Attentat "évité" à Paris : le point sur l'enquête

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Attentat "évité" à Paris : le point sur l'enquête
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ENQUÊTE - Le terroriste présumé aurait été en contact avec une personne se trouvant en Syrie qui lui aurait demandé explicitement de "cibler une église".

Après l'arrestation fortuite et la mise en garde à vue, dimanche matin, d'un Algérien de 23 ans, les investigations se poursuivent autour de ce jeune homme soupçonné d'avoir projeté "la commission imminente d'un attentat, vraisemblablement contre une ou deux églises", d'après les termes du ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve.

Mercredi matin, les autorités françaises ont en effet annoncé avoir "évité" un attentat "imminent" en arrêtant, dans le 13e arrondissement de Paris, non loin de son domicile, Sid Ahmed Ghlam, par ailleurs soupçonné d'être impliqué dans le meurtre d'Aurélie Châtelain, retrouvée tuée par balle dans sa voiture en feu, à Villejuif. L'enquête, dirigée par la section antiterroriste du parquet de Paris, a été confiée à la Brigade criminelle de la PJ parisienne et la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Une maladresse à l'origine de son interpellation. C'est un geste malhabile du suspect qui a permis, par le plus grand des hasards, de mener à son arrestation, dimanche matin, et d'éviter qu'il ne commette un attentat, moins de quatre mois après les attaques ayant frappé Paris. Blessé par balle à la jambe, Sid Ahmed Ghlam a lui même appelé les secours, prétendant avoir été pris pour cible par un agresseur armé lui ayant volé son sac à dos. Le Samu a alors prévenu la police, comme c'est le cas pour ce type de blessure. Sauf qu'une fois sur place, les policiers ont remonté les traces de sang du blessé qui les ont mené jusqu'à sa voiture.

Trois fusils d'assaut, 2.000 euros en liquide et des documents sur Al-Qaïda et l'EI. Et à l'intérieur de ce véhicule, les enquêteurs ont mis la main sur un gyrophare, une kalachnikov, un pistolet 9mm, des munitions et trois téléphones. Surtout, une liste de cibles potentielles a été saisie, "établissant sans ambiguïtés que l'individu projetait la commission imminente d'un attentat", a indiqué Bernard Cazeneuve, mercredi matin.

Au domicile de cet étudiant en électronique, les enquêteurs ont par ailleurs trouvé une liste de commissariats avec ce qui s'apparente à une évaluation du temps que les policiers auraient mis pour intervenir à chaque fois. Lors de ces perquisitions effectuées dimanche, les hommes de la Brigade criminelle de la PJ parisienne ont également découvert des armes de poing et plusieurs Kalachnikov, des munitions, des gilets pare-balles, un brassard de police et 2.000 euros en liquide. Sans compter des "documents en langue arabe évoquant les organisations terroristes Al-Qaïda et Etat islamique", a précisé le procureur de Paris, François Molins.

Un projet terroriste téléguidé depuis la Syrie ? D'autre part, l'analyse du matériel informatique saisi au domicile de Sid Ahmed Ghlam a permis d'établir que le suspect était en contact avec une personne "pouvant se trouver en Syrie", et avec laquelle il aurait échangé sur les "modalités de commission d'un attentat", a révélé mercredi le procureur. Depuis la Syrie, cet homme lui aurait demandé "explicitement de cibler particulièrement une église", a ajouté le magistrat.

Entendu deux fois par les services de renseignement. Le jeune Algérien avait déjà été signalé aux autorités, au printemps 2014, comme candidat au départ vers le djihad en Syrie, a déclaré Bernard Cazeneuve, mercredi au JT de TF1. Il a donc été "convoqué" par les services de renseignement. Sa téléphonie a été examinée et analysée, mais elle n’a pas révélé de contacts avec une filière djihadiste. "Une fiche de sûreté à néanmoins été diffusée", a précisé le ministre.

Début 2015, la DGSI apprend cette fois que Sid Ahmed Ghlam est parti séjourner en Turquie. A son retour, elle effectue les mêmes vérifications, selon le "même processus", a indiqué Bernard Cazeneuve. L'homme se justifie alors en disant avoir effectué un séjour "touristique". Le terroriste présumé a donc été entendu deux fois par la DGSI. Mais celle-ci ne disposait pas de suffisamment "d'éléments susceptibles de justifier l'ouverture d'une enquête judiciaire", a souligné Bernard Cazeneuve.

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© AFP

Une femme en garde à vue à Saint-Dizier. Lundi, d'autres perquisitions ont eu lieu dans le cadre de l'enquête. Cette fois-ci à Saint-Dizier, en Haute-Marne, dans le quartier sensible du Vert-Bois. L'homme venait y passer régulièrement des week-end en famille. Puis mercredi matin, à l'occasion de nouvelles recherches, les policiers de la brigade de recherche et d'intervention (BRI) ont bouclé le quartier, ouvert la porte du garage d'un petit pavillon à l'aide d'explosifs ou de coups de feu, et arrêté une femme habillée d'une burqa. Laquelle a été placée en garde à vue vers 6 heures du matin.

Cette femme de 25 ans, convertie à l'islam depuis un peu plus de deux ans, serait une proche du jeune homme. Selon des voisins, elle louait ce pavillon, aux volets toujours fermés, depuis six à sept mois avec deux garçons en bas âge. Sid Ahmed Ghlam aurait projeté d'aller s'y mettre au vert après l'attentat, mais rien ne prouve pour autant que cette jeune femme était au courant de ses projets terroristes.

Le meurtrier présumé d'Aurélie Châtelain. Durant leurs investigations, les enquêteurs ont par ailleurs fait une découverte troublante : l'ADN de l'étudiant a été retrouvé dans la voiture d'Aurélie Châtelain. Cette prof de fitness de 32 ans, arrivée samedi de la ville de Caudry, dans le Nord, en banlieue parisienne pour suivre un stage de formation professionnelle de Pilates, a été tuée par balle et son corps retrouvé dans sa voiture en feu, à Villejuif, dimanche matin. Du sang de la victime a même été relevé sur la parka du suspect, a précisé le procureur François Molins.

Pour parvenir à faire le lien entre le terroriste présumé et ce meurtre, les enquêteurs ont notamment exploité les données du GPS et de l'ordinateur personnel de Sid Ahmed Ghlam. Or, celles-ci ont confirmé la présence du suspect à Villejuif, dans le même créneau horaire que celui où Aurélie Châtelain a été assassinée, a annoncé le procureur de la République, mercredi. Qui plus est, l'expertise balistique a établi que la balle ayant mortellement touché la trentenaire provenait de l'une des armes du suspect. Ce dernier projetait d'attaquer une ou deux églises dans cette commune du Val-de-Marne, ce qui explique que les chemins de ces individus si opposés se soient tragiquement croisés. Reste à savoir pour quelle raison le terroriste présumé a tué cette jeune mère d'une enfant de cinq ans.

Des "déclarations fantaisistes". Durant sa garde à vue, Sid Ahmed Ghlam a fait des "déclarations fantaisistes" avant de "s'enfermer dans un mutisme complet, invoquant son droit au silence", a détaillé le procureur. Le terroriste présumé a ainsi expliqué s'être blessé tout seul, à la suite d'une mauvaise manipulation, en voulant se débarrasser de ses armes dans la Seine. Sa garde à vue pourrait être portée à six jours, une durée dérogatoire prévue notamment en cas de risque d'action terroriste imminente.

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