la nouvelle Constitution qui limite les prérogatives du président pour éviter un retour à la dictature. "L'homme devant vous n'est pas prêt à sortir des prérogatives que la Constitution lui accorde", promet-il d'un air assuré. Il se targue d'avoir mené la Tunisie vers les premières élections libres de son histoire en octobre 2011. Des élections alors remportées par Ennahda, le parti islamiste...

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Ennahda, l'adversaire commun. Aujourd'hui, Béji Caïd Essebsi tient sa revanche contre Ennahda, son principal adversaire. Nidaa Tounès, la coalition qu'il dirige, a d'ailleurs axé ses campagnes sur l'opposition aux islamistes, martelant tout au long de ses meetings qu'Ennahda avait "ramené la Tunisie en arrière". "Ce qui nous sépare de ces gens-là, ce sont 14 siècles", se plaît à répéter Essebsi.

Une opposition soigneusement entretenue, qui ne l’empêche pourtant pas d’envisager une collaboration avec Ennahda après les élections, admettant que ce parti fait "partie intégrante de la vie politique".

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"BCE" a en tout cas profité de la percée de Nidaa Tounès ("L'appel de la Tunisie"), le parti vainqueur des législatives d'octobre. Créée il y a deux ans seulement, cette formation attire aussi bien des hommes d'affaires, des intellectuels, des syndicalistes et des militants de gauche que des proches de l'ancien régime, réunis par leur opposition aux islamistes. Pour Béji Caïd Essebsi, les anciens membres du parti dissous de Ben Ali, le RCD, "restent des citoyens qui (...) ont le droit de participer à la vie politique de notre pays". Avec Nidaa Tounès, Béji Caïd Essebsi sera-t-il l'artisan de la réconciliation nationale ou celui du retour en arrière ?