Limogeage de Rex Tillerson : un ministre des Affaires étrangères sert-il encore à quelque chose ?

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Le limogeage de Rex Tillerson, secrétaire d'Etat des Etats-Unis, a mis fin à des mois de divergences avec le président Donald Trump.

Un ministre qui tombe ne fait pleurer personne, au contraire. Rex Tillerson se faisait gloire de tailler dans les effectifs et le budget du département d’Etat, ce qui n’est pas très diplomate. Même aux Etats Unis, c’est une recette pour devenir impopulaire. La vraie curiosité de sa chute est qu’elle est lieu si tard. Un ministre qui traite son président de crétin reste rarement six mois de plus. Surtout, un ministre des Affaires étrangères, censé peser chaque mot. Rex Tillerson a tenu bon. Son remplacement par le patron de la CIA était annoncé, fin novembre. Il est resté cent jours supplémentaires, chapeau ! Evidemment, la rançon de cette longévité, est que plus personne n’écoutait ce qu’il racontait.

Un fantoche en sursis. Rex Tillerson était discret, laconique, voyageait peu, ne tweetait jamais. Il fallait tendre l’oreille pour vérifier qu’il n’était d’accord avec le président ni sur la Corée, ni sur l’Iran, ni sur le climat, etc. Pour reprendre une expression américaine, il n’a pas été "l’adulte dans la pièce", pour modérer Donald Trump. En réalité, ce dernier le contredisait et le raillait publiquement. Il s’est essuyé les pieds dessus. Dans une autre vie, Vladimir Poutine avait décoré le pétrolier texan de l’ordre de l’Amitié. Donald Trump l’a décoré du désordre de l’indignité !  À vrai dire, si Rex Tillerson est resté aussi longtemps en place, c’est qu’il ne servait à rien.

Les ministres des Affaires étrangères servent rarement à quelques chose. Aux Etats-Unis, on cherche les Secrétaires d’Etat qui ont forgé une politique étrangère. Il y a bien sûr Henry Kissinger, du temps de Nixon. Et puis aussi James Baker, auprès de George Bush père. Les autres ont fait de la figuration, lisant les télégrammes que les diplomates s’envoient et les laissant travailler. Comme dit Trump, "le seul qui compte, c’est moi !"

L'apanage du chef de l'Etat. La situation est la même en France, où l'international reste la chasse gardée du chef de l'Etat. Quand le Président est fort, le ministre s’efface. Il porte les messages du souverain, il épaule les exportateurs, il cajole l’électorat des Français de l’Etranger. Mais quand le président est faible, en fin de règne ou en cohabitation, le ministre reprend du poil de la bête. Dans tous les cas de figure, il échappe à la critique. C’est un poste confortable ; d’anciens premiers ministres ou des premiers ministres ratés, prennent au Quai d’Orsay une semi-retraite.

Un placard doré. Surtout, ces hommes d’Etat ne démissionnent jamais. Jean-Pierre Chevènement, refusant la guerre du Golfe, est resté un cas unique. Aucun égarement présidentiel n’a fait claquer la porte du Quai d’Orsay. Ainsi, dans le cas d'Alain Juppé, le cafouillage français face au génocide rwandais en 1994 ne l’a pas empêché de rebondir à Matignon un an plus tard. En 2012, de nouveau locataire du Quai d'Orsay, la guerre absurde lancée en Libye ne l’a pas gêné. Pour le meilleur et pour le pire, le ministre des Affaires étrangères ne sert à rien.