A la barre, le face-à-face Bedos / Morano

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A la barre, le face-à-face Bedos / Morano
@ AFP
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Le parquet a requis la condamnation à une peine d'amende pour l'humoriste, jugé par le tribunal correctionnel de Nancy pour "injure publique" suite à des propos tenus sur Nadine Morano lors de son spectacle à Toul, en 2013.

Un humoriste peut-il tout dire ? Alors que Guy Bedos comparaissait, lundi, devant le tribunal correctionnel de Nancy pour "injure publique" envers l'ex-ministre UMP Nadine Morano, le procureur a estimé que l'artiste avait franchi les limites de la liberté d'expression en qualifiant notamment de "conne" et de "salope" la députée européenne Les Républicains. A l'issue d'un très bref réquisitoire, le parquet a requis une peine d'amende, dont le montant n'a pas été fixé, contre Guy Bedos. Le tribunal rendra son jugement lundi prochain.

Une femme "injuriée". "Nadine Morano a été élue ici à Toul ? Vous l'avez échappé belle ! On m'avait promis qu'elle serait là... Quelle conne!" avait notamment lancé l'artiste le 10 octobre 2013, lors d'un spectacle à Toul, en Meurthe-et-Moselle, sur les terres de Nadine Morano. Celle qui était alors conseillère municipale d'opposition s'était alors dite attaquée en tant que femme et avait porté plainte dès le lendemain. Pendant le spectacle où les propos litigieux ont été tenus, l'artiste avait aussi brocardé une vingtaine d'autres personnalités dont François Hollande, a rappelé l'un de ses avocats, Me Stéphane Cherqui.

A la barre, lundi, l'eurodéputée a confié son "émotion" en face d'un artiste qu'elle a "aimé", avant d'attaquer : "Monsieur Bedos se drape derrière son statut d'humoriste. Or il n'y a pas deux catégories de citoyens […] Celui des hommes qui, parce qu'ils ont le statut d'humoriste, ont le droit d'injurier les femmes et d'autres qui, parce qu'ils n'ont pas ce statut, se font condamner".



Un homme "féministe". Ce à quoi l'artiste ouvertement engagé à gauche, s'est défendu : "Je suis totalement féministe. Ce n'est pas dans mon habitude d'attaquer les femmes, mais de les défendre", a assuré Guy Bedos qui a concédé avoir pu déraper sous l'effet d'une "colère noire".

Insulté par le public. Une partie des 1.300 spectateurs - des partisans de Nadine Morano – aurait sifflé l'artiste,  la représentation étant offerte par la municipalité socialiste pour l'inauguration d'une salle. "En cinquante ans, c'est la première fois de ma vie où une partie de la salle m'a injurié", a assuré le comédien de 81 ans devant le tribunal, alors que cette représentation devait en plus être la dernière de sa carrière.

>> Un extrait du spectacle de Toul :

Les limites de l'humour en question. Durant les deux heures d'audience et derrière les arguments de chacune des parties, le débat dessinait la question des contours de l'humour et de la liberté d'expression, problématique que l'humoriste Pierre Desproges résumait dans cette formule : "On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde". Devant le tribunal correctionnel, Guy Bedos, a déclaré dans la même veine : "L'humour est une langue étrangère, certains doivent avoir besoin de sous-titres".



A une journaliste qui lui demandait à l'issue de l'audience si Nadine Morano avait "manqué d'humour", Guy Bedos a répondu : "Un peu", avant de lâcher, non sans ironie, être "désolé d'avoir fait tant de peine à Nadine Morano". "Tout ceux qui me connaissent savent que j'ai beaucoup d'humour", a rétorqué l'intéressée en souhaitant "que cette condamnation soit un exemple".

Guy Bedos encourt jusqu'à 12.000 euros d'amende. Nadine Morano a, quant à elle, précisé avoir réclamé 15.000 euros de dommages et intérêts qu'elle souhaite verser à des associations de luttes contre les violences faites aux femmes.