Orly : prison ferme pour quatre bagagistes qui pillaient les valises

  • A
  • A
Orly : prison ferme pour quatre bagagistes qui pillaient les valises
L'aéroport d'Orly (photo d'illustration)@ AFP / THOMAS SAMSON
Partagez sur :

Les autres bagagistes ont été condamnés jeudi à des peines allant de de 6 à 9 mois de prison ferme pour abus de confiance et recel d'abus de confiance.

Marius, Thierry et Miloud dévalisaient la soute pendant que Mehdi faisait le guet sur le tarmac. Le petit manège de quatre bagagistes de l'aéroport d'Orly a duré deux ans. Ils ont été condamnés jeudi de 6 à 9 mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Créteil, dans le Val-de-Marne. Condamnés pour abus de confiance et recel d'abus de confiance, les quatre prévenus, anciens salariés d'Alyzia, un sous-traitant chargé du traitement des bagages, ont également écopé de 3.000 euros d'amende chacun et ne pourront plus travailler dans un aéroport avant trois ans. Onze autres personnes, en majorité bagagistes, ont été condamnées jusqu'à un an de prison avec sursis et 3.000 euros d'amende pour abus de confiance et recel de ce délit.

Le seul endroit sans caméra. Le système mis en place était bien ficelé. Les soutes des avions sont l'un des rares endroits vierges de toute vidéosurveillance, où les bagagistes pouvaient agir en toute impunité, munis de couteaux et tournevis retrouvés dans leurs casiers par les enquêteurs. Au pied de l'appareil, un complice veille. Une fois les poches pleines, la petite équipe, qui modifie régulièrement les plannings pour toujours œuvrer ensemble, repart sans être contrôlée, soit à pied, soit à bord des petits chariots électriques qui suivent les avions.

Un système mis en place dès 2007. Bijoux Chanel, sacs à main Louis Vuitton et Marc Jacobs, montres de luxe, i-Pad, smartphones, consoles de jeu, appareils photo numériques, caméscopes... rien ne passait entre les mailles de leur filet. Pour Marius, le chef du groupe et le plus lourdement condamné, il s'agissait d'un travail parallèle à temps plein : 400 bagages fouillés par mois, pour un montant total avoisinant les 50.000 euros. Certains ont avoué avoir commencé à voler dès 2007, même s'ils ont été jugés pour des faits commis entre 2009 et mars 2011.

Plusieurs clients portent plainte. Car après deux ans d'arnaque, les compagnies clientes d'Alyzia grognent. Une centaine de plaintes sont remontées entre 2009 et 2010. Un chiffre loin d'être exhaustif puisque la plupart des passagers se signalent dans leur pays de destination, et leur décompte échappe à la brigade de gendarmerie des transports aériens d'Orly (BGTA). C'est la plainte d'une jeune femme pour un vol de portable sur une liaison Paris-Alicante en mars 2009 qui va faire tomber le réseau. Le téléphone borne à plusieurs reprises à Vitry-sur-Seine, où réside l'un des salariés d'Alyzia, qui travaillait sur cet avion ce jour-là.

Des objets revendus sur Le Bon Coin. Sa mise sur écoute révèle l'étendue du trafic et des complicités. Certains objets volés étaient des commandes de proches ou d'autres employés, d'autres étaient revendus dans une boutique du quartier de la Bastille à Paris ou sur internet via Le Bon Coin. L'ex-compagne de l'un des bagagistes fournira également aux enquêteurs une photo de ce dernier posant fièrement avec une liasse de billets en compagnie de plusieurs collègues.

Il est impossible de chiffrer le butin dérobé, tous les vols n'ayant pas été recensés, ni même parfois signalés. Mais selon Corsair et Norwegian Air Shuttle, deux compagnies parties civiles au côté de Vueling, le préjudice pour l'indemnisation des voyageurs à la suite de vols s'élevait pour chacune à plus de 100.000 euros en 2010.