Quand des ténors du barreau boudent un procès d'assises

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Quand des ténors du barreau boudent un procès d'assises
@ AFP
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Le procès en appel d'une équipe de braqueurs chevronnés se tient depuis le 28 septembre devant les assisses du Pas-de-Calais, à Saint-Omer. La défense demande un report afin d'analyser les écoutes téléphoniques de leurs clients.  

Situation peu banale aux assises du Pas-de-Calais, à Saint-Omer : depuis jeudi matin, le procès d'une redoutable équipe de braqueurs, dont Fabrice Hornec, jugés en appel pour le vol de 30 kilos d'or sur l’autoroute A1, en 2011, se déroule sans les accusés et sans leurs avocats. Les avocats de la défense, dont des ténors du barreau comme Eric Dupond-Moretti et Jean-Yves Lienard ont en effet claqué la porte. Ces derniers veulent pouvoir étudier l'intégralité des écoutes téléphoniques de leurs clients réalisées pendant l'enquête. Et pour cela, ils exigent le report du procès.

Débat sur la retranscription des écoutes. C'est une affaire ubuesque. La présidente de la cour d'assises doit se mordre les doigts d'avoir cédé aux avocats. La malheureuse avait cru bien faire en leur remettant dernièrement une copie de toutes les écoutes téléphoniques effectuées pendant l'enquête. Les avocats sont en effet convaincus que certaines conversations, favorables à leurs clients, n'ont pas été retranscrites par les policiers. Problème : ils ont maintenant une dizaine de CD à écouter, des centaines d'heures de conversations à retranscrire avant la fin du procès.

L'avocate Clarisse Serre estime qu'il s'agit tout simplement d'"une mission impossible". "La comparaison est facile mais si l'on vous offre un cadeau, vous l'ouvrez. Là, chaque avocat doit écouter toute les conversations et il y a au minimum un mois de travail pour toutes les écouter ou retranscrire celles qui ne l'ont pas été et qui nous apparaissent utile. On ne peut pas juger des gens équitablement sans avoir pu consulter l'ensemble des pièces du dossier", assure-t-elle.

L'accès aux enregistrements en question. Au-delà des effets de manche, cette affaire soulève une vraie question de fonds : faut-il permettre aux avocats d'avoir accès à l'intégralité des écoutes  téléphoniques ? Dans certains dossiers, cela représente parfois des dizaines de milliers d'heures d'enregistrement et autant de complications pour une justice déjà surchargée.