Mort après avoir bu 56 shooters : le patron du bar écope de prison avec sursis

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Mort après avoir bu 56 shooters : le patron du bar écope de prison avec sursis
Photo d'illustration@ AFP / HOANG DINH NAM
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JUSTICE - Après la mort d’un client par coma éthylique, le gérant d’un bar de Clermont-Ferrand a été condamné à quatre mois de prison avec sursis et ne pourra exercer son métier durant un an.

C’est un record qui a viré au drame. En octobre dernier, un client est mort après avoir remporté un concours en ingurgitant 56 "shooters", ces petits verres d’alcool fort, dans un bar de Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme, connu pour ses concours. Mercredi, le gérant de l’établissement ayant servi ce père de famille de 56 ans a été condamné à quatre mois de prison avec sursis et à un an d'interdiction d'exercer par le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand.

Agé de 47 ans, Gilles Crépin était poursuivi pour "homicide involontaire par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité et de prudence". En effet, c'est dans son bar, le "Starter", situé dans une ruelle du centre de la ville que la soirée a basculé.

Une trentaine de shooters en moins d’une minute. Le 25 octobre au soir, Renaud Prudhomme, accompagné de sa fille de 21 ans et d’amis, souhaite battre le record de consommation de shooters, affiché sur une ardoise de l'établissement et fixé à 55 verres. L’homme en avale alors 56 en un temps éclair, remportant le défi. La Montagne rapporte que d'après des témoins de la scène, ce colosse de 110 à 120 kilos aurait sifflé, en l’espace d’une minute, pas moins de trente shooters. Complètement ivre, le client est alors raccompagné à son domicile avant d'être pris en charge par les pompiers et le SAMU. Il décèdera le lendemain au CHU de Clermont-Ferrand.

La fille de la victime, satisfaite du jugement. Mercredi, l'avocat de la fille de la victime, Me Antoine Portal, a indiqué que sa cliente était "soulagée de cette décision, qui plus que la prison, lui interdit surtout d'exercer". Il a également souligné que cette dernière n'était plus présente dans l'établissement quand son père tentait de battre le record avec une dernière série de 12 verres. "Par cette décision, on veut rappeler à certains professionnels qu'il est interdit de servir ou de resservir de l'alcool à des clients qui sont dans un état d'ébriété avancé", a estimé l'avocat.

Le gérant va faire appel. Quant au conseil de Gilles Crépin, il a aussitôt annoncé son intention de faire appel du jugement. "C'est une décision guidée par l'émotion et par la volonté inconsciente de faire un exemple", a déclaré Me Renaud Portejoie, qui avait plaidé la relaxe lors de l'audience le 4 mai dernier. A la barre du tribunal, le gérant de cet établissement avait admis avoir commis "une erreur", à propos de ladite ardoise, qui avait galvanisé la victime.

"Une dérive de l’Etat-pénitence" ? Mais, "il nie toute responsabilité dans ce drame", a ajouté Me Portejoie, pour qui la victime est décédée parce qu'elle avait certes trop bu d'alcool, "à la demande expresse de sa fille", mais aussi parce qu'elle avait des "problèmes respiratoires" et qu'elle a fait une "fausse route". "On ne peut pas demander à chaque client à qui l'on sert de l'alcool son certificat médical. C'est impossible", a poursuivi l'avocat qui voit dans cette décision "une dérive de l'État-pénitence, qui recherche des responsabilités pour tous les drames de la vie".