Alan Henning, chauffeur de taxi victime de son engagement

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Alan Henning, chauffeur de taxi victime de son engagement
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PORTRAIT - Le Britannique, exécuté vendredi par l'Etat islamique, était parti en Syrie avec une ONG pour aider les réfugiés.

Lancé dans une guerre psychologique et médiatique, les djihadistes de Daech, qui prétendent instaurer un état islamique, ont affirmé vendredi avoir décapité un nouvel otage, le Britannique Alan Henning. La vidéo de l'exécution, diffusée par le centre américain de surveillance des sites islamistes SITE, est intitulée "un nouveau message à l'Amérique et à ses alliés". Et comme pour les exécutions précédentes de deux Américains et d'un Britannique, les djihadistes affirment avoir agi en représailles aux frappes aériennes britanniques en Irak. Mais qui était Alan Henning ?

Un chauffeur de taxi qui voulait aider. Alan Henning était présenté par tous ses proches comme un chauffeur de taxi de Manchester au grand coeur, qui voulait aider les victimes de la guerre civile en Syrie. Le Britannique de 47 ans, marié et père de deux adolescents avait été enlevé en décembre alors qu'il s'était porté volontaire pour acheminer de l'aide dans un camp de réfugiés syrien.

Surnommé "Gadget" pour son goût prononcé pour les nouvelles technologies, Alan Henning n'était pas un professionnel de l'humanitaire. Touché par les souffrances de la population civile syrienne, il avait décidé de s'associer à un groupe d'amis musulmans qui avaient fondé une association caritative, "Aid4Syria" - une appellation qu'il s'est fait tatouer sur le bras, afin d'amener de l'aide humanitaire dans des camps de réfugiés de ce pays ravagé par la guerre civile.

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Kidnappé fin décembre 2013. Décrit par ses amis comme "un homme au grand coeur", il s'était également activement engagé dans la collecte de fonds pour financer l'équipement médical et l'aide alimentaire que le groupe a ensuite apportés en Syrie. Les véhicules du convoi humanitaire informel, qui ont quitté le Royaume-Uni le 20 décembre, ont été arrêtés par un groupe armé après avoir franchi la frontière turque.

"Ils ont mis tout le monde dans une pièce et ont commencé les interrogatoires", a rapporté, sous couvert d'anonymat, un ami du Britannique au Times. "Ils parlaient anglais parce que personne dans le convoi ne parlait arabe. C'était un mélange de Libyens et d'Algériens et ils n'ont pas bien traité Alan parce qu'il n'était pas musulman", a-t-il ajouté. Alan Henning a ensuite été séparé de ses camarades, selon leur récit fait à leur retour au Royaume-Uni, après avoir été libérés.

Réfugiés syriens au Liban

© REUTERS

Plusieurs journaux britanniques rapportaient qu'il avait ensuite été déplacé jusqu'à Raqqa, au nord de la Syrie, présentée par les jihadistes de l'EI comme leur capitale. A la demande du ministère britannique des Affaires étrangères, ses proches et sa famille avaient depuis gardé le silence sur son enlèvement. Son apparition dans une vidéo des extrémistes sunnites le 15 septembre dernier a ému tout le Royaume-Uni où la presse le montrait souvent souriant avec un enfant syrien dans les bras.

"Quelqu'un qui voulait et veut toujours aider les civils syriens". "Alan est un homme plein de compassion", a déclaré au Guardian Kasim Jameel, également chauffeur de taxi dans le grand Manchester, et l'un des organisateurs des convois humanitaires auxquels Alan Henning avait pris part. Selon la presse, il s'était rendu à quatre reprises dans le pays. D'après Kasim Jameel, Alan Henning avait insisté pour participer au dernier convoi au lieu de passer les fêtes de fin d'année avec sa famille. "Je pourrais raconter beaucoup d'anecdotes sur le bien qu'Alan a fait et sur la manière, dont ce non-musulman a aidé des musulmans qui souffraient de ce conflit", a-t-il ajouté.

Une journaliste de la BBC, Catrin Nye, a croisé son chemin en octobre dernier alors qu'il remplissait une ambulance de couches et de petits pots pour enfants. "C'était quelqu'un de marrant, il faisait beaucoup de blagues (..) et il était porté en haute estime par ceux qui allaient voyager avec lui", se souvient-elle. "Les gens, ajoute-t-elle, le décrivaient comme quelqu'un de très gentil, désintéressé, un mec ordinaire, un père, un chauffeur de taxi, un amateur de pêche, quelqu'un qui voulait et veut toujours aider les civils syriens."

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