Le bilan de la visite américaine d'Emmanuel Macron

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Le Président a regagné Paris cette nuit. Après le glamour, l’heure est au bilan.
On voyage pour ramener des souvenirs de voyage. Mais parfois, ce sont des maladies tropicales qui se révèlent longtemps après. Est-ce qu’Emmanuel Macron a pris des risques à Washington ? A l’évidence, oui. Le plus évident, ces embrassades à répétition avec le grand escogriffe qui ne sourit jamais. Se laisser câliner vous expose au risque que l’autre s’autorise soudain à vous épousseter. Et pourquoi pas un jour, à vous tirer l’oreille ou à vous claquer le beignet.  On imagine mal Eisenhower enlevant les pellicules des épaules de Charles de Gaulle. Et pour cause : en visite d’Etat à Washington, le général était habillé en civil mais il gardait symboliquement ses épaulettes, c’est-à-dire une distance. Cinq ans de guerre lui avaient appris la prudence et que les relations avec un allié plus puissant sont souvent un combat.

Trop bien s’entendre avec Donald Trump serait un problème ?

Le Président américain n’est fidèle qu’à lui seul. Il répudie ses épouses, ses conseillers, ses amis aussi. Hier, Emmanuel Macron devant le Congrès et critiquant America First était à la merci d’un tweet vengeur. L’Américain a réussi à se retenir. Ce prodige ne durera pas. La fin de la pseudo-bromance sera pire si le Donald est englouti par les scandales qui le cernent. On se repassera les embrassades, comme on regarde incrédule d’autres salamalecs avec Mouamar Kadhafi ou Bachar El Assad. Il y a aussi des poisons plus lents.

C’est-à-dire ?

Pendant trois jours, Donald Trump est resté tel qu’en lui-même. En accord avec ses discours de campagne et son électorat. Sur l’Iran, mais aussi sur l’acier, sur Israël, etc. Alors qu’Emmanuel Macron a tenté de s’adapter, au risque de se perdre de vue. Ses électeurs qui vomissent Donald Trump ont vu qu’il était vain de tenter de l’influencer. En revanche, ils ont entendu le chef de l’Etat expliquer qu’il n’y avait pas de plan B avec l’Iran. Et trois jours après, exposer ce plan B. Pour résumer, il s’agit de retirer à l’Iran une fois pour toutes ses capacités nucléaires, mais aussi ses équipements balistiques, de lui imposer le repli des gardiens de la révolution qui se battent depuis sept ans en Syrie, de l’obliger à couper les ponts avec le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien et les partis a pouvoir en Irak. C’est le plan B comme Bonheur. Le B qui unit Ben Salmane et Benyamin Netanyahu. Ce rêve éveillé pourrait aussi être le B de bombe, car il faudra écraser 80 millions d’Iraniens pour qu’ils renoncent au pouvoir régional qu’ils ont patiemment conquis.  Enfin, le plus étonnant, c’est qu’occupé à célébrer les retrouvailles franco-américaines, Emmanuel Macron a semblé oublier le vieux couple franco-allemand, un peu comme le voyageur esseulé qui se croit redevenu célibataire… Aux Etats-Unis, l’Europe unie a disparu. Elle était la grande absente des discours. Du coup, la vivacité de Berlin à défendre l’accord avec l’Iran trahissait un peu d’aigreur, comme un rappel à l’ordre.