REPORTAGE - A quoi va servir le porte-avions Charles-de-Gaulle ?

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Le porte-avions, qui a quitté la France mercredi, va permettre de tripler notre puissance de frappe en Syrie. 

EXCLUSIF

Le porte-avions Charles de Gaulle a quitté le port de Toulon mercredi, et fait route vers les côtes syriennes. Il sera opérationnel dès lundi, a annoncé le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, invité du grand rendez-vous dimanche.  Objectif : Daesh, ses centre de commandements et d'entraînements, là où se préparent et se pensent les attentats. A bord, la concentration et le travail règnent.

"Professionnels et solennels". "C'est une atmosphère très particulière. Les équipages restent extrêmement professionnels mais aussi très solennels", raconte en exclusivité le journaliste d'Europe 1 Didier François, à bord du porte-avions. "L'équipage a bien conscience que ce n'est pas une mission comme les autres. Tout le monde travaille d'arrache-pieds, 24h/24. Chacun a bien conscience que chaque petit geste peut être essentiel. Pompiers, pilotes, armuriers... tout le monde a cette impression que ce n'est pas un exercice. Les 2.700 marins (1.900 sur le Charles-de-Gaulles, le reste sur les frégates) veulent être fin-prêts quand tombera l'ordre de la frappe. Il y a à bord quelques marins qui sortent de leur formation. On sent qu'ils veulent bien faire, ils se tournent vers les anciens. On sent une énorme détermination. Tout l'équipage a conscience de l'importance de sa mission", poursuit notre envoyé spécial.

Concrètement, à bord, les équipages s'entraînent tout le temps. Ils mettent la main aux derniers préparatifs. Une bordée d'appareils quitte le bord pour s'entraîner. Les pilotes s'approprient l'espace dans lequel ils vont avoir à travailler. Les techniciens et les gens de l'armement vérifient l'ensemble du matériel en continue. Pour quoi faire ? 

Une capacité de bombardement triplée. Grâce au Charles de Gaulle, la France va pouvoir tripler ses frappes en Syrie. Le porte-avion permet de faire décoller un avion toutes les 30 secondes. Une trentaine de bombardiers est à bord, dont 18 Rafales. "Il y avait déjà 12 appareils de l'armée de l'air, répartis entre les deux bases, celle d'Abou Dhabi et de la Jordanie. Ils faisaient un travail intense. Ils vont être renforcés", raconte notre envoyé spécial.

ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP Charles de Gaulle Charles-de-Gaulle

ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP


Mais l'objectif du porte-avion est aussi de décupler les capacités en renseignement de la France sur place. Le Charles de Gaulle est "un outil supplémentaire extrêmement souple", qui peut se déplacer au plus près des cibles.

Une meilleure coordination avec nos alliés. Le bâtiment militaire français permet également d'établir une meilleure liaison avec nos alliés sur place. Avec les Russes, pour l'instant, cela se limite à quelques contacts de navigation, pour éviter les problèmes en mer. "Ça se passe très bien mais il n'y a pas pour le moment de coordination opérationnelle", explique Didier François. Et de poursuivre "en revanche, avec les Américains, la communication est quotidienne. Ils travaillent ensemble heure par heure. Les échanges de renseignements se font extrêmement bien. La planification des opérations se fait en commun et cela se passe vraiment très bien". Et cela devrait continuer. Dimanche, le président américain Barack Obama s'est dit déterminé "à détruire l'Etat islamique".  

Une mission bien particulière. Dimanche soir, après 48 heures de préparation intensive, les hommes commençaient à se reposer et à se préparer à la nuit de traversée pour rejoindre la zone d'opération : certains jouaient de la guitare, d'autres lisaient. Mais derrière cette décontraction apparente, les équipages font preuve d'une détermination sans faille. "Les attentats de Paris, la ville marraine du porte-avions, ont créé un choc parmi les soldats français, comme pour l'ensemble de la population. Ces attentats donnent un sens tout à fait particulier à leur mission. Se préparer à combattre les commanditaires, les hommes qui ont frappé leurs concitoyens, est quelque chose qui constitue pour eux une motivation supplémentaire", rapporte le journaliste d'Europe 1. 

>> Le reportage de Didier François :