Russie : Vladimir Poutine inaugure Le mur du chagrin à Moscou

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Cent ans après la révolution d’octobre, Vladimir Poutine a inauguré un monument aux victimes des répressions politiques.

Les Russes fêtent Noël le 7 janvier, ils ne sont jamais synchrones avec le reste de l’Europe. Surtout, ils honorent les victimes du communisme quand ici on commémore la révolution d’octobre.
Le mémorial est planté au centre de Moscou, boulevard Sakharov, ça tombe bien, le prix Nobel a été un dissident de première classe, après avoir été un héros de l’union soviétique. Ce retournement convient à Vladimir Poutine, qui a été un officier supérieur du Kgb avant de se révéler fils prodigue de la Sainte Russie.
Le monument est un immense bas-relief de bronze qui fait froid dans le dos. Des silhouettes se confondent et forment un mur. C’est le mur du chagrin. Il est très haut et c’est normal, les Russes ont tant pleuré. Les communistes ont liquidé au moins 13 millions de Russes, la haine comme carburant de l’histoire, il fallait sans cesse jeter par-dessus bord une catégorie de la population désignée comme ennemie du peuple. Les Chrétiens ayant payé le prix fort, il y a eu plus de martyrs en Russie en 70 ans que dans le reste du monde en 2000 ans, le patriarche Kirill accompagnait le Président. Ensemble ils ont inauguré ce mur qui ne leur fait pas honte, c’est plutôt le contraire.

Comment cela ?

Vladimir Poutine a dit "accepter notre histoire telle qu’elle est avec ses victimes et ses pages tragiques. Le passé terrible ne peut pas etre effacé de la mémoire nationale".
Il fait comme Napoléon premier consul, assumant tout de Clovis au comité de Salut Public. Poutine se veut l’héritier de tout ce qui fait la grandeur et l’unité de la Russie, et ça comprend la démesure des souffrances qu’elle a subie.
Evidemment, ces larmes de crocodile écœurent les dissidents d’aujourd’hui qui ont lancé une pétition pour faire libérer un historien spécialiste du goulag qui serait victime d’une manipulation policière.

Le pouvoir en Russie a toujours cherché à manipuler l’histoire.

Les communistes prétendaient faire du passé table rase. Les Russes tentent de guérir de cette amnésie. Ils ont désormais une passion pour l’histoire. Mais par exemple, il n’y a toujours pas un seul monument aux morts pour rappeler les trois millions de soldats tombés pendant la première guerre mondiale.
Mais partout, la mémoire est un enjeu politique. Il y a moins d’hystérie en Russie qu’aux États Unis où le politiquement correct déboulonne les statues de Lincoln. Et où règne le déni sur le génocide des Indiens. En France même, le déni se porte bien. À deux pas d’ici, l’Arc de Triomphe et sur le pilier Est, les noms de deux serials Killers, les généraux Turot et Amey dont les colonnes infernales ont commis un génocide en Vendée. Personne n’a jamais imaginé de les effacer. Ni Louis Philippe, ni Napoléon III, ni les Républiques qui ont suivi.
On n’est pas en Russie, ni en Amérique…