Meurtre d'un journaliste en Slovaquie : la mafia "une pieuvre sans frontières"

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

L’assassinat d’un journaliste en Slovaquie. Il enquêtait sur des affaires de corruption. Sa mort provoque une grande émotion et elle oblige à regarder en face le poids qu’a pris la mafia en Europe.

Ian Kuciak a été assassiné dans sa maison de campagne, avec Marina Kusirova, la femme qu’il allait épouser. Ils avaient 27 ans et forment un couple pour l’éternité. Une balle dans la tête, une balle dans le thorax, tirées à bout portant. C’est un meurtre de professionnels, une exécution. Les policiers disent qu’il est "très probablement" lié à son travail. On croirait entendre Dupont et Dupond. Personne ne doute en Slovaquie qu’on ait fait taire Ian Kuciak. Il s’était fait connaître en enquêtant sur des affaires de corruption politique, des histoires d’immobilier et de fraudes fiscales. Il avait mis Robert Fico, le premier ministre de gauche et ses alliés d’extrême droite dans l’embarras. Avec les médias, aucune connivence, une guerre permanente.

Robert Fico a réagi au double meurtre en dénonçant "une atteinte à la liberté de la presse qui fait partie de notre démocratie". Pour apprécier ce blabla convenu, il faut se souvenir qu’il traitait en conférence de presse les confrères de serpents visqueux, de simples hyènes idiotes, ou de sales prostituées anti-slovaques. On écoute Robert Fico parler des journalistes et on se souvient de ce qu’Alexandre Soljenitsyne disait des communistes : ils ne savent aimer que les morts. Depuis trois jours, de Prague à Brastislava, on allume des bougies en hommage au couple assassiné, il y aura une marche contre la corruption ce soir, une autre vendredi.

Est-ce qu’on sait sur quoi enquêtait Ian Kuciak ?

Un dossier qui n’a rien à voir avec le marigot habituel. Une fraude aux fonds structurels européens, montée dans l’est de la Slovaquie par des Italiens, liés à la mafia calabraise, la 'Ndrangheta et en contact avec le gouvernement. Cela éclaire l’affaire d’un jour particulier. La mafia italienne sait intimider les journalistes. L’auteur de Gomora, Roberto Saviano a si bien décrit la Camora qu’il y a un contrat sur sa tête.

Vous me direz, c’est l’Italie. Sauf que les centaines de clans de la mafia calabraise gagnent du terrain en Europe, à l’Est notamment. C’est la pieuvre sans frontières. On estime son chiffre d'affaires a plus de 50 milliards d'euros. On peut discuter l’estimation mais pour donner une idée, c’est le PIB de la Croatie ou de la Bulgarie ou de Chypre, Malte et l’Estonie réunis. La seule mafia calabraise pèse plus lourd que trois Etats européens.

Est-ce que l’Europe en a conscience ?

Il y a cinq ans, le Parlement européen a mis en place une commission anti mafia. Comme on allume un cierge pour conjurer le démon. Difficile de lutter contre le crime organisé qui profite à plein de la mondialisation. Cet après-midi, à Strasbourg, les députés européens rendront hommage à Ian Kuciak. Comme à un vétéran de la liberté de la presse. C’est aussi un combattant tombé sur la ligne de front d’une guerre qu’on ne veut pas voir.