David Cameron ne veut plus verser d’allocations aux Polonais

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David Cameron ne veut plus verser d’allocations aux Polonais
@ REUTERS
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LE CLASH - Un vent glacial souffle entre le Premier ministre britannique et son homologue polonais.

L’info. Rien ne va plus entre Londres et Varsovie. David Cameron, le Premier ministre britannique, s’est prononcé contre l’octroi d'allocations familiales aux immigrants polonais dans son pays. Une prise de position qui a déclenché l’ire de son homologue polonais. Les deux hommes doivent s'expliquer mercredi par téléphone.

La déclaration qui a mis le feu aux poudres. Le Premier ministre britannique a critiqué dimanche dernier, sur la BBC, les privilèges dont bénéficient les travailleurs immigrés polonais en Grande-Bretagne. Il a plus particulièrement visé ceux qui bénéficient des allocations familiales pour leurs enfants résidant en Pologne et envoient donc l’argent versé par l’Etat britannique, en Pologne.

"Ce n’est pas normal de faire ça. Et je veux changer cela. D’ailleurs d’autres dirigeants européens sont d’accord avec moi. Un Polonais qui vient travailler en Grande-Bretagne ne devrait pas toucher d’allocation pour leurs enfants si ces derniers sont en Pologne", a-t-il exposé au journaliste de la chaîne de télévision britannique.

Le tweet du ministre polonais des Affaires étrangères. Aussitôt après la diffusion de l’interview de la BBC, Radoslaw Sikorski, ministre des Affaires étrangères polonais, a réagi via son compte sur Twitter. "Si la Grande Bretagne reçoit nos contribuables, ne devrait-elle pas payer aussi leurs prestations ? Pourquoi les contribuables polonais devraient-ils subventionner les enfants des contribuables britanniques ?", a-t-il écrit sur le site de microblogging.

Dans un autre tweet, écrit en polonais cette fois-ci et posté quelques minutes après le précédent, Radoslaw Sikorski a déclaré que "si un Polonais est un contribuable britannique, il a également droit aux abattements et aux bénéfices. Quoi qu'il en soit, compatriotes, revenez", concluant, ni plus ni moins, par un appel à ses compatriotes à quitter la Grande-Bretagne pour revenir en Pologne.

Le Premier ministre polonais rappelle les règles de l’UE. Voyant le ton monter entre son ministre des Affaires étrangères et son homologue britannique, Donald Tusk a également réagi, mardi.  Le Premier ministre polonais a prévenu que la Pologne s'opposera à tout changement des règles sur l'immigration intra-européenne. "Si quelqu'un veut modifier le Traité sur l'UE pour rendre cela possible, qu'il s'agisse de David Cameron ou de n'importe qui d'autre, la Pologne opposerait son veto", a-t-il lancé à la presse. 

"Ce type de modification requiert l'unanimité et tant que des pays comme la Grande-Bretagne, la Pologne, l'Allemagne ou les Pays-Bas, seront membres de l'UE, il sera impossible de changer ce traité", a souligné le Premier ministre polonais.

Et met en garde Cameron... En outre, Donald Tusk a reconnu que le David Cameron avait toujours la possibilité de remédier à des lacunes juridiques des lois nationales sur la protection sociale qui pourraient conduire à des abus. "Si le Premier ministre Cameron veut changer des règles (...) présentant des défauts et permettant aux gens d'abuser du bien-être social en Grande-Bretagne, bien sûr, il a le droit de le faire", a déclaré Donald Tusk, en se référant à la législation strictement britannique.

"Mais cela ne peut pas s'appliquer à un seul groupe national, cela doit s'appliquer à tous les bénéficiaires potentiels," a-t-il souligné, ajoutant que "personne n'avait le droit de stigmatiser les Polonais comme un groupe particulier de profiteurs". Le débat continuera mercredi, sans intermédiaire cette fois, puisque Cameron et Tusk doivent donc se téléphoner.

Une "erreur monumentale". Reste que ce n’était pas la première fois que le Premier ministre britannique affichait une telle position. Tout a, en fait, commencé fin novembre, quand il avait annoncé peu avant l'ouverture complète du marché du travail aux Roumains et aux Bulgares, qu'il souhaitait durcir les règles d'allocations des aides sociales pour les immigrants européens. Puis il avait de nouveau abordé le sujet, fin décembre. David Cameron avait, alors, affirmé que l'ouverture inconditionnelle en 2004 du marché du travail britannique aux Polonais et aux autres nouveaux venus dans l'UE avait été une "erreur monumentale".

De nombreux Britanniques redoutent un afflux de Roumains et de Bulgares qui depuis le 1er janvier peuvent venir librement travailler en Grande-Bretagne. Dès l'ouverture en 2004, la Grande-Bretagne a connu une forte vague d'immigration venue de Pologne. La communauté polonaise est devenue en dix ans, la troisième communauté étrangère la plus importante du pays, derrière les Irlandais et les Indiens.