Attaque à Viry-Châtillon : "Je me dis : 'si je ne sors pas, je vais mourir'"

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L'un des policiers victimes de l'attaque de samedi à Viry-Châtillon est revenu sur son calvaire, lundi, au micro d'Europe 1.

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

Ils sont quatre policiers à avoir été visés par des cocktails Molotov, samedi, à Viry-Châtillon, dans l’Essonne. Deux d’entre eux ont été sérieusement blessés. L’un d’entre eux, un adjoint de sécurité de 28 ans, est brûlé sur 30% du corps, et son pronostic vital reste engagé. Europe 1 a interrogé lundi l'un de ces quatre policiers pris pour cible. Son récit traduit la violence de la scène. 

"J’entends un énorme boum, un bruit d’impact sur notre gauche. Avec ma collègue, on regarde vers le véhicule de nos deux autres collègues, et là on voit qu’ils sont encerclés par des individus habillés en noir. Ils ont des projectiles en feu à la main et ils les jettent dans le véhicule", raconte ce policier au micro d'Europe 1.

Entendu sur Europe 1
Je sens la chaleur du feu

Coups de poing. "Ils nous foncent dessus, ils agressent ma collègue et ils nous jettent plein de projectiles enflammés dans le véhicule. Là je me dis : 'si je ne sors pas, je vais mourir'", se souvient-il, encore sous le choc. "Alors je hurle à ma collègue : 'Il faut sortir ! Il faut sortir ! Il y a des projectiles qui ont éclaté dans mon dos, je sens la chaleur du feu. Ma collègue, qui est chauffeur, ils lui ont mis plusieurs coups de poings dans le visage", confie t-il avant d'ajouter : "Je me souviens de sa tête qui faisait des aller et retour. Avec le recul, je ne sais pas ce qu'ils cherchaient. Ils voulaient absolument la mettre KO, pas qu'elle en réchappe..."

Fuir. "Les gens nous disent "il fallait tirer", mais on était assis et notre ceinturon qui contient notre arme est à plat, donc nous n'y avons pas accès", explique l'agent. "De toute façon, vous pensez d'abord à vous extraire d'un véhicule en feu". "On arrive par chance à sortir car eux [les assaillants, ndlr], ils nous ont agressés lâchement et ont pris la fuite".

Nuits blanches. Ces deux agents réussissent néanmoins à s'enfuir in extremis. "On court à l’opposé d’eux [les assaillants, ndlr]. Je ne sais pas comment, l'expérience peut-être, je reste lucide et je me retourne pour voir mes deux autres collègues. Je vois ma collègue qui a la tête en sang et je cherche à savoir où est mon dernier collègue", se souvient-il. "Il rentre dans mon champ de vision et là, je le vois en feu, notamment au niveau du haut du corps. Il hurle tout ce qu’il peut, je cours vers lui et je lui crie de lever les mains. Je lui arrache son polo et j’étouffe les flammes […]", raconte cet agent, avant finalement de confier, la voix nouée : "Les seules choses dont je me souviens, c’est Vincent qui me dit : 'Aide-moi ! Aide-moi ! je suis en feu'. Quand je l’ai éteint, il hurlait : 'Je ne sens plus mes mains !'" "C’est ça qui m’empêche de dormir… qui me tourne tout le temps dans la tête", conclut-il.

"Je veux bien admettre qu'on nous lance des pierres parce qu'on les dérange mais bloquer des êtres humains dans un véhicule et mettre le feu, ça n'est plus possible". "Ce n'est pas juste une caméra qui les dérange, ça va beaucoup plus loin", affirme l'agent qui ajoute : "Là, on veut vraiment tuer les fonctionnaires de police". "C'est inadmissible, ça ne doit pas exister".

Appel à témoins. Lundi, en fin de matinée, le Premier ministre Manuel Valls et le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve se sont rendus sur les lieux de l’attaque, à proximité du quartier sensible de la Grande Borne. Les policiers effectuaient une mission de surveillance à proximité d'un feu rouge de la cité, entre les communes de Viry-Châtillon et Grigny dans le nord du département. La Sûreté départementale de l'Essonne, sous l'autorité du parquet d'Évry, a diffusé lundi soir un appel à témoins afin d'identifier les auteurs de l'attaque.

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