INFO E1 - Tirs de roquettes en Corse : une douzaine d'arrestations

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INFO E1 - Tirs de roquettes en Corse : une douzaine d'arrestations
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INFO E1 - Ces interpellations surviennent dix mois après les tirs de roquettes qui avaient visé les casernes de gendarmerie de Bastia et Ajaccio.

L'INFO. Dix mois après les tirs de roquettes qui avaient visé les casernes de gendarmerie de Bastia et Ajaccio, les enquêteurs ont interpellé une douzaine de suspects lundi matin en Corse, liés à la mouvance nationaliste. Parmi eux, deux avocats : l'actuel bâtonnier d'Ajaccio, Me Ferrari, et Me Gatti, ancien bâtonnier de la ville jusqu'en 2010, tous deux proches du parti indépendantiste Corsica Libera (Corse libre), très influent sur la scène politique insulaire.

Des perquisitions étaient en cours aux domiciles des personnes interpellées et placées en garde à vue à Ajaccio. Ces derniers sont soupçonnés d'être impliqués dans ce double attentat. La garde à vue en matière de terrorisme peut durer quatre jours.

Deux attaques simultanées en décembre 2013. Le 5 décembre 2013, les groupements de gendarmerie d'Ajaccio et de Bastia, deux des plus grosses casernes de Corse avaient été simultanément les cibles d'attentats, sans que ces attaques ne fassent de victimes. Ces attentats, non revendiqués, avaient été commis avant une visite en Corse du ministre de l'Intérieur de l'époque, Manuel Valls. Une information judiciaire avait été ouverte le 25 mars 2014 par la section anti-terroriste du parquet de Paris.

A l'époque, deux hommes avaient été aperçus à Ajaccio, prenant la fuite sur un puissant scooter. Une semaine plus tard, les enquêteurs avaient découvert, lors de la perquisition d'un box, deux scooters, dont l'un identique à celui recherché. Ils avaient également trouvé des armes, des explosifs et des gilets par balle. Trois ADN prélevés sur place avaient permis d'identifier des militants nationalistes du FLNC, le Front de libération national de la Corse, qui avait annoncé le 25 juin son adieu aux armes.
 
Le box perquisitionné appartient à la sœur du bâtonnier. Par ailleurs, selon les informations d'Europe1, ce fameux box était loué par une femme : en l'occurrence, la sœur du bâtonnier Doumé Ferrari. Ces éléments troublants, ainsi que l'enquête minutieuse des gendarmes de la section de recherche d'Ajaccio et des policiers de la SDAT ont donc conduit au coup de filet de lundi matin. Une affaire aux multiples rebondissements : au printemps 2014, le juge anti-terroriste Gilbert Thiel, à l'époque chargé de l'affaire, avait dessaisi la police judiciaire, car la PJ avait voulu protéger l'un de ses indics, mis en cause dans le dossier.

Le barreau d'Ajaccio et la LDH s'insurgent. Le Conseil de l'ordre des avocats du barreau d'Ajaccio "condamne fermement la procédure qui a conduit au placement en garde à vue" du bâtonnier Dominique Ferrari et de l'ancien bâtonnier Philippe Gatti, selon un communiqué. "Si personne n'est au-dessus des lois et si celles-ci s'appliquent également aux avocats, ces derniers ont aussi le droit d'en profiter comme les autres citoyens, notamment du premier de ces droits qui est celui de la présomption d'innocence", selon le communiqué lu à la presse par l'un des membres du conseil, Me Louis Bujoli.

Le conseil a également déploré que "dès le début de l'opération de police, l'ensemble des médias nationaux ont été prévenus de la détention" de Me Ferrari et Me Gatti. Il a souligné que "la violation du secret de l'enquête constitue, pour l'heure, le seul délit qui ait été commis de façon certaine dans cette procédure" et annoncé des actions à partir de mardi "en fonction de l'évolution de la procédure".

La Ligue des droits de l'Homme (LDH) a dénoncé, pour sa part, "les pratiques de l'anti-terrorisme qui visent à impressionner les citoyens" et "l'importante médiatisation" orchestrée autour des arrestations.

Un rassemblement de protestation contre ces arrestations était prévu en fin de journée à Ajaccio, a-t-on appris dans l'entourage de certains interpellés.