Amie à louer, 225 euros la journée

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Amie à louer, 225 euros la journée
@ REUTERS
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ÇA SE PASSE COMME ÇA AU JAPON - Une entreprise locale propose à ses clients de louer une amie, un service qui n’a rien de sexuel.

L’INFO. Faire du shopping, manger au restaurant, se rendre à une expo… Autant d’activités qu’il est en général plus agréable de faire à deux. Au Japon, où la solitude est un mal tristement banal, certains sont même prêts à payer pour ne pas rester seuls. A Tokyo, l’entreprise Client Partners propose ainsi aux Japonais de "louer" une amie pour une heure ou une journée, raconte le quotidien Asahi Shimbun. Précision de taille : cette prestation n’a absolument rien de sexuel.

225 euros la journée. Le journal a notamment recueilli le témoignage d’un homme de 35 ans qui "loue" une amie chaque mois depuis 2012. Le programme de leurs sorties est bien chaste : balade, shopping, musée et restaurant. Mais aussi quelques confidences, car ces rencontre sont pour le client l’occasion de s’épancher un peu, moyennant 31.000 yens la journée, soit 225 euros. Pour un autre client, un veuf d’une soixantaine d’années qui s’est refermé sur lui-même après la mort de sa femme, la location d’amie a représenté une planche de salut. Depuis qu’il a recours aux services de Client Partners, il fréquente aussi plus souvent ses amis… de sexe masculin.

le site de client partner, au japon, CAPTURE D'ECRAN

Trois règles à respecter. Chez Client Partners, qui ne propose que des femmes comme amies, il existe trois règles à respecter quand le client est un homme : il ne peut pas se retrouver seul avec son "amie" dans une pièce, il ne peut jamais la toucher et la femme n’a de son côté pas le droit de boire de l’alcool. L’entreprise propose la "location" d’une centaine de femmes de tous les âges. Quant aux clients, tous ne sont pas des hommes. L’Asahi Shimbun donne l’exemple d’une jeune femme de 21 ans qui a longtemps vécu aux États-Unis et qui a recours aux services de Client Partners car elle ne se sent pas libre de parler de ce qu’elle veut avec ses vrais amis et son petit copain.

Faire la sieste avec une inconnue. L’idée n’est pas nouvelle : dès 2009, le quotidien britannique The Guardian évoquait une agence proposant de louer, par exemple, un témoin pour son mariage ou même un faux patron, le temps d’une journée. A Tokyo, un café propose de son côté de faire la sieste en compagnie d’une jeune fille. Là non plus, pas question de sexe : il ne s’agit que de piquer un roupillon avec quelqu’un, moyennant une vingtaine d’euros pour vingt minutes. La technologie s’en mêle aussi, avec plusieurs inventions comme le Hugvie. Cette sorte de grosse peluche connectée à un smartphone reproduit les battements du cœur d’un humain pour un câlin plus réaliste, note la chaîne australienne SBS.

solitude au Japon, 460, REUTERS

Les Japonais de plus en plus solitaires. Pour Kazuhiko Yatabe, chroniqueur dans Courrier International, ces pratiques révèlent surtout la réticence qu’ont les Japonais à "se tourner vers l’État pour demander protection". Tout en illustrant aussi "les méandres de la psychologie nippone, où le sentiment de vide mêle solitude, timidité et hantise d’importuner l’autre - même quand il s’agit de proches". Au Japon, la solitude est une réalité pour bon nombre de personnes. En 2012, le Japan Times notait qu’à Tokyo, on était "plus solitaire que jamais". Dans une capitale qui compte 12 millions d’habitants, le nombre de personnes par foyer est tombé pour la première fois sous la barre des 2, à 1,99. Dans certains quartiers, on ne compte que 1,65 habitant par foyer. A Kashiwara, près d’Osaka, l’université a mis en place un programme pour pousser les nouveaux étudiants à faire connaissance, note le journal Yomiuri Shimbun. La raison ? Selon un enseignant, elle est tristement simple : "il y a des étudiants qui ne viennent plus en cours et abandonnent la fac parce qu’ils disent qu’ils n’arrivent pas à s’y faire des amis".