A Skala Sikamineas, ce village grec qui pourrait recevoir le Prix Nobel de la paix

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Ce village au nord de l'île de Lesbos a ouvert ses portes à des milliers de réfugiés. Le gouvernement grec a soumis la candidature de ses habitants au Prix Nobel de la paix. Europe 1 les a rencontrés. 

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Les 150 habitants de Skala Sikamineas, un petit village au nord de l'île grecque de Lesbos, où nous nous sommes rendus, pourraient bien recevoir le Prix Nobel de la paix en octobre prochain. Le gouvernement grec a en effet proposé les noms d'Emilia Kamsivi, une habitante de 83 ans et du pêcheur Stratos Valamios, comme représentants de ce port qui a ouvert ses portes à des milliers de réfugiés.

5.000 migrants par jour. L'été dernier, au plus fort de la crise des migrants, l'île de Lesbos devient la porte d'entrée de l'Europe. Le village voit débarquer chaque jour près de 5.000 réfugiés sur des bateaux de fortune. "Ils étaient cinquante sur des barques de vingt places, le moteur était souvent cassé", se souvient Stratos, venu en aide à plusieurs milliers d'entre eux. Une image l'a particulièrement marqué en octobre dernier : "il y avait beaucoup d'enfants, de femmes dans l'eau. Ils étaient près de 3.000 à avoir chaviré. On a fait ce qu'on a pu mais 70 étaient morts quand on est arrivé". Stratos se relaie avec une dizaine d'autres pêcheurs. A chaque fois que l'un d'entre eux voit une barque en danger, il appelle les autres à la rescousse via la radio de secours.

On voit arriver en moyenne un bateau par mois

Le village se transforme en gigantesque refuge. Les habitants de ce petit port coincé entre des collines d'oliviers et la mer Egée sont habitués à voir débarquer des réfugiés fuyant les conflits depuis près de 50 ans. "On voit arriver en moyenne un bateau par mois", raconte Toula Koutaleli, qui tient le café Goji. Mais c'est la première fois qu'"on est submergé à ce point, poursuit-elle, j'avais l'impression d'être au milieu de la guerre, en première ligne". Pendant près de deux mois, les habitants sont seuls et isolés pour gérer l'afflux de migrants. Fin août, beaucoup de touristes partent. Aucune aide internationale ni d'humanitaire ne parvient alors jusqu'à Skala, à plus d'une heure du port principal de Lesbos. Des plus âgés aux enfants, tout le village se mobilise. "On a essayé de les aider comme on pouvait, de les nourrir. On leur a donné nos vêtements et ceux de nos enfants. C'était très dur", témoigne Toula.

 Un Prix Nobel ne changera rien. Il faut régler le problème à la racine

"Le Prix Nobel ne stoppera pas la guerre". Aujourd'hui, le nombre de réfugiés arrivant en Grèce a diminué de 90%, selon l'Organisation internationale des migrations. C'est une conséquence directe de l'accord signé entre l'Union Européenne et la Turquie, qui prévoit le renvoi vers la Turquie des personnes arrivées illégalement sur les plages grecques. Skala Sikamineas est redevenu un petit coin de paradis bien paisible mais Stratos ne s'en réjouit pas. "La marine turque stoppe les embarcations de réfugiés avant qu'elles atteignent la Grèce",  accuse le pêcheur contre l'accord. Les migrants ne renoncent pas pour autant. Ils prennent d'autres routes au départ de l'Egypte et de la Libye, pour débarquer en Italie. La perspective du Prix Nobel provoque un mélange de fierté et de gêne chez Stratos et Toula : "On n'est pas des héros. Si on a ce prix, c'est jusque parce qu'il y a la guerre. Un Prix Nobel ne changera rien. Il faut régler le problème à la racine : stopper les guerres pour les gens puissent rentrer chez eux".