Essonne : une jeune femme se suicide en direct sur Periscope, une enquête ouverte

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Essonne : une jeune femme se suicide en direct sur Periscope, une enquête ouverte
La jeune femme s'est jetée sous le RER C.@ MARTIN BUREAU / AFP
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La jeune femme s'est jetée sous un RER, mardi après-midi, à Égly, dans l'Essonne. Se disant victime d'un viol, elle a filmé et diffusé son acte en direct sur l'application Periscope.

Elle a filmé et diffusé son acte en direct sur l'application vidéo Periscope, devant plusieurs dizaines d'internautes. Mercredi matin, le parquet d'Évry a ouvert une enquête sur les circonstances du suicide d'une jeune femme de 19 ans, a révélé France Info. La veille, la jeune femme a mis fin à ses jours en se jetant sous un train de la ligne C du RER, à Égly, dans l'Essonne, sous les yeux de ses "followers". 

Un long "teasing" en amont sur Periscope. Dans plusieurs vidéos publiées sous le pseudo "Imanolthecat", et depuis supprimées par Periscope, cette jeune femme au profil psychologique fragile, d'après ses proches, avait confié sa détresse. Selon les premiers éléments d'enquête communiqués par le parquet mercredi soir, elle s'est connectée en tout à cinq reprises sur la plateforme sociale, effectuant d'abord deux tests, puis trois "lives" - dont un dernier, d'une trentaine de minutes, filmant son suicide.

Quelques heures avant son geste, mardi, on la voit ainsi dans son salon, face à l'objectif : elle se filme dans de longs échanges sur l'application, qui permet de partager des vidéos en direct et de publier des commentaires en même temps. Une forme de conversation s'instaure, durant laquelle la victime annonce à plusieurs reprises qu'elle va faire "quelque chose" - sans préciser quoi. "Quelque chose" qui n’a pas vocation à "faire le buzz", mais à "faire réagir et ouvrir les esprits", annonce la jeune femme, entretenant le mystère. "Petit live, avant tout à l'heure où je vous expliquerai tout", prévient-elle sur son compte, donnant rendez-vous à ses spectateurs à 16 heures.  

"Tu ne sais plus quoi faire pour t'en sortir". Sur ces lives Periscope, la jeune femme raconte qu'elle travaille à mi-temps dans une maison de retraite. Puis, au fil d'une conversation que nous avons pu visionner, elle déclare : "Une seule personne est capable de te détruire. Au bout d'un moment, tu ne sais plus quoi faire pour t'en sortir, pour te faire entendre des gens. Il n'y a plus de solutions." Elle se confie alors sur son ex-petit ami et leur trois années de relation : "Il m'aura bien pourri la vie [...] Ces années de relation m'ont complètement détruite." Selon une source judiciaire, la jeune femme "aurait évoqué un viol et désigné un agresseur" au cours de l'enregistrement. Ce que rapportent également certains commentaires d'internautes. Il faut néanmoins rester extrêmement prudent sur la réalité des faits allégués, a précisé cette source. 

Un SMS clé. Juste avant sa mort, la jeune femme a envoyé un SMS à l'un de ses proches, a précisé Eric Lallement, le procureur de la République à Évry, mercredi soir. Le destinataire est un "ami du compagnon avec lequel elle a entretenu une relation affective". Dans cet ultime message, elle évoque "des violences et un viol que son compagnon lui aurait fait subir" et justifie son passage à l'acte "à cause du mal que celui-ci lui avait fait". "L'audition de cette personne est en cours", a-t-il indiqué.

Petit live, avant tout à l'heure où je vous expliquerai tout

Une vidéo sur Youtube. Mardi, à 16h29, la jeune fille s'est jeté sous une rame du RER C, tout près de chez elle, en gare d'Égly. Tout en se filmant en direct. Cette vidéo, signalée, a été supprimée du flux de l'application. Mais un montage a été posté par un internaute sur Youtube. Sur celui-ci, la jeune femme aux longs cheveux noirs et aux nombreux piercings échange des banalités avec les internautes, fixe parfois l'objectif dans de longs silences, son chat dans les bras ou une roulée de tabac à la main.

Après 18 minutes, l'écran devient brutalement noir. On ne voit pas le suicide, mais on entend ensuite les échanges des secouristes. Le film s'achève sur l'image d'un pompier qui ramasse le téléphone. Alertés vers 16h30 par un utilisateur de Periscope qui était connecté avec la victime, les gendarmes n'ont pas pu empêcher le suicide. 

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© Les internautes présents sur le live Periscope de la jeune fille ont assisté en direct au drame. (Capture d'écran)


Une enquête ouverte. L"enquête ouverte par le parquet d'Évry a été confiée aux gendarmes de la brigade de recherches de Palaiseau. Tout l'entourage de la victime va être interrogé afin d'en savoir plus sur les motifs qui ont pu pousser la jeune femme à passer à l'acte. Si les faits de violences et de viol sont avérés, l'enquête sera alors "réorientée". 

L'exploitation du téléphone de la victime et des vidéos est en cours, a indiqué Eric Lallement, mercredi soir. A l'exception du dernier film, juste avant le passage à l'acte, qui sera remis aux enquêteurs "dans les prochaines heures". Une autopsie et des analyses toxicologiques et médicamenteuses seront également réalisées au cours des prochains jours. 

Que faire si l'on est confronté à cette situation sur Periscope ?

L'application rachetée par Twitter en mars 2015 permet de diffuser gratuitement un flux vidéo en direct, visible par tous et relayé sur Twitter. La vidéo reste accessible pendant 24 heures puis disparaît. Mais dans le cas où un spectateur est témoin d'une agression ou d'un risque de suicide, comment peut-il intervenir ? Contacté par Europe 1, Twitter n'a pas souhaité réagir à la diffusion du suicide de la jeune fille sur son application : "Nous ne commentons pas les comptes individuels pour des raisons de vie privée et de sécurité" ; ajoutant que le contenu avait été supprimé après avoir été signalé.

Un porte-parole du réseau social nous indique toutefois que les quelque 10 millions d'utilisateurs de la plateforme Periscope peuvent envoyer un mail à safety@periscope.tv s'ils souhaitent faire remonter un problème, comme un contenu inapproprié. 

Il nous rappelle également que deux formulaires sont à disposition en cas de situation grave. Le premier permet à tout internaute de "signaler d'éventuelles menaces de suicide ou toute autre forme d'automutilation". Le second est à disposition des autorités et concerne les "requêtes des forces de l'ordre ou du gouvernement", si elles souhaitent, en cas d'urgence, accéder aux données d'un utilisateur.