Theresa May : la revanche d'une femme moquée et trahie

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
Partagez sur :

Les premières sanctions tombent après l’empoisonnement d’un ancien agent double : Londres va expulser 23 diplomates russes.

Lorsqu'elle a commencé son discours contre la Russie mercredi, Theresa May avait la voix légèrement tremblante. L’opposition ne l’a pas ménagée pendant les questions d’actualité. Theresa May est un Premier ministre en sursis, qui n’intimide plus personne. Avec son réquisitoire, on est passé de la cuisine au salon, de la tambouille politique à l’affaire d’Etat. Huit minutes pour dire que l’Etat russe est coupable, qu’il réagit avec dédain, que Vladimir Poutine est incurable, et que les diplomates espions peuvent préparer leurs valises. Un discours de combat où le politicien se métamorphose en chef de guerre, le caniche en bulldog.

La revanche de Teresa May. Cette Anglaise est faite pour le grand large, pas pour tirer des bords entre souverainistes et eurocrates, dans les méandres du Brexit. Il y a peu de femmes politiques qui ait été autant raillée que Teresa May, surtout par ses ministres. Boris Johnson, Gavin Williamson à la Défense, ou encore Philipp Hamond l’ont mise au défi d’être implacable. Dos au mur, sanglée dans sa veste de tailleur qui lui fait une cuirasse en tweed, elle joue Churchill, Thatcher aux Malouines. On l’a applaudie. Theresa May tient sa revanche. L’illusion des gens en paix, est de croire que la guerre vous sauve des médiocres.

Un air de guerre froide. Le Premier ministre rouvre les enquêtes sur 14 morts suspectes, de résidents russes ou de leurs proches. On connaissait Vienne, nid d’espions où la police garde les yeux mi-clos. Quand l’ancien ministre du Pétrole de Kadhafi prend un bain nocturne dans le Danube - ce qui est bizarre puisqu’il ne sait pas nager -, le cadavre de Choukri Ghanem est renvoyé illico à Tripoli pour être incinéré et l’enquête aussi part en fumée. 

Dans le "Londongrad" où prospèrent les nouveaux Russes, la situation est similaire. À quatorze reprises, les agents de Scotland Yard ont eu la même ardeur à enquêter sur une mort suspecte qu’un bureaucrate du FSB sur la fortune de ses supérieurs. Les affaires ont été enterrées aussi vite que les victimes. Theresa May exige qu’on rouvre les dossiers et les tombes. Pourtant, si les morts se mettent à parler, ils demanderont la tête du ministre de l’Intérieur qui dirigeait cette police complaisante. Entre 2010 et 2016, elle s’appelait Theresa May.

L'argent russe et la City. Et c’est aussi en cela qu’elle se venge. Elle a été si complaisante qu’elle se sent trahie. La reconnaissance est une maladie du chien non transmissible à l’homme d’appareil, à l’homme des services. Pourtant, Theresa May ne risque pas de prendre les sanctions financières dont elle agite la menace. Elle poursuit les tueurs du Guépéou avec un sabre de bois. À Londres, l’argent sale d’origine russe dans l’immobilier pèse un milliard d’euros. Les biens mal acquis se lessivent au calme ; décourager les investissements russes pourrait gêner la City déjà aux prises avec le Brexit. Theresa May veut bien jouer au blitz, mais pas au blocus continental. Elle résiste à Vladimir Poutine, mais reste gentille avec ses copains. C’est une furie en colère qui prend soin de la vaisselle.