Battue pendant 47 ans, elle a fini par tuer son mari : "Maman n'avait pas le choix"

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Maltraitée pendant des années par son mari, Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans de prison pour l'avoir tué, est jugée en appel par la cour d'assises de Blois. L'une de leurs filles, Sylvie Marot, soutient sa mère et témoigne en exclusivité auprès d'Europe 1.

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Jacqueline Sauvage a-t-elle tué son époux en état de légitime défense ? C'est l'une des questions à laquelle la cour d'assises de Blois va devoir répondre, à partir de mardi. Cette sexagénaire comparaît en appel après avoir été condamnée à dix ans de prison, en octobre 2014, pour avoir abattu son mari de trois coups de fusil de chasse dans le dos, le 10 septembre 2012. Ce verdict en première instance avait suscité l'incompréhension. Car cet homme, qui l'a battue pendant 47 ans, maltraitait aussi leurs enfants et violait ses filles. Leur fils, qui subissait ces violences, s'est d'ailleurs suicidé la veille du jour où Jacqueline Sauvage a tiré sur son mari, alors qu'il était assis dans le jardin de leur petit pavillon, près de Montargis, dans le Loiret. 

"Ce n’était pas une claque, c’était à coups de poings et de pieds". L'une des filles du couple, Sylvie Marot, a accepté de témoigner en exclusivité auprès d'Europe 1. Elle comprend que sa mère, victime d'un calvaire quotidien, soit arrivée à une telle extrémité. "C’est quelqu'un qui avait le mal en lui. Il était toujours méchant, il a quand même violé mes deux sœurs dans leur jeunesse. Moi, j’ai subi des attouchements de lui, il a été très violent avec maman. Ce n’était pas une claque, c’était à coups de poings et de pieds qu’il la tapait. Il a aussi été violent avec mon frère", raconte-elle au sujet de leur père, également porté sur l'alcool.

"Elle voulait que ça s’arrête". C'est pourquoi Sylvie Marot va même jusqu'à soutenir le geste de sa mère : "Moi, ce que je voudrais démontrer, c’est que maman n'avait pas spécialement le choix. Maman a fait feu sur mon père parce qu’il l’avait encore frappée. Elle ne voyait plus d’issue. Elle s’est défendue parce qu’elle avait peur qu’il passe à l’acte et qu’il la tue, elle. Elle voulait que ça s’arrête".

"Sa vie, ça a été sa prison". Aujourd'hui âgée de 68 ans, Jacqueline Sauvage est incarcérée depuis plus d'un an. Mais pour sa fille, sa place est "avec nous". En effet, Sylvie Marot estime que sa mère "a assez souffert toute sa vie". "Sa vie, ça a été sa prison. Elle a été en prison pendant plus de 40 ans. Là, maintenant, elle devrait être avec nous".

Légitime défense ? Mais, Jacqueline Sauvage n'ayant pas tué son mari dans un moment où il la battait, peut-on considérer qu'elle était en état de légitime défense ? En première instance, la préméditation de l'acte n'avait pas été retenue à son encontre. Pour autant, la cour n'avait pas jugé que l'épouse de Norbert Marot ait agi pour défendre sa vie. Pour Me Nathalie Tomasini, l'une des avocates de l'accusée, celle-ci, terrorisée par son mari, a agi en état de légitime défense même si elle ne l'a pas tué dans un instant où il la frappait. "Il y a un moment où ces femmes violentées depuis des années n’ont plus la faculté raisonnable de prendre une décision mesurée", explique-t-elle auprès d'Europe 1.

"Elles tuent, parce que sinon c’était elles". "Il y a une explosion dans leur tête. Elles ne réfléchissent plus, elles ne sont plus elles-mêmes, et il s’agit pour elles de sauver leur vie", poursuit cette avocate spécialisée dans la défense des femmes battues avec sa consœur Janine Bonaggiunta, qui représente, elle aussi, Jacqueline Sauvage. "Il faut savoir que ces femmes pensent à tout moment qu’elles peuvent être tuées, et donc elles sont, à tout moment, en état de légitime défense. Et à ce moment, elles prennent ce qu’elles peuvent, un couteau, une arme, leur poing, et elles tapent, elles tirent, elles tuent, parce que sinon c’était elles".