Migrants : Jean-Luc Mélenchon muscle son discours et créé le malaise à l'extrême-gauche

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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En essayant de retenir les électeurs de gauche sensibles à la fibre nationaliste, Jean-Luc Mélenchon a totalement changé de discours sur le sujet de l'immigration.

Dans la nouvelle émission de Laurence Ferrari, hier sur C8, Jean-Luc Mélenchon a jugé que le débat sur les ancêtres gaulois n'était pas "nul".
Sur l’immigration, Sarkozy et Mélenchon, même combat ?

Cela peut surprendre, même si les mots de Sarkozy et de Mélenchon ne sont pas les mêmes.
"Je ne dirais pas ‘Nos ancêtres les Gaulois’, je vous dirais que le moment fondateur c'est le moment où on devient citoyen, c'est plutôt la Révolution de 1789" a déclaré Mélenchon. C’’est normal qu’en homme de gauche, Mélenchon renvoie à la Révolution française car pour beaucoup à gauche, l’histoire de France commence en 1789, c’est pour elle plus flatteur et plus valeureux que le Moyen Age et l’Ancien Régime.

Au-delà de ce jeu de références, il faut savoir que le discours de Mélenchon a beaucoup changé sur l’immigration ces derniers mois.
Le patron du Front de gauche est désormais très loin du discours qu’il avait prononcé en avril 2012 sur une plage de Marseille. "Notre chance, c’est le métissage" avait-il lancé dans un fraternel salut aux Maghrébins vivant en France.
Il dit tout autre chose aujourd’hui puisque dans une interview accordée au Monde fin août, il déclarait "À des moments, l’immigration est une chance, à d’autres non".
Ajoutant "Je n’ai jamais été pour la liberté d’installation, je ne vais pas commencer aujourd’hui".

Pourquoi ce changement de discours ?

Parce que le candidat à la présidentielle sait qu’une grosse part de l’électorat populaire penche de plus en plus vers le Front national, il essaye donc de retenir les électeurs de gauche sensibles à la fibre nationaliste, et il y en a.
L’ancien professeur d’histoire sait combien ce sujet est important.
Lui n’est pas nationaliste, mais il a le patriotisme, l’amour du drapeau chevillé au corps. C’est la raison pour laquelle il s’oppose aussi à l’Europe tout comme Marine Le Pen.
Il est très remonté contre les travailleurs détachés, ces salariés venant d’Europe de l’Est touchant des salaires français mais dont les charges sociales, très basses, dépendent de leur pays d’origine. Le travailleur détaché vole le "pain des travailleurs qui se trouvent sur place", disait Mélenchon en juillet. C’est dire sa colère.

Pareille déclaration ne doit pas plaire à tout le monde à la gauche de la gauche ?

Le malaise est grand et beaucoup l’accusent de faire la course à l’échalote avec le Front national sur l’immigration.
À la direction du parti communiste, on fait des bonds mais Mélenchon persiste et récuse l’idéalisme naïf de ses camarades, persuadé que c’est une question de vie ou de mort pour lui à la présidentielle.