Le pape rejette une Europe "repliée sur elle-même"

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Le pape rejette une Europe "repliée sur elle-même"
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UN TOMBEAU OUVERT - Le pape François s'est exprimé devant les eurodéputés et appelle l'Union européenne à offrir "aide et accueil" aux migrants.

Un Pape au Parlement européen, voilà l'une des images fortes de ce mardi, même si la visite du Saint-Père dans l'hémicycle n'aura duré que quelques heures. En visite à Strasbourg, le pape François a invité mardi les Européens à renouer avec leurs grands idéaux en accordant plus d'importance à la personne humaine qu'à l'économie afin de conjurer l'impression de "fatigue et de vieillissement" d'une Europe bureaucratique. Il a également poussé à "affronter ensemble la question migratoire". "On ne peut tolérer que la Méditerranée devienne un grand cimetière, a-t-il ajouté en invitant à "agir sur les causes et non seulement sur les effets".

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Non à l'Europe "repliée sur elle-même". Le souverain pontife, qui s'exprimait à Strasbourg 26 ans après Jean-Paul II, a salué devant le Parlement et le Conseil de l'Europe l'élargissement des institutions européennes survenu depuis mais a fait le constat de l'égoïsme et de la désillusion qui semblent s'être emparés des peuples européens. L'adresse du chef du Vatican intervenait six mois après des élections qui se sont soldées par une montée de puissance des partis populistes, xénophobes et eurosceptiques au Parlement européen, dans un contexte de doute suscité par la crise économique qui touche encore de nombreux pays.

"L'heure est venue de construire ensemble l'Europe qui tourne, non pas autour de l'économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine, des valeurs inaliénables", a déclaré François en plaidant pour que l'on abandonne "l'idée d'une Europe effrayée et repliée sur elle-même".

François a rejoint le Parlement européen à bord d'une simple Peugeot 407, refusant un véhicule blindé haut de gamme qui aurait été incompatible avec un vœu de modestie auquel il doit d'avoir choisi le prénom de Saint-François d'Assises.

Les "racines chrétiennes". Attendu sur la réaffirmation des valeurs chrétiennes, l'ancien jésuite a invité les Européens à retrouver les chemins de la "transcendance", mais n'a pas cité les racines chrétiennes, expression qu'il n'a pas employée, comme la source unique des valeurs européennes. Une partie de la droite européenne s'était offusquée, en 2004, que les "racines chrétiennes de l'Europe" ne soient pas inscrites dans le projet de Constitution européenne. Elles ne figurent pas plus dans le traité de Lisbonne qui a suivi.

La pensée européenne "est caractérisée par une riche rencontre dont les nombreuses sources lointaines proviennent de la Grèce et de Rome, de fonds celtes, germaniques et slaves et du christianisme qui l'a profondément pétrie", a-t-il poursuivi, citant Jean-Paul II. "Je suis convaincu qu'une Europe capable de mettre à profit ses propres racines religieuses, sachant en recueillir la richesse et les potentialités, peut être plus facilement immunisée contre les nombreux extrémismes qui déferlent dans le monde d'aujourd'hui, et aussi contre le grand vide d'idées auquel nous assistons en Occident", a affirmé François.

Le pape a insisté sur le rôle de la famille comme creuset dans lequel se construit la dignité humaine, faute de quoi "on finit par construire sur du sable", mais aussi sur le rôle du travail, auquel il a jugé "nécessaire de redonner dignité".

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Des députés frondeurs. Des députés espagnols du parti d'extrême-gauche Izquierda Plural avaient annoncé en amont qu'ils quitteront l'hémicycle lors du discours du pape. Jean-Luc Mélanchon, fondateur du parti de Gauche, a fait de même, estimant qu'un pape n'a pas sa place au Parlement européen, pour des raisons de laïcité.

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