Comment devient-on un saint ?

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Comment devient-on un saint ?
Jean Paul II avait déjà été béatifié à Rome.@ Reuters
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COMMENT CA MARCHE ? - Béatification, canonisation, enquête poussée et avocat du diable : voici le difficile chemin à parcourir pour devenir un saint.

Jean Paul II et Jean XXIII sont désormais des "saints". Ils ont été canonisés dimanche par le pape François, place Saint-Pierre à Rome. Ils sont les 84e et 85e papes à devenir des saints dans l’histoire de l’Église. Europe1.fr en profite pour faire le point sur les critères à remplir pour être canonisé.

Comment devenir un saint ? La canonisation est le fruit d’un processus en trois étapes. Avant de devenir un saint de l’Église, la personne doit d’abord être reconnue comme "vénérable", un statut qui atteste qu’elle a vécu de façon exemplaire, au plus près des valeurs de l’Évangile. Un statut "attribué par l’évêque du diocèse, qui n’a aucune valeur théologique mais qui rend la personne digne d’une vénération locale", précise Bernard Lecomte, biographe de Jean Paul II et auteurs de l'ouvrage Les secrets du Vatican.

Passé ce premier stade, le vénérable devient ensuite "bienheureux", c’est-à-dire qu’il lui est accordé une béatification. Là encore, c’est l’évêque du diocèse qui décide, après une enquête sur la vie du candidat, de lui donner ce nouveau statut. Il acquiert alors un statut théologique et mérite aux yeux de l’Église d’être proposé à la vénération des fidèles au niveau local : le diocèse, la région, ou la nation. Bernard Lecomte explique que l’évêque a en effet "le même pouvoir que le Pape, sur le plan théologique du moins. Il est un descendant des apôtres, le dossier se constitue donc sous son autorité. On va chercher dans la vie du candidat ce qu’il a fait de bien ou ce qu’il a fait de mal avant de décider s’il transmet ou non le dossier à la 'congrégation pour la cause des saints' à Rome."

 
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Une fois entre les mains des prélats de la "congrégation pour la cause des saints", le dossier est réétudié entièrement. Comme dans n’importe quel procès, il est instruit à charge et à décharge, la procédure est contradictoire. "Traditionnellement, l’un des prêtres est d’ailleurs surnommé 'l’avocat du diable' puisqu’il cherche les mauvais comportements dans la vie du bienheureux", raconte Bernard Lecomte.   

Quelles sont les critères requis ? Lors de ce procès, la congrégation s’appuie sur les critères définis par la constitution apostolique établie par Jean Paul II en 1983 pour valider ou refuser la demande de canonisation. Ce texte de droit canon, "sorte de code pénal de l’Église", résume l’abbé Pierre Amar, auteur sur le Padreblog, définit les conditions de la canonisation : être mort, avoir mené une vie chrétienne exemplaire, et avoir accompli au moins deux miracles.

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Mais cette dernière condition est de moins en moins considérée comme indispensable pour mériter la canonisation. En effet, si l’Église considère que Jean Paul II a bien réalisé deux miracles, Jean XXIII n’en a qu’un seul à son actif. Le pape François l’a donc "exempté" d’un deuxième miracle, et "assouplit par là-même une tradition qui était devenue une forme de contrainte bureaucratique", rappelle Bernard Lecomte. Une décision qui "fera jurisprudence" par la suite, ajoute l’écrivain.    

Deux sortes de saints. Une fois les critères remplis, les futurs saints sont consacrés pour deux motifs différents, explique l’abbé Amar : "Aujourd’hui, on peut être canonisé pour deux raisons : soit pour avoir été un martyr, soit pour 'héroïsme des vertus'. Jean Paul II et Jean XXIII sont dans le deuxième cas".

 
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Dernier critère, et il est de taille, pour lancer la procédure de canonisation, le décès doit remonter à cinq ans au moins. Un moyen que "les passions retombent, qu’on soit plus objectifs", rappelle l’ecclésiastique. Mais là encore, la règle peut subir une entorse, ce qui a été le cas notamment pour Mère Teresa et Jean Paul II. "Des cas exceptionnels où la canonisation ne fait tellement peu de doutes qu’on lance le procès très rapidement".

Leurs noms seront-ils inscrits sur le calendrier ? Là encore, c’est la "congrégation pour la cause des saints" qui en décide. Car si en droit, chaque saint a sa place sur le calendrier liturgique, dans les faits, après 2.000 ans d’histoire, c’est l’embouteillage. Résultat, les ecclésiastiques sont obligés de donner la priorité à certains saints sur d’autres. Pour Jean Paul II, la date retenue est le 22 octobre. C'est un 22 octobre, de l'année 1978, qu'il avait été intronisé solennellement sous le nom de Jean Paul II. Pour Jean XXIII, ce sera le 11 octobre, jour de l'ouverture de Vatican II en 1962. Les saints qui étaient déjà fêtés à ces dates-là le resteront.

 
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Une double canonisation exceptionnelle dimanche.  Plusieurs petites particularités doivent être soulignées dans la double canonisation de dimanche. Tout d’abord, ce sera "la première fois que quatre papes seront réunis place Saint-Pierre", souligne Pierre Amar. Benoit XVI et François pour les vivants, Jean Paul II et Jean XXIII pour les défunts. Leur canonisation commune est tout sauf un hasard, analyse Bernard Lecomte : "Derrière ce choix, il y avait en fait une crainte que la canonisation de Jean Paul II tourne au culte de la personnalité, tant l’ancien cardinal polonais est populaire. Mais c’est aussi un choix de politique interne, car ce sont les deux papes artisans du concile Vatican II, à l’origine d’une profonde modernisation de l’Église dans les années 60. Jean XXIII l’a initié, Jean Paul II l’a appliqué." L’abbé Amar confirme : "l’un l’a provoqué, l’autre l’a déployé, c’est un beau symbole offert par François".

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