Vivarte, une success story française qui vire au cauchemar et Poutine étend son influence en Europe : les experts d'Europe 1 vous informent

SAISON 2016 - 2017
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Axel de Tarlé, Géraldine Woessner et Sophie Larmoyer font le point sur l'actualité du jour.

Axel de Tarlé, expert économie

Les salariés de Vivarte manifestent aujourd'hui devant le siège du groupe.
Vivarte, ce sont les enseignes : La Halle, André, Kookai, Naf-Naf, Caroll, Minelli, San Marina ou encore Chevignon. En tout, 17.000 salariés en France qui redoutent de voir leur groupe démantelé.

Vivarte est un groupe français peu connu mais ce sont des enseignes présentes dans tous les centre-ville et les périphéries. Des enseignes centenaires comme les chaussures André.
Le groupe a été victime de la mauvaise finance.

Vivarte a été racheté il y a 15 ans par LBO, Leverage Buy Out, des financiers qui rachètent une entreprise à crédit et qui ensuite colle la dette à l'entreprise. Maintenant débrouillez-vous pour rembourser.

Comme Vivarte n'arrivait pas à rembourser son énorme dette de près de trois milliards, le groupe a été racheté par une autre race de financiers, les fonds vautours.
De quoi s'agit-il ? Comme leur nom l'indique, les fonds vautours rachètent des entreprises en grande difficulté, à moitié morte, à prix cassé.
Ensuite, l'objectif c'est de se payer sur la bête. Obtenir par tous les moyens, le remboursement de la dette, quitte à siphonner l'entreprise. L'avenir du groupe importe peu car ce qui compte, c'est de sortir du cash.

D'ailleurs, le patron opérationnel de Vivarte (enfin l'ex patron), en a fait les frais. Il a eu le malheur de présenter un plan qui privilégiait l'avenir à long terme du groupe avec des investissements, plutôt que le remboursement immédiat de la dette qui supporte un taux de 11%. Il a été renvoyé.
Donc, maintenant, les salariés redoutent un démantèlement complet de Vivarte pour rembourser les fonds vautours.

On parle là d'un groupe de 17.000 salariés qui s'étonnent que leur histoire n'intéresse personne alors que tout le monde s'est mobilisé pour sauver l'usine Alstom de Belfort et ses 500 salariés, ou encore Mark & spencer.
Là, on parle d'un groupe de 17.000 salariés en France, soit 35 fois plus qu'à Belfort, qui est victime de la mauvaise finance.


Sophie Larmoyer, experte internationale

L’Union européenne doit-elle s’inquiéter ? Dimanche, en Bulgarie et en Moldavie, deux pays de l’Est de l’Europe, ce sont les candidats "pro-russe" qui ont été élus. Ce qui n’est évidemment pas anodin, dans le contexte de tensions entre Bruxelles et Moscou.

Effectivement, la Bulgarie comme la Moldavie étaient dirigés ces dernières années par des gouvernements pro-européens. Les présidents élus avant-hier sont issus de l’opposition et tous deux ont clairement pris de positions pro-russes en estimant par exemple que la Crimée était devenue russe, de facto. En gros, ce ne serait plus un sujet. Ou en souhaitant, pour le nouveau Président bulgare, la levée des sanctions de l’Union européenne contre la Russie.

Qu’est ce qui les incite à se tourner vers Moscou ?

Ce sont deux pays dont le cœur balance depuis longtemps entre les deux influences, Est et Ouest, même si les situations sont assez différentes.

Chez les Bulgares, qui sont membre de l’Union européenne, il y a sans doute une usure du pouvoir du 1er ministre qui, à part une année, est aux affaires depuis 2009 et il n’a pas réussi à s’attaquer efficacement à la corruption des élites. Ça lui est reproché.

La corruption, c’est un point qui qui a compté aussi en Moldavie.

C’est vrai, ce petit pays, coincé entre la Roumanie et l’Ukraine, a découvert l’an dernier un énorme trou dans les caisses de trois banques du pays, et depuis trois gouvernements pro-européens se sont succédé sans réglé cette question... C’est un gros scandale là-bas. Mais la Moldavie est par ailleurs vraiment pauvre (deux Moldave sur cinq vivent avec cinq dollars par jour). Elle a cherché des solutions avec l’Europe, en signant un accord d’association il y a deux ans. Mais ça a provoqué la colère du Kremlin, qui a décrété en retour un embargo sur les fruits et la viande moldave. C’est un pays agricole, donc cet embargo fait très mal. Le nouveau président a donc dit qu’il voulait refaire du commerce avec la Russie, en modifiant l’accord avec l’Europe.

Est-ce qu’on peut dire que c’est un revers pour l’Europe, mais pas pour autant un rejet massif ?

Oui c’est ça, avec deux nouveaux présidents élus qui d’ailleurs ont des pouvoirs limités dans leurs pays et qui ne jouent Moscou contre Bruxelles, ils voudraient jouer les deux ! Voilà en fait deux pays un peu schizophrènes : cette fois le vote a basculé plutôt vers l’Est et c’est clairement l’expression d’une déception vis-à-vis de l’Europe, qui en ce moment ne les fait pas rêver.


Géraldine Woessner pour le Vrai faux de l'info

Le Vrai-Faux de l’Info avec les propositions d’Alain Juppé pour le plein emploi.

À quelques jours du vote, le favori de la primaire de la droite martèle ses propositions et pour éradiquer le chômage, il a la solution :  

Alain Juppé : "Je veux zéro charge sur le SMIC, c'est pour permettre aux personnes peu qualifiées, les jeunes en particulier, de trouver rapidement du boulot". 

Zéro charge sur le Smic, cela permettrait aux gens de retrouver du boulot, c’est vrai ou c’est faux ?

L’avantage c’est que comme cette mesure est déjà quasiment en vigueur, on en a une petite idée et c’est faux. 

Concrètement que se passe-t-il quand un employeur embauche quelqu’un au Smic, il devrait payer normalement 45% de cotisations mais il bénéficie des allègements Fillon, soit 26% en moins sur les bas-salaires. La mesure est en place depuis 2011 et elle a été renforcée à la fois, par le CICE, qui est un crédit d’impôt, et par le dispositif "zéro charges" du pacte de responsabilité en vigueur depuis 2015. Concrètement, l’employeur sur un Smic ne paie plus que 9,5% de cotisations, soit une centaine d’euros de charges pour la retraite complémentaire et pour Pôle emploi. 

Si en plus, depuis cette année, l’employeur est une PME, il ne paie rien du tout sur les nouveaux contrats puisque la prime à l’embauche, 500 euros par trimestre, couvre pour deux ans l’intégralité de ses cotisations. Donc, on le paie même un peu pour embaucher au Smic. L’idée d’Alain Juppé est peut-être lumineuse, mais elle n’est pas nouvelle.

Lui propose de quand même supprimer l’intégralité des charges ?

C’est vrai, il propose de pérenniser tous ces dispositifs, de supprimer les dernières charges qui restent. Cela permettrait, selon ses calculs, de créer 200.000 emplois. Mais cette projection, elle est contestable. Car elle ne prend en compte, explique l’OFCE, ni le coût de ces baisses de charge, 20 milliards par an selon la Cour des comptes, nI les mesures que prennent les autres pays d’Europe. Si nos concurrents eux aussi baissent leur coût du travail, en même temps, le gain de compétitivité n’est plus garanti. Or, c’est exactement ce qui se passe. Et cela explique pourquoi, tous ces dispositifs, depuis six ans maintenant, n’ont pas fait décoller l’emploi.

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