Brexit : le jour où le Royaume-Uni a décidé de sortir de l'UE

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Brexit : le jour où le Royaume-Uni a décidé de sortir de l'UE
David Cameron et son épouse. @ Thomas SAMSON / AFP
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C'est désormais officiel, le Royaume-Uni a voté pour sa sortie de l'UE. L'onde de choc du Brexit se fait déjà sentir dans le monde entier, notamment sur les places boursières. 

L'ESSENTIEL

Vendredi matin à 7 heures, le gouvernement a publié les chiffres officiels du référendum sur le Brexit : avec 51.9% des suffrages, le "out" l'emporte assez largement. C'est un jour historique pour le Royaume-Uni et pour l'Union européenne qui risque d'être durablement marquée par les résultats du scrutin. C'est "un choix douloureux que je regrette profondément", a pour sa part déclaré François Hollande. Preuve que l'onde de choc devient mondiale : les réactions se multiplient partout dans le monde... et les places financières s'affolent. 

LES TROIS INFOS A RETENIR

  • 17,4 millions de personnes ont voté pour le Brexit et 16,1 millions pour rester dans l'UE.

  • David Cameron va démissionner en octobre, un autre Premier ministre engagera le processus de sortie de l'UE.

  • François Hollande dit "regretter profondemment" un "choix douloureux". L'onde de choc devient mondiale

  • Un décompte haletant

Jeudi, 46,5 millions de Britanniques étaient appelés à voter pour le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Après une journée de mobilisation citoyenne, le camp du "Leave" (partir) l'a donc emporté assez largement, avec 51.9% des suffrages, contre 48,1% pour le "in". Jusqu'à 4 heures du matin, le "Remain" (rester) était pourtant en tête, avant que la tendance s'inverse complètement. Ce vote révèle une fracture territoriale assez nette entre deux Royaume-Uni.


Carte Brexit infographie


  • Vers un Royaume-désuni ?

Ces résultats ont poussé le Premier ministre David Cameron, à l'initiative de ce référendum et partisan du "in", à annoncer qu'il allait démissionner d'ici au mois d'octobre. Il s'est exprimé devant le 10, Downing street avec émotion : "Je ne crois pas qu'il soit opportun que je sois le capitaine qui mènera notre pays vers sa prochaine destination. Je suis fier d’avoir été premier ministre de ce pays depuis 6 ans." Le leader du Ukip et ardent défenseur du Brexit Nigel Farage a également pris la parole. Lui qui se disait pessimiste sur l'issue du scrutin à la fermeture des bureaux de vote a déclaré commencer à "rêver d'un Royaume-Uni indépendant", affirmant que le 23 juin "rentrera dans les livres d'histoire comme le jour de l'indépendance" du pays.

De son côté, Nicola Sturgeon, la Première ministre écossaise tente de tirer partie de ce résultat défavorable après avoir soutenu le maintien dans l'UE. La leader du Scottish National Party (SNP)a rappelé que l'Ecosse, qui avait voté majoritairement pour le "in", "voyait son avenir au sein de l'Union européenne". L'option d'un deuxième référendum sur l'indépendance de l'Ecosse est "sur la table", a-t-elle poursuivi vendredi. Même chose pour le Sinn Fein, le parti unioniste irlandais, qui appelle à un référendum sur une Irlande unifiée après que l'Irlande du Nord a voté en force pour le maintien dans l'UE.

  • Ces longues négociations à venir

Les dirigeants des institutions de l'UE ont pressé vendredi le Royaume-Uni de lancer "dès que possible" la procédure de sortie du pays. "Nous attendons maintenant que le gouvernement du Royaume-Uni rende effective cette décision du peuple britannique dès que possible", ont écrit les présidents du Conseil européen, Donald Tusk, de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, du Parlement européen, Martin Schulz, et de la présidence tournante de l'UE, le Néerlandais Mark Rutte. "Nous nous tenons prêts à lancer les négociations, ont-ils ajouté dans un communiqué commun.

Le processus s'annonce toutefois long et compliqué, et pourrait prendre plusieurs années. Les partisans du Brexit, eux, ne comptent pas se presser pour invoquer l'article 50 du Traité de Lisbonne qui enclenche la procédure de sortie de l'UE. "Il n'y a pas besoin d'activer l'article 50 tout de suite, la Grande-Bretagne est encore membre de l'UE et le restera encore pendant plusieurs mois, voire plusieurs années", a déclaré Matthew Elliott, un des responsables de la campagne. Et pour cause, ils comptent prendre le temps de bien préparer leur stratégie pour les négociations à venir. "Pas de précipitation", a renchéri l'ancien maire de Londres pro-Brexit, Boris Johnson.

  • Quelles réactions de notre côté de la Manche ?

Deux Français sur trois souhaitent que la France reste au sein de l'UE, mais seuls 31% d'entre eux voient dans la construction européenne "une source d'espoir", selon un sondage Odoxa publié vendredi. François Hollande n'a pas tardé à réagir vendredi. Dès 9 heures, il a convoqué plusieurs ministres pour une réunion de crise : parmi eux, Michel Sapin (Finances), Jean-Marc Ayrault (Affaires Etrangères), Stéphane Le Foll (porte-parole du gouvernement et Agriculture) et Harlem Désir (Affaires Européennes). L'objectif, établir une stratégie avant la réunion de samedi à Berlin et le surtout le Conseil européen des 28 et 29 juin prochain.

Vers midi, il a déclaré "regretter profondément" un "choix douloureux". "Le vote des Britanniques met gravement l'Europe à l'épreuve", a renchéri le chef de l'Etat lors d'une conférence de presse à l'Elysée. Il a annoncé qu'il rencontrerait les responsables politiques français avant le sommet européen de mardi. "Nous continuerons de travailler avec ce pays ami", a-t-il précisé.


François Hollande sur le Brexit

Pour Manuel Valls, qui s'est aussi exprimé lors d'une conférence de presse vers 12h30, ce vote est "révélateur d'un malaise trop longtemps ignoré". "C'est le moment d'être digne des pères fondateurs, de refonder une nouvelle Europe en écoutant les peuples", a renchéri le Premier ministre, en déplacement dans l'Essonne, pour qui "l'Europe ne doit plus intervenir partout, tout le temps".

Angela Merkel a pris acte vendredi du "coup porté à l'Europe" par le Brexit et annoncé avoir invité lundi à Berlin François Hollande, le Premier ministre italien Matteo Renzi et le président du Conseil européen Donald Tusk. "C'est avec regret que nous prenons acte de la décision de la majorité de la population britannique (...) c'est un coup porté à l'Europe, un coup porté au processus d'unification européenne", a déclaré la chancelière allemande à la presse. 

  • L'onde de choc devient mondiale

Preuve que l'onde de choc est mondiale, les réactions dépassent largement le cadre européen. Les ministres des Finances et présidents des banques centrales du G7 ont mis en garde vendredi contre les possibles "effets néfastes" sur la stabilité économique des mouvements de change "excessifs" après le choc du "non" britannique à l'Union européenne.

Outre-Atlantique, Barack Obama a pris acte vendredi du Brexit, affirmant que le Royaume-Uni et l'Union européenne resteraient "des partenaires indispensables" des Etats-Unis. "Nous respectons leur décision", a indiqué, dans un bref communiqué, le président américain, qui avait pris clairement position en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l'UE. La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a pour sa part exhorté vendredi l'Union européenne et la Grande-Bretagne à assurer ensemble une "transition en douceur" vers une nouvelle relation économique après la victoire du "Brexit".

  • Monnaies et pétrole qui chutent, bourses affolées, la Fed prête à aider 

Pris à contre-pied par une sortie du Royaume-Uni qu'ils n'attendaient pas, les marchés financiers, en particulier en Europe, restaient sous le choc vendredi à la mi-journée, face à l'ampleur des incertitudes ouvertes par ce vote. La livre britannique plongeait vendredi face au dollar, perdant jusqu'à près de 12% de sa valeur et tombant à un plus bas en 30 ans, tandis que l'euro a lâché jusqu'à 4,5%.

Les dernières infos sur la chute des bourses

Les places boursières asiatiques, les seules ouvertes au moment où les premiers résultats sont tombés, se sont rapidement affolées : la Bourse de Tokyo a clôturé en baisse de 7,92%. La tendance s'est confirmée en Europe : la Bourse de Paris a terminé en chute de 8,04% vendredi soir. L'indice allemand du Dax a perdu 6,82%, tandis que la Bourse de Londres a clôture sur une baisse de 2,76%. Les plus grosses chutes sont enregistrées à Madrid et Milan, qui clôturent en baisse de 12,35% et 12,48%. De prime abord, le fait que la Bourse britannique dévisse moins que les autres peut sembler illogique mais cela s'explique : les marchés avaient anticipé un Brexit, si bien que la chute est moins forte.



La Bourse de New York a également ouvert ses portes sur un recul sévère (-2,16% pour le Dow Jones et le Nasdaq -3,78%), mais toutefois moins prononcé que celui des places européennes. La Réserve fédérale américaine a aussi donné de la voix en assurant aussi être prête à fournir des liquidités en dollars aux autres banques centrales pour faire face aux "pressions" des marchés. Les cours du pétrole ont aussi ouvert en forte baisse, de près de 5%, vendredi à New York, subissant comme les autres marchés financiers.