Trois ans ferme pour l'homme qui a poussé "Babu" sous le métro

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Trois ans ferme pour l'homme qui a poussé "Babu" sous le métro
Image d'illustration@ AFP
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Un jeune Egyptien a été condamné mercredi à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, pour avoir mortellement poussé sur les rails du métro un immigré indien, "Babu". 

Le drame avait, à l'époque, suscité une vive émotion. En 2011, "Babu", de son vrai nom Rajinder Singh, meurt poussé sur les voies du métro, par un jeune égyptien. Son agresseur a été condamné mercredi à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, aux assises à Paris. La cour a été en-deçà des réquisitions du parquet, qui réclamait de cinq à six ans d'emprisonnement contre Mohamed Fayed, poursuivi pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner".

Le beau frère et la belle-soeur de "Babu", parties civiles dans l'affaire, ont reçu un euro chacun en réparation de leur préjudice moral, ce qu'ils demandaient symboliquement.

Des circonstances encore floues. Le 29 septembre 2011, Rajinder Singh, surnommé "Babu", 33 ans croisait la route de Mohamed Fayed, dans le métro. Est-il intervenu parce que Fayed embêtait des jeunes femmes? S'est-il agacé parce que Fayed jouait avec ses clés? Les versions divergent, mais une dispute éclate. Descendus sur le quai de la station Crimée, les deux hommes s'affrontent, et Fayed projette violemment Singh sur les voies. L'Indien meurt électrocuté.

Le héros des médias. Le lendemain, le fait divers fait la une des journaux: "Babu" est mort parce qu'il est venu en aide à des jeunes femmes qu'un homme importunait. Deux ministres se déplacent à la station Crimée pour lui rendre hommage. Mais aucune femme molestée ne se manifeste et les analyses toxicologiques montrent que "Babu", colosse de 1m87 et 92 kilos, avait 2,33 grammes d'alcool par litre de sang. Rapidement arrêté, Fayed accuse Singh de l'avoir insulté et agressé. L'image du "héros" vacille.
"Babu" a été le héros d'une France qui avait besoin d'un héros", a commenté mercredi l'un des avocats de l'accusé, Augustin d'Ollones, devant les assises à Paris.

Légitime défense. La défense a plaidé la légitime défense et s'est efforcée d'effacer l'image "borderline" de l'accusé, dressée par l'avocat général. Il était dragueur? "Il s'est stabilisé." La preuve, la présence au procès de sa compagne et de son fils de trois ans. Il harcelait des jeunes femmes? "Si parler à des femmes dans le métro c'est les importuner, c'est une vision un peu triste de la société", lance Me d'Ollones, assurant : "c'est comme ça que j'ai rencontré ma femme". Selon le principal témoin, Singh a porté plusieurs coups "maladroits" à Fayed qui a posé "tranquillement" son sachet de bonbons à terre avant de pousser énergiquement "Babu". Puis il a repris le sachet et s'est enfui.

Fayed ne s'était pas dénoncé. "Il se préoccupe plus de ses bonbons que de la victime", a fustigé l'avocat général, Bernard Farret, notant que Mohamed Fayed ne s'était pas rendu à la police. "Mais pensez vous que "l'assassin du héros du métro", un Egyptien sans papiers, va se livrer à la police?", a tonné Me Patrick Maisonneuve, conseil de Fayed. "Non, il ne s'est pas pressé pour se glisser dans les habits de l'assassin. "L'avocat des parties civiles, François des Minières, a lui fait valoir "qu'en poussant Babu sous le métro", l'accusé "sait qu'il l'expose à un risque de mort, et ce risque, il le prend".

"Je vis avec ça". Il s'est félicité d'un verdict qui "ne retient pas 'Babu' comme un héros, pas comme un agresseur mais comme une victime ordinaire". "Les juges ont quand même tenu compte du fait que la victime a eu un rôle particulièrement actif dans ce qui s'est passé", a réagi de son côté Me Patrick Maisonneuve. "Je n'ai jamais pensé qu'il allait tomber sur les rails", "le geste est arrivé comme ça, c'est tout", s'était défendu l'accusé, cheveux noirs et chemise en jean, exprimant des "regrets". Âgé aujourd'hui 27 ans, il est actuellement en maison d'arrêt, mis en examen dans une autre affaire pour des violences qu'il nie. Avoir tué "Babu", "ce n'est pas quelque chose de très beau", avait dit Mohamed Fayed, "je vis avec ça".