Violences à Moirans : l'enquête s'annonce "extrêmement difficile"

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Violences à Moirans : l'enquête s'annonce "extrêmement difficile"
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Les obsèques d'un jeune homme de la communauté des gens du voyage se sont déroulées dans le calme mercredi à Moirans (Isère), au lendemain d'émeutes auxquelles l'exécutif s'est engagé à répondre avec détermination.

L'ESSENTIEL

La tension restait vive mercredi dans la petite de commune de Moirans, en Isère, après les incidents de la veille. Mardi, un détenu, membre de la communauté des gens du voyage, sédentarisé à Moirans, s'est vu refuser une permission de sortir. Ce dernier souhaitait assister aux obsèques de son jeune frère, mort dans l'accident d'une voiture volée qui a violemment heurté un arbre dans la nuit de vendredi à samedi. C'est l'étincelle qui a mis le feu à la poudrière mardi : une centaine de gens du voyage cagoulés et armés de barre de fer ont bloqué la gare SNCF, saccagé le restaurant en face et mis le feu à plusieurs voitures.

Mercredi, une nouvelle demande de permission de sortir, "sous escorte" cette fois, a été refusée mercredi matin par un juge d'application des peines. Les gens du voyage de Moirans ont menacé de commettre de nouvelles violences si le détenu n'était pas autorisé à sortir de prison. La mère de ce dernier avait décidé d'annuler les obsèques de son fils prévues dans l'après-midi. Celles-ci se sont tout de même déroulées dans le courant de l'après-midi malgré l'absence du frère incarcéré. 

L'ESSENTIEL :

• La permission de sortir "sous escorte" a été refusée au frère du défunt 

• Les obsèques se sont déroulées dans le calme, malgré l'annulation annoncée par la mère

• Des images de vidéo-surveillances doivent être exploitées pour identifier les suspects

• Les gens du voyage menacent de commettre de nouvelles violences

Les demandes de sorties refusées. Après le refus en appel d'une permission de sortir simple par la chambre d'application des peines, une demande de permission de sortir "sous escorte" cette fois a, elle aussi, été refusée mercredi matin par un juge d'application des peines. Les gens du voyage de Moirans ont menacé de commettre de nouvelles violences si le détenu n'était pas autorisé à sortir de prison.

L'avocat du détenu fustige ce refus. Pour l'avocat du jeune détenu, Me Ronald Gallo, il aurait été nécessaire d'accorder cette permission de sortir à son client, au regard de son comportement en prison. "Son frère, âgé de 17 ans, est mort. C’était quand-même la moindre des choses qu’on autorise ce jeune à participer à la douleur commune de cette famille. La disparition a été brutale. Là, le juge d’application des peines fait preuve de surdité totalement inintelligible", déplore l'avocat. 

"On dit qu’il ne s’investissait pas en prison. Mais il n’a rien fait qui justifie des sanctions. Ce gars-là avait adopté un comportement docile" insiste Me Gallo. "Donc comment vous expliquez une décision de refus, qui est motivée par la nécessité d’aller voir la dépouille de son frère. On est un homme ou une femme quand on est un juge, avant d’être un juge. En l’occurrence, il s’agit plus d’une réaction de machine que d’une réaction humaine",regrette-t-il.

"J'annule les obsèques", annonce d'abord la mère. En conséquence, la mère du détenu et de son frère défunt avait annoncé dans la foulée mercredi qu'elle annulait les obsèques prévues dans l'après-midi à Moirans. "J'annule les obsèques. Je vais faire venir le cercueil de mon fils ici. Et il ne bougera pas tant que mon autre fils ne pourra pas venir", a indiqué Adèle Vinterstein. Et d'ajouter, en larmes : "j'ai essayé de faire tout ce que je pouvais pour qu'il sorte. Mais personne n'a voulu. Je n'ai pas demandé ce qu'il s'est passé. Je voulais juste que mon fils soit là pour son frère et pour le serrer dans mes bras".

Adèle Vinterstein,dans son camp de gens du voyage, à Moirans, le 20 octobre 2015.

Adèle Vinterstein,dans son camp de gens du voyage, à Moirans, le 20 octobre 2015. © PHILIPPE DESMAZES / AFP


Le préfet de l'Isère a précisé que, d'un point de vue juridique, les obsèques devront se dérouler d'ici trois à quatre jours. Le délai maximal pour inhumer un défunt est de six jours. "Je ne doute pas que ce jeune pourra être inhumé", a-t-il ajouté.

Les funérailles se déroulent dans le calme Malgré ces déclarations, les obsèques de ce jeune âgé de 17 ans ont bien débuté mercredi après-midi à l'église de Moirans et en l'absence du frère incarcéré de la victime. 



Le convoi funéraire est arrivé devant l'église vers 15h30 et reparti une heure plus tard. Des dizaines de gerbes remplissaient trois véhicules des pompes funèbres. Entre 100 et 200 personnes, en majorité extérieures au camp où vivait le défunt, avaient fait le déplacement.

"Je ne pensais pas que ça allait monter à ce niveau-là". Cette flambée de violence surprend le maire de Morans, Gérard Simonet, un médecin généraliste, qui connaît tous les membres de cette communauté, installés dans la ville depuis plus de 20 ans. "Je ne pensais pas que ça allait monter à ce niveau-là. Quand, à 16 heures, j’ai pu rencontrer certains de leurs membres, je leur ai dit : ‘vous êtes en train de commettre l’irréparable’. Je pense, qu’à l’heure actuelle, ils ont commis l’irréparable", a-t-il d'ailleurs jugé sur Europe 1.

14 enquêteurs mobilisés sur les incidents. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a promis mercredi qu'il n'y aurait "aucune complaisance de l'Etat" envers les auteurs de ces violences. "La plus extrême fermeté sera à l’œuvre dans les jours et les heures qui viennent à l'égard de quiconque s'engagerait à enfreindre le droit dans le département de l'Isère", a-t-il mis en garde à la sortie du Conseil des ministres. De son côté, le Premier ministre Manuel Valls a assuré à l'Assemblée nationale que les auteurs seraient "implacablement recherchés et poursuivis en justice".


Moirans : "Les individus seront identifiés...par Europe1fr

Plus d’une centaine de gendarmes mobiles et de CRS et un hélicoptère, qui a pu prendre des images, ont survolé les lieux mardi soir. "Quatorze enquêteurs sont en train d'exploiter les éléments recueillis dans l'après-midi et en soirée. Il faut identifier des gens dont un certain nombre étaient cagoulés. Les consignes sont d'une grande fermeté envers les fauteurs de troubles", a réagi Jean-Paul Bonnetain, le préfet de l’Isère, interviewé sur Europe 1. 

"Plusieurs semaines" pour identifier les émeutiers. L'enquête à Moirans s'annonce "extrêmement difficile" et l'identification des "émeutiers" pourrait prendre "des semaines", a indiqué le procureur de Grenoble, Jean-Yves Coquillat. "Ce n'est pas une question de temps, mais de preuve et de justice", a déclaré le magistrat. "Toute précipitation et toute pression excessive peut nuire au résultat d'une enquête. Je veillerai à ce que les enquêteurs ne subissent pas de pression excessive. Ils ne rendront de compte qu'à moi", a insisté le procureur.