Le scandale Oxfam en Haïti : la partie immergée de l'iceberg

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Les révélations qui secouent Oxfam, l’une des principales organisations humanitaires au monde, se succèdent. Le Times a révélé qu’une équipe avait organisé des orgies avec des prostituées en Haïti, juste après le tremblement de terre.

Il y a trois jours de défoulement dans la vie terriblement contrainte des Haïtiens, un moment chéri dans une île maudite, trois jours par an : le carnaval. Mardi gras a commencé dimanche à Port-au-Prince, et s’est terminé ce matin, à l’aube du mercredi des Cendres. Il faut imaginer ce carnaval comme jadis, c’est-à-dire un moment où s’effacent les classes sociales derrière les masques, où un peuple croyant s’autorise les transgressions, où la foule mélange les très pauvres et les très, très riches, car Haïti est une île scandaleusement inégalitaire. Et la marée humaine danse sur l’immense place du Champs de Mars : des concours de chansons racontent la corruption, les petitesses des puissants, on se moque, on rit de la fatalité, tout est permis.

L'indignité des Occidentaux. Michel Martelly est la vedette du carnaval depuis vingt ans. Il est tellement populaire, ses chansons tellement insolentes et indécentes, qu’il a été élu président, et vient de faire deux mandats. Dimanche, il était de retour dans la rue et il a insulté en musique tous ceux qui l’avaient combattu. Des tubes dénoncent aussi "les vampires", les Occidentaux en Pajero qui paient les filles avec des rations de survie. On parle des humanitaires. Le scandale Oxfam réveille en Haïti quelque chose de puissant, le sentiment d’indignité à l'encontre des Blancs qui mentent, et se comportent encore comme des esclavagistes. Le président haïtien a dénoncé mardi une "violation extrêmement grave de la dignité humaine".

Un scandale étouffé au milieu de la misère. L’affaire remonte au tremblement de terre de 2010. Il a rasé la moitié de la capitale, faisant 300.000 morts, autant de blessés, et un million de sans-abris. Comme un malheur n’arrive jamais seul, les Casques bleus ont débarqué avec le choléra dans leurs bagages : 800.000 haïtiens contaminés et 10.000 morts. Et au milieu de cette fin du monde, les humanitaires d’Oxfam appelaient leur villa "le Lupanar". L’enquête interne est accablante : les chauffeurs servant de rabatteurs, le tournage de vidéos, etc… Oxfam a viré ses employés mais a étouffé le scandale.

Révélations en série. Le gouvernement britannique et l'Union européenne envisagent désormais de suspendre son financement. Le numéro 2 d’Oxfam a démissionné, mais le déballage continue, avec des révélations sur des scandales sexuels au Tchad et des viols au Soudan du sud, et des salariés qui racontent le harcèlement sur le terrain. Oxfam reconnait une "culture de l’abus sexuel". Selon une ancienne secrétaire d’Etat de Teresa May, 120 travailleurs humanitaires, appartenant à des organismes comme Oxfam, La Croix-Rouge ou Save the children ont été signalés l’an dernier par leurs employeurs pour des abus sexuels, soit dix par mois, excusez du peu. La ministre dit que des prédateurs pédophiles se sont infiltrés ; Haïti ne serait que la partie immergée de l’iceberg. À ce stade, l’opération 'balance ton humanitaire' n’a pas encore traversé la Manche, mais en France le carnaval n'est pas encore terminé...