Attentat en Isère : ce que les renseignements savaient sur Yassin Salhi

  • A
  • A
Attentat en Isère : ce que les renseignements savaient sur Yassin Salhi
@ JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP
Partagez sur :

Dès 2006, l'auteur présumé de l'attentat en Isère a fait l'objet d'une fiche S. Plus récemment, une ancienne voisine avait signalé aux gendarmes sa radicalisation.

Vendredi, quelques heures après les faits, Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur, l'a révélé : Yassin Salhi, l'auteur présumé de l'attentat de Saint-Quentin-Fallavier, en Isère, avait fait l'objet d'une fiche S (pour sûreté de l'Etat), pour sa "radicalisation" et de ses "liens avec la mouvance salafiste". Une fiche abandonnée en 2008, selon le ministre. Mais après cette date, le nom de Yassin Salhi est revenu dans les radars des services de renseignement.

Repéré dans les années 2000. Au début des années 2000, Yassin Salhi, aujourd'hui âgé de 35 ans et au casier judiciaire vierge, est repéré par les services spécialisés au sein d'un groupe de sept ou huit jeunes adeptes de l'islam radical, sous l'influence de Frédéric Jean Salvi, alias "le Grand Ali", qui fréquentait la mosquée de Pontarlier. Cet homme, qui aurait quitté la France en 2008, a été désigné par les autorités indonésiennes comme suspect dans un projet d'attentat avec des militants d'Al-Qaïda à Jakarta. Frédéric Jean Salvi, qui a échappé au coup de filet de la police indonésienne, est désormais installé dans une ville britannique.

Quant à Yassin Salhi, il fait l'objet d'une fiche S entre 2006 et 2008. Puis, comme l'a précisé François Molins, le procureur de Paris, l'homme, qui a ensuite vécu à Besançon avant de s'installer récemment à Saint-Priest, dans la banlieue de Lyon, a attiré "ponctuellement" l'attention des services entre 2011 et 2014, pour ses liens "avec la mouvance salafiste lyonnaise".

Signalement d'une voisine. Au printemps 2014, une de ses anciennes voisines de Besançon, sans doute sensibilisée par la mise en place de la plate-forme de signalement du ministère de l'Intérieur, appelle les gendarmes pour exprimer son inquiétude et ses soupçons sur ce voisin chez qui elle avait remarqué des changements. "Il changeait d'apparence", "il ne disait plus bonjour, il baissait la tête", raconte cette femme à Europe 1. La voisine note aussi "de longues absences", pouvant durer jusqu'à deux mois.


Attentat en Isère : elle a signalé la...par Europe1fr

Les gendarmes transmettent alors l'information au Service central du renseignement territorial (SCRT), l'équivalent des anciens Renseignements généraux, implanté dans chaque département. Leur mission : traiter ce qu'on appelle dans le jardon les "signaux faibles". Une note est ainsi rédigée le 16 mai 2014 et, selon nos informations, le cas Yassin Salhi est évoqué plusieurs fois à la préfecture du Doubs, lors de réunions hebdomadaires qui rassemblent tous les services chargés de suivre les cas de radicalisation.

Son cas pas jugé prioritaire ? Selon le ministère de l'Intérieur, cette voisine n'a jamais voulu rencontrer les policiers spécialisés, peut-être par crainte d'être mal vue dans son quartier. En fin d'année, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) qui a pris le relais. Elle sollicite tous les opérateurs téléphoniques pour trouver les numéros du suspect afin de le placer sur écoutes ou récupérer ses factures détaillées, ou fadettes.

En vain, car aucun abonnement n'a en été ouvert au nom de Yassin Salhi. Peut être parce que c'est à cette époque que ce dernier a déménagé dans le Rhone, à Saint-Priest. Mais de toute évidence, son cas n'a pas été jugé prioritaire : son nom est aujourd'hui enregistré dans l'annuaire.