Après le Brexit, Angela Merkel et François Hollande à contre-temps

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Après le Brexit, Angela Merkel et François Hollande à contre-temps
@ ALAIN JOCARD / AFP
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La chancelière allemande et le président français sont censés être le moteur de la refonte européenne. Mais ils n'ont pas du tout les mêmes objectifs.

C'est à lui qu'on en appelle chaque fois que la construction européenne a des ratés. Le couple franco-allemand se retrouve encore, lundi, pour tenter de relancer l'Europe après le Brexit. François Hollande et Angela Merkel ont prévu de se retrouver en tête à tête en fin d'après-midi, avant que le président du Conseil italien, Matteo Renzi, ne les rejoigne pour dîner. Mais ces rendez-vous ne s'annoncent pas de tout repos. Car face au résultat du référendum britannique, le président français et la chancelière allemande n'adoptent pas la même stratégie.

François Hollande veut accélérer... Ce que veut François Hollande avant tout, c'est accélérer, agir vite pour couper le cordon avec le Royaume-Uni et relancer l'Union européenne. Le président français va donc tenter de convaincre Angela Merkel que c'est désormais à l'Europe de dicter son rythme à la Grande-Bretagne et à David Cameron, et non l'inverse. "On doit les confronter au vertige de leur décision", confie un proche du chef de l'État. "Quand on choisit de divorcer, c'est simple, on se dépêche de quitter le domicile conjugal."

Quand on choisit de divorcer, c'est simple, on se dépêche de quitter le domicile conjugal.

... Berlin temporise. Mais Angela Merkel n'a pas tout à fait la même approche, préférant prendre son temps. Samedi, elle avait déjà déclaré qu'elle ne militerait pas pour "un calendrier serré" de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Peter Altmaier, l'un de ses plus proches ministres, a même déclaré que "la classe politique londonienne devrait avoir la possibilité de réfléchir une nouvelle fois aux conséquences d'un retrait". Tout, du côté allemand, donne l'impression que l'heure est à la temporisation. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois, et cela a souvent été reproché à Angela Merkel. Lors de la crise financière de 2008, comme pour la crise grecque de 2010-2011, la chancelière avait eu besoin d'être poussée avant de prendre les choses en main.

Merkel ne croit pas en Hollande. En réalité, si Paris et Berlin n'adoptent pas le même tempo, c'est que leurs objectifs ne sont pas les mêmes. Côté allemand, Angela Merkel n'a pas simplement un retard à l'allumage. La chancelière attend aussi d'avoir un partenaire fiable pour mener avec elle l'immense chantier de la refonte européenne. Et vu de Berlin, François Hollande est loin de correspondre à cette description. À la CDU, le parti conservateur d'Angela Merkel, on ne se prive pas de rappeler que c'est un dirigeant qui n'est même pas capable de mener des réformes chez lui. Pris en tenaille sur sa gauche et sa droite, le président français apparaît paralysé jusqu'aux prochaines élections présidentielles, dans un an. Comme l'écrit le Spiegel dans un édito au vitriol, la France a perdu sa légitimité à faire bouger l'Europe.

La classe politique londonienne devrait avoir la possibilité de réfléchir une nouvelle fois aux conséquences d'un retrait.

Réorientation social-démocrate. Côté français, François Hollande veut voir le Brexit comme une opportunité pour réorienter l'Europe. Ce que le candidat socialiste avait promis pendant sa campagne électorale, la renégociation du traité européen, n'a pu être obtenu en 2012. Le président français espère désormais pouvoir faire pencher la balance du côté de la social-démocratie plutôt que de l'austérité conservatrice, et ce d'autant plus qu'Angela Merkel est isolée politiquement sur la scène européenne. Le gouvernement de David Cameron parti, elle n'a plus à droite que ceux d'Europe de l'Est, qui sont ultra-conservateurs.

L'allié italien. Pour mettre un maximum de pression sur Angela Merkel, François Hollande s'est trouvé un allié de poids : Matteo Renzi. Le président du Conseil italien, avec lequel il arrivera main dans la main lundi soir, a signé dimanche une tribune anti-austérité dans le quotidien Il Sole 24 Ore. "Les politiques d'austérité ont bouché l'horizon", écrit-il. "Elles ont transformé l'avenir en une menace. Elles ont renforcé la peur."

Bataille d'influence. En outre, François Hollande compte également rencontrer tout ce que l'Union européenne compte d'hommes d'influence. Il doit s'entretenir avec le président du Conseil européen, Donald Tusk, lundi matin. Et déjeunera le même jour avec le président du Parlement de Strasbourg, Martin Schulz. En coulisses, on s'active aussi pour préparer une grande réunion des leaders démocrates à Paris, en fin de semaine.