Dupont de Ligonnès : les internautes ne cherchent plus, mais espèrent encore

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Dupont de Ligonnès : les internautes ne cherchent plus, mais espèrent encore
Cinq ans après le meurtre de son épouse et de ses quatre enfants, le coupable présumé Xavier Dupont de Ligonnès reste introuvable.@ AFP
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En 2011, ils étaient des dizaines à jouer les cyber-enquêteurs pour tenter de percer le mystère de l’affaire Dupont de Ligonnès. Cinq ans après, leur passion s’est-elle essouflée ?

Le 21 avril 2011, la découverte des corps d’Agnès Dupont de Ligonnès et de ses quatre enfants sonne le début de l’une des plus fascinantes affaires criminelles. Immédiatement, le mystère autour de la disparition du suspect principal, Xavier Dupont de Ligonnès, suscite la curiosité et la mobilisation de dizaines d’internautes, qui vont tenter de mener l’enquête avec leurs propres moyens.

L’implication des internautes. Parmi eux, “Chris La Vérité”, créateur de la page Facebook : “Xavier Dupont de Ligonnès : Enquête et débat”. Groupe de référence sur le sujet, elle recueille plus de 5.000 likes. Technophile, cet Angevin était “auto-entrepreneur dans le domaine du web” lorsque l’affaire a éclaté. Passé par la même université catholique que Thomas, l’un des fils de “XDDL”, le jeune homme a voulu “scruter et fouiller le net, et utiliser Google au maximum de ses capacités”.

Les trouvailles des Sherlock 2.0. A l’époque, il se “consacre à temps plein” aux recherches, mettant tous ses projets de côté. Lui qui devait partir s’installer en Nouvelle-Zélande, reporte son départ. Il n’ira jamais. Autour de “Chris La Vérité” se constitue une équipe d’une quarantaine d’enquêteurs amateurs, qui vont traquer la moindre trace numérique des Dupont de Ligonnès. Très vite, l’investissement des “stalkers” va se révéler fructueux. Ils exhument, sur les forums et profils Facebook d’Agnès et Xavier Dupont de Ligonnès, des photos ou messages postés sous pseudo permettant de dresser un portrait plus nuancé que celui des apparences bourgeoises et traditionnelles que le couple donnait à voir en société.

L’enquête numérique s’est vite épuisée. Aujourd’hui, le trentenaire, condamné en mars dernier pour avoir notamment diffusé sur le groupe d'enquête des notes secrètes du père de famille versées au dossier de l'instruction, a totalement laissé tomber. Les trouvailles se sont épuisées “en deux mois”, explique-t-il. “C’est allé decrescendo. On est très vite arrivés au bout. Difficile d’avoir une piste que d’autres n’auraient pas eue avant quand autant de cerveaux sont mobilisés”, résume celui qui a sauvegardé sur son ordinateur plus de 700 photos, des dizaines de captures d’écran, etc. 

Surtout, “Chris La Vérité” a la conviction que “XDDL” s’est suicidé. Pour tenter de percer le secret du père de famille, le jeune homme “a compilé, sur un siècle, les cas de familicides” et lu sur le sujet nombre de bouquins. “Ce qui m'intéressait, c’était de voir le devenir de l’auteur du crime dans ces cas-là, le père en général”, explique-t-il. Réponse ? Le suicide, en large majorité.

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Capture d'écran d'une discussion sur la page "Xavier Dupont de Ligonnès : Enquête et débat".  


“Si je savais où il se planquait, j'irais peut-être le chercher!” Néanmoins, si le dossier Dupont de Ligonnès suscite moins l’engouement des “stalkeurs” jouant les détectives, il continue à captiver certains mordus de la première heure. Et pour cause, personne n’est en mesure de dire si “XDDL” s’est suicidé ou a pris la fuite. “C'est une affaire un peu hors-norme, non pas pas pas le crime en lui-même mais par son auteur qui demeure introuvable depuis bientôt cinq ans”, analyse Alexis, qui reste informé sur le sujet au rythme de deux fois par mois.

Voilà pourquoi, même cinq ans plus tard, il suffit d’un rien pour raviver l’intérêt des internautes, toujours à l'affût du moindre élément d’enquête. En particulier, les défenseurs de la thèse de la cavale. “Je me demande comment ce type fait pour passer entre les mailles du filet”, confie le consultant en affaires de 37 ans, interrogé via Facebook. Car une certitude l’anime, “c'est qu'il est toujours en vie !”. D’ailleurs, “si je savais où il se planquait, j'irais peut-être le chercher!”, lance ce mordu de l’affaire, persuadé qu’il reconnaîtrait Xavier Dupont de Ligonnès. “Son visage est imprimé dans ma tête.”

Le fantasme persiste. Mais où chercher ? Car mort ou vivant, “XDDL” demeure introuvable malgré le mandat international émis à son encontre et les 900 signalements adressés à la police judiciaire de Nantes depuis le début de l’enquête. Le quinquagénaire a été “aperçu” en Italie, en Amérique du Sud, ou encore en Australie... Une absence de certitudes qui continue d’alimenter les théories les plus originales. Certains pensent qu’il pourrait s’être réfugié dans un monastère, d’autres qu’il aurait même tué une personne pour lui usurper son identité….

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Capture d'écran d'un commentaire laissé sur la page Facebook "Xavier Dupont de Ligonnès : Enquête et Débat". 


Sur la page “Xavier Dupont de Ligonnès : Enquête et Débat”, un message posté le 3 avril, date à laquelle Agnès et ses enfants ont pu être tués, sème le trouble parmi les internautes. Longue démonstration à l’appui, un certain “Hervé Spets” persuadé du suicide du père de famille appelle les volontaires à se manifester pour localiser, puis aller déterrer le corps : “Alors pourquoi ne pas participer à l'enquête, par exemple en procédant au repérage des sites possibles ?” Ce fameux “Hervé Spets”, que nous avons tenté de contacter - en vain -, est soupçonné par certains internautes… d’être Xavier Dupont de Ligonnès lui-même.

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Capture d'écran Facebook de réactions au post d'un internaute soutenant la thèse selon laquelle "XDDL" s'est suicidé, en s'enfermant dans le caveau d'un cimetière pour que l'on ne retrouve jamais son corps.


Suspendus à l’enquête. Au fond, tous restent en attente d'une nouvelle avancée significative dans l'enquête, au point mort depuis plusieurs années. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’un policier dédié à ce dossier tentaculaire, notamment charger de vérifier les signalements. Et si un peu plus de 900 ont été transmis à la police judiciaire de Nantes, plus de la moitié l’ont été durant l’année suivant le quintuple meurtre