Disparues de l’A6 : un cold case aux assises, 30 ans après

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Disparues de l’A6 : un cold case aux assises, 30 ans après
Photo d'illustration@ PHILIPPE HUGUEN / AFP
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Jean-Pierre Mura, meurtrier présumé de Christelle Maillery, poignardée à mort en 1986, comparaît à partir de mercredi devant les assises de Saône-et-Loire.

Mis en examen en décembre 2011, soit près de 25 ans après les faits, Jean-Pierre Mura sera jugé dès mercredi devant la cour d’assises de Châlons-sur-Saône. Cet ancien métallier, collectionneur de couteaux, est soupçonné d’avoir tué de 33 coups de lame, la jeune Christelle Maillery, la première des "disparues de l'A6", en 1986 au Creusot.

33 coups de couteau. Le 18 décembre 1986, le corps de cette collégienne de 16 ans est retrouvé, quelques heures après sa disparition, dans une cave du Creusot, en Saône-et-Loire. C'est le premier d'une série de meurtres de jeunes filles non élucidés dans les années 1980 et 1990 en Saône-et-Loire, connue sous le nom des "disparues de l'A6".

Des scellés détruits. Faute d'éléments, un non-lieu a été prononcé en 1990. Puis les scellés de l’instruction ont été détruits au début des années 2000. L'association "Christelle" fondée par la mère de l’une des disparues de Saône-et-Loire, Christelle Blétry, fait alors appel à un détective privé qui réétudie "l'environnement de la victime, donnant une vraie orientation d'enquête", selon l'avocate des parties civiles, Me Corinne Herrmann. La démarche de cette association, qui regroupe une partie des familles des "disparues de l'A6", a ainsi permis que la justice rouvre le dossier, en 2005.

Un suspect malade de schizophrénie. Le nom de Jean-Pierre Mura "revenait régulièrement dans le dossier et son comportement était suspect", explique le président de l'association, Bernard Hommey. Faisant de fréquents séjours en hôpital psychiatrique en raison de sa schizophrénie, le suspect "s'est accusé du crime à plusieurs reprises dans les années 1990 et 2000 mais on le prenait pour quelqu'un qui s'inventait des histoires", ajoute Me Corinne Herrmann, précisant que Jean-Pierre n'était "pas malade à l'époque" des faits. En outre, la victime pouvait croiser le suspect, qui habitait lui aussi Le Creusot, selon l'avocate.

L'accusé nie. En décembre 2011, Jean-Pierre Mura - qui séjournait alors dans un centre psychiatrique - est auditionné puis mis en examen du meurtre de Christelle Maillery, après "une série de recoupements, de coïncidences troublantes et de témoignages", indique à l'époque le procureur de Chalon-sur-Saône, Christophe Rode. Mais, près de 25 ans après le meurtre de la jeune collégienne, l'homme nie les faits devant les enquêteurs et le juge.                

Un discernement altéré au moment des faits. En raison de son état de santé, le quadragénaire est alors placé sous contrôle judiciaire avec obligation de séjourner à l'unité psychiatrique de l'hôpital de Sevrey, en Saône-et-Loire. Une expertise psychiatrique conclut à une possible altération de son discernement au moment des faits. Selon son avocat, Me Michel Grebot, l'accusation relève d'"une construction" : son client conteste notamment des aveux rapportés par l'ancien petit ami de la victime, ainsi qu'une autre déclaration de culpabilité qu'il aurait faite "en pleine crise" de schizophrénie.

Pour Me Grebot, le procès qui s’ouvre mercredi aboutira à ce que Jean-Pierre Mura soit déclaré "innocent". Le 18 septembre dernier, le suspect considéré comme évadé pour avoir quitté le centre psychiatrique pendant plusieurs heures, avait ensuite été écroué.

Un autre cold case résolu. Ce même jour, un autre dossier des "disparues de l'A6", celui du meurtre de Christelle Blétry, ayant eu lieu en 1996, connaissait un tournant avec l'interpellation d'un quinquagénaire grâce à de nouvelles expertises ADN. La jeune femme, âgée de 20 ans, avait été tuée de 123 coups de couteaux à Blanzy, une autre commune de Saône-et-Loire, dans la nuit du 27 au 28 décembre 1996. 18 ans après les faits, l'ouvrier agricole Pascal Jardin était trahi par son empreinte génétique, retrouvée sur les sous-vêtements de la victime. 

Ils se battent pour que l'enquête continue. L'association que Bernard Hommey préside milite pour que la justice "se donne les moyens" et que "tous les dossiers avec des scellés fassent l'objet d'expertises ADN". "Comme le dossier Blétry, d'autres pourraient avoir un coup de ‘booster’ et, au bout de 20 ou 25 ans, arriver à quelque chose", souligne-t-il. "Contrairement à ce qu'on pourrait penser, trente ans après, les suspects ne sont pas des vieillards mais des hommes d'environ 50 ans et on pense donc qu'il y a urgence à traiter les dossiers anciens", appuie de son côté Me Corinne Herrmann.

Le dossier criminel de l’affaire Christelle Maillery, lui, sera bien traité devant la justice. Handicapé à cause de sa schizophrénie, Jean-Pierre Mura encourt 30 ans de réclusion criminelle. Verdict attendu au plus tard le 19 juin.