Mais pourquoi Mélenchon n’appelle-t-il pas à voter Macron ?

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

Pourquoi Mélenchon n’appelle-t-il pas à voter Macron ?

C’est l’une des surprises de cet entre-deux-tours : Mélenchon n’a pas appelé ses troupes à faire barrage à Marine Le Pen le 7 mai prochain. Aux adhérents de décider. La stupeur a été totale chez beaucoup de socialistes et à la direction du PC, qui s’était rangée derrière le leader de la France insoumise, et qui, elle, votera Macron
On est loin du second tour Chirac-Le Pen en 2002, quand Mélenchon déclarait haut et fort : "Il ne faut pas hésiter. Alors mettez des gants si vous voulez, des pinces, ou ce que vous voulez, mais votez ! Abaissez le plus bas possible Le Pen !".
Quinze ans plus tard, Mélenchon accepterait donc de passer pour un traître au front républicain et ne verrait plus le diable dans le Front national. Est-ce le dépit de la défaite qui l’incite à ne pas donner de consigne de vote alors qu’il pensait sa qualification possible ? Pas seulement.

Quelle est la cause profonde de son attitude selon vous ?

Mélenchon n’a pas l’impression de se dérober à sa responsabilité politique.
Non, Mélenchon a changé depuis 2002.
Donner une consigne de vote, c’est pour lui entrer dans la logique du système qu’il dénonce depuis qu’il a quitté le PS. Il ne veut plus faire comme les autres. Refuser le système, c’est un acte d’insoumission, et c’est aussi voter blanc au second tour ou s’abstenir comme pour signifier qu’il n’y a rien ni personne en dehors de lui pour changer le cours des choses, seul rebelle contre tous.
Ne pas appeler à voter Macron, c’est également, pour lui, prendre une revanche sur Hollande. Hollande qui l’a roulé dans la farine quand il était au PS et qui a dit récemment qu’il était dangereux. Or Macron est, pour Mélenchon, l’enfant de Hollande, sa créature. Il incarne tout ce qu’il rejette : la finance, le mondialisme effréné, l’élite sans vergogne, prête à faire cracher son sang au peuple. Il est ainsi Mélenchon, revanchard et teigneux.

Mélenchon ménage-t-il aussi l’avenir ?

C’est fort possible car il a lancé une belle dynamique. Des législatives sont à venir, le PS est très faible et il se dit que pour rester insoumis aux yeux de son électorat, qui présente une certaine porosité avec celui du FN, il faut éviter de se compromettre avec le système, avec l’ennemi qui a maintenant pour nom Macron, vraisemblable prochain président de la République.