Béji Caïd Essebsi, "surpris" d'un attentat sur une plage

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SOUS LE CHOC - Le président de la République tunisienne Béji Caïd Essebsi tient à montrer sa détermination et sa fermeté face au terrorisme.

INTERVIEW

En l'espace de trois mois, la Tunisie a connu par deux fois l'horreur. Celle des attentats, d'abord au musée du Bardo, à Tunis, où 24 personnes ont trouvé la mort au mois de mars, puis sur la plage de Sousse, où Seiffeddine Rezgui, l'auteur de la fusillade, a fait 39 victimes vendredi. A chaque fois, ces attentats ont visé le poumon économique du pays, le tourisme, puisque ce sont des vacanciers qui ont été visés.

  • Prendre conscience du danger sans paniquer

Face à cette double vague de terreur, le président tunisien Béji Caïd Essebsi, élu en décembre 2014, tient à montrer sa détermination à lutter contre l'extrémisme religieux. Mardi matin, au micro de Jean-Pierre Elkabbach, il ne l'a pas caché : "C'est vrai que les Tunisiens ont peur". Mais pour le président tunisien, le plus important est ailleurs : "L'Etat est là et il est debout. Nous avons pris un coup très douloureux, mais il n'y a pas de raison de paniquer."

Pour lui, le climat de tension et de crainte qui règne après les différents attentats qui ont frappé le monde ces derniers mois (Charlie, Copenhague, Tunis), prouve une chose : "Aucun Etat n'est à l'abri du terrorisme." Une logique que ses homologues des autres pays du monde ont intégré puisqu'il affirme qu' "il n'y a pas un chef d'Etat qui ne m'a pas téléphoné pour me dire leur compréhension et leur disposition à me soutenir. François Hollande était le premier."

Ces deux attaques sanglantes ont malheureusement dévoilé les failles de la sécurité intérieure tunisienne. Des failles que Béji Caïd Essebsi reconnaît volontiers : "Notre système de sécurité n'est pas parfait, c'est vrai que nous avons été surpris par cette affaire. Jamais nous n'aurions pensé que ça devait se faire sur des plages alors qu'il y avait des touristes. Le système de protection devait commencer au 1er juillet."

  • Les mesures prises par la Tunisie

Le constat posé, la Tunisie compte bien réagir : "S'il y a des défaillances, nous avons décidé d'ouvrir une enquête stricte et nous prendrons des sanctions immédiates si besoin est. Nous allons également renforcer notre armée, créer une police touristique armée des plages, nous avons déjà fait appel aux réservistes. Nous devrions aussi mieux contrôler la frontière avec la Libye. Ceux qui veulent et peuvent nous aider sont d'ailleurs les bienvenus, mais nous allons de toute façon faire le maximum par nos propres moyens."

Outre l'aspect sécuritaire, Béji Caïd Essebsi compte bien agir là où se forment les esprits les plus radicaux. Dans les mosquées prêchant le djihad. "Nous avons déjà fermé les 80 mosquées identifiées comme dangereuses", explique le chef de l'Etat tunisien qui assure également qu'il fera "le maximum pour que les salafistes soient surveillés".

  • Pas une "guerre des civilisations" mais une "guerre contre le dévoiement de l'Islam" 

Alors que Manuel Valls parlait dimanche sur notre antenne de "guerre des civilisations" après les attentats qui ont frappé la France et la Tunisie, un concept emprunté au politiste américain Samuel Huntington et qui a fait réagir dans la classe politique française , Béji Caïd Essebsi nuance ce propos. "En ce qui nous concerne, nous sommes en guerre contre le dévoiement de l'Islam. Ce n'est pas une interprétation mais bien un dévoiement, il faut qu'on le sache." L'ennemi est donc clairement identifié : "Notre ennemi pour le moment c'est le terrorisme, et le terrorisme pour l'instant c'est Daech et cette idéologie du califat. Nous, en Tunisie, nous sommes des musulmans, mais nous ne sommes pas des islamistes ! C'est pourquoi j'ai rappelé interdiction de porter le drapeau noir (islamiste, Ndlr) en Tunisie."

Quoi qu'il en soit, le président tunisien assume en revanche l'idée de "guerre" puisqu'il se présente comme un "chef de guerre contre le terrorisme, ce qui ne signifie pas que je ne suis pas va-t-en-guerre", précise-t-il néanmoins. Dans ce contexte belliqueux, il rappelle que cette guerre est "l'affaire de toute la société tunisienne qui n'est pas assez mobilisée pour l'instant. J'espère que nous le serons à l'avenir", conclut-il.  

  • Où va la jeunesse tunisienne ?

L'enjeu de cet affrontement ? Pour Béji Caïd Essebsi, il est clair : "Ce qui est menacé, c'est notre modèle de société, mais je pense que nous pouvons résister." Pour les jeunes Tunisiens, dont 3.000 d'entre eux se seraient déjà engagés aux côtés de l'organisation de l'Etat islamique (EI) comment résister justement ? L'EI offrirait 2.000 euros à chaque homme qui rejoindrait ses rangs, et 1.500 euros à chaque jeune femme. Or, comme le souligne le président tunisien, "nous avons de la pauvreté et des jeunes marginalisés. Les jeunes Tunisiens sont désœuvrés, ils sont victimes des manigances de l'EI. Et la Tunisie n'a pas 2.000 euros à donner à chaque chômeur…"  

Le vrai défi de fond est donc clair pour Béji Caïd Essebsi, vieux loup de mer de la politique tunisienne : "Mon devoir et ma grande tâche, c'est de préparer la jeunesse de demain." Un combat de taille, sûrement l'un des derniers que devra mener le chef de l'Etat, à 89 ans. 

Retrouvez l'intégralité de l'interview :


Béji Caïd Essebsi : "Aucun Etat n'est à l'abri...par Europe1fr