Qui sont ces djihadistes français sur la liste noire des Etats-Unis ?

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Qui sont ces djihadistes français sur la liste noire des Etats-Unis ?
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Mardi, l'administration américaine a ajouté trois noms français, dont celui d'une femme, à sa liste noire de "combattants terroristes étrangers". Qui sont ces Français ayant rejoint les rangs de l'Etat islamique ?  

Ils figurent sur la liste noire des djihadistes les plus recherchés au monde. Mardi, le Département d'Etat américain a ajouté à cette blacklist 35 personnes et organisations accusées de soutenir l'Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie. Parmi celles-ci, trois Français : un Normand, un Parisien et une Lorientaise, première et seule femme à y apparaître. Europe 1 retrace les parcours de ces Français, au départ si différents, mais qui ont tous choisi de prendre le chemin du djihad.  

  • Maxime Hauchard, le Normand converti

"Abu Abdallah al Faransi" pour "le Français". C'est le nom de combattant que s'est choisi ce converti à l'islam depuis 2009. Issu d'une famille catholique, le jeune homme de 23 ans a grandi à Bosc-Roger-en-Roumois, paisible commune de quelque 3.000 habitants non loin de Rouen, dans l'Eure. Sa mère travaille à la CPAM, son père est agent de maintenance. Lui aime la mécanique, en particulier bricoler des scooters. A tel point qu'il avait même lancé, un temps, sa petite entreprise de pièces détachées par correspondance, rapportent Les Inrocks.

Sur Internet, le jeune homme s'autoradicalise. "Les gens pensent qu'on a une sorte de gourou qui met des choses dans la tête mais en fait, non, je n'ai jamais rencontré personne", assurait le jeune Normand dans une interview accordée à BFMTV, via Skype, depuis la Syrie, en juillet 2014. Dès 2011, les services de renseignement français le repèrent, en raison de son appartenance à la mouvance salafiste radicale rouennaise.  

Entre octobre 2012 et mai 2013, Maxime Hauchard est parti à deux reprises dans une école coranique de Mauritanie. Deux séjours qui auraient définitivement fait basculer le jeune homme, qui arbore depuis longtemps longue barbe et djellaba dans son village natal. Le 17 août 2013, il prend la route pour la Syrie après avoir fait croire aux siens qu'il part faire de l'humanitaire.



Loin de la zone pavillonnaire où il a grandi, le jeune Normand est aujourd'hui l'un des bourreaux de l'organisation djihadiste Etat islamique. D'après les affirmations du Département d'Etat des Etats-Unis, le jeune homme aurait notamment exhibé la tête décapitée d'un otage américain, Peter Kassig, sur une vidéo diffusée en novembre 2014.

Sur ces images insoutenables, Maxime Hauchard apparaît à visage découvert, en train de participer à la décapitation collective de 18 prisonniers de l'EI, présentés par l'organisation djihadiste comme des soldats syriens. Depuis septembre, il fait l'objet d'une plainte émanant de la famille de l'une des victimes syriennes décapitées. Une première judiciaire en France.

  • Emilie König, la fille de gendarme

"Une excitée", bien connue des services anti-terroristes français et clamant sa volonté de mourir en kamikaze. C'est ainsi qu'Emilie König est décrite par l'une des sources proche du dossier. Originaire de Lorient, dans le Morbihan, la jeune femme de 31 ans est "une personnalité dans la communauté djihadiste", selon un responsable de la lutte anti-terroriste.

Il faut dire que cette fille de gendarme ne manque pas de faire du prosélytisme pour la cause qu'elle a embrassé, en partie au contact du groupuscule islamiste nantais, Forsane Alizza. Très active sur les réseaux sociaux, elle "sert à la propagande et au recrutement de volontaires" confie cette même source. Son visage apparaît régulièrement sur des vidéos de propagande diffusées par l'EI. Sur l'une d'elles, mise en ligne en mai 2013, elle pose même avec un fusil à canon strié.

D'après le communiqué du Département d'Etat américain, Emilie König doit sa désignation sur la liste noire au fait d'avoir "ordonné à des individus d'attaquer des institutions gouvernementales françaises". Il y a un an, le 23 septembre 2014, son nom avait déjà été ajouté par les Nations unies à la liste des personnes associées à Al Qaïda en Irak. En France, son rôle actif de recruteuse lui vaut d'être visée par une enquête pour avoir incité au départ une dizaine de jeunes de la région nîmoise.

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La Bretonne Emilie König, apparaît sur plusieurs vidéos de propagande de Forsane Alizza, groupuscule djihadiste. © Capture d'écran BFMTV


A Lorient, la jeune femme avait pourtant laissé le souvenir d'une "gentille fille", "coquette", confie l'une de ses anciennes collègues à Ouest-France. Faute d'être brillante, elle suit une scolarité normale, avant de se convertir au contact de son premier mari. Aux côtés de cet Algérien d'origine, emprisonné pour trafic de drogue, elle apprend l'arabe et se met à porter le voile intégral. De 2010 à 2012, la jeune femme poursuit sa radicalisation, distribuant notamment des tracts appelant au djihad, devant la mosquée de Lorient.

En 2012, elle rejoint son mari - aujourd'hui mort -, parti gonfler les rangs de l'EI en Syrie. Derrière elle, elle laisse ses deux petits garçons, aujourd'hui confiés à leur grand-mère, rapporte Ouest-France. La Bretonne fait alors partie des premiers Français à prendre le chemin du djihad, via la frontière turque. Celle qui se fait appeler "Samra" aurait accouché en Syrie d'un petit garçon en mars dernier, fruit d'une union avec un Nîmois converti.

  • Peter Cherif, le plus aguerri

C'est en quelque sorte le "senior" des Français blacklistés par les Etats-Unis. Des trois djihadistes, Peter Cherif est en effet le combattant le plus ancien. Celui qui fût petit délinquant à ses heures – braquages et vols à mains armées, indique l'Express – est parti dès 2004 renforcer les rangs d'Al-Qaïda en Irak pour lutter contre les forces de la coalition militaire conduite par les Etats-Unis.

Aujourd'hui âgé de 33 ans, Peter Cherif a été membre de la "filière irakienne des Buttes Chaumont", un réseau soupçonné d'avoir embrigadé de jeunes gens de ce quartier de l'Est parisien pour les envoyer combattre en Irak. C'est par cette cellule qu'il aurait rejoint le front irakien, après être passé par la Syrie.

Dans ce quartier populaire du 19e arrondissement de Paris, il a côtoyé à la fin des années 1990, les Kouachi, auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. C'est même Peter Cherif qui aurait fait découvrir à Chérif Kouachi, le cadet des deux frères, la mosquée Adda’wa de la rue Tanger, notamment fréquentée par le prêcheur et protagoniste clef de la filière des Buttes Chaumont, Farid Benyettou, précise Le Monde. L'homme, qui aspire aujourd'hui à devenir infirmier, fût le mentor des Kouachi.

En Irak, Peter Cherif, le gamin de l'Est parisien, sera baptisé au combat "Abou el Azouar". Arrêté une première fois en décembre 2004, il passe par différents camps de prisonniers, dont la tristement célèbre prison d'Abou Ghraïb, près de Bagdad, en août 2005. Un an plus tard, il est condamné à quinze ans de réclusion par la justice irakienne. Mais il s'évade, en mars 2007, avant de rejoindre la Syrie, selon le Département d'Etat et le Trésor américains.

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Peter Cherif, à la barre, lors de son procès, en janvier 2011, au tribunal correctionnel de Paris. © BENOIT PEYRUCQ / AFP


Extradé par la suite en France en février 2008, après s'être rendu, il est incarcéré pendant 18 mois dans l'attente de son procès. En janvier 2011, Peter Cherif est condamné à cinq ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris. Pour sa défense, comme tant d'autres jeunes partis, il avait notamment invoqué la dimension humanitaire de son voyage, "touché par la misère du peuple irakien", tout en concédant une pratique très rigoriste de l'islam.

Mais sentant sans doute le vent tourner, le jeune homme, présent au début de son procès, n'était plus là le jour du jugement. D'après les Etats-Unis, Peter Cherif a alors pris la fuite pour le Yémen. Il fait depuis l'objet d'un mandat d'arrêt international. Selon l'Express, il pourrait désormais être engagé sur le front aux côtés de Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda.