Marine Le Pen a pris le pouvoir… à Londres

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Pour Yves Thréard, la Première ministre britannique Theresa May applique le programme dont rêve Marine Le Pen à la virgule près. 

Yves, que dites-vous ? Marine Le Pen a pris le pouvoir à Londres ?

Mais, bien sûr, sous les traits de Theresa May, le nouveau premier ministre britannique. À la virgule près, Theresa May applique le programme dont rêve Marine Le Pen. C’est blanc bonnet et bonnet blanc. La Nouvelle Dame de fer veut faire exactement le contraire de Margaret Thatcher, figure de l’ultralibéralisme des années 1980. À côté d’elle, Donald Trump, sous ses airs de voyou, promet une politique d’enfant de chœur.

En quoi Marine Le Pen et Theresa May sont-elles comparables ?

D’abord, exit l’Union européenne : les Britanniques l’ont décidé par référendum, Theresa May respecte leur choix, Marine Le Pen en fait son cheval de bataille. Souveraineté nationale, préférence nationale, protectionnisme, patriotisme économique, démondialisation sont, chez les deux femmes, les mots clefs de leur politique d’où découlent une série de mesures : contrôle et réduction de l’immigration, y compris celle des Européens et des étudiants, priorité à l’embauche des nationaux, contrôle des investissements étrangers, y compris dans la nouvelle économie, relance des dépenses publiques au diable l’équilibre budgétaire, défense du monde du travail par l’Etat contre les élites cosmopolites.

Le vocabulaire est le même chez Theresa May et Marine Le Pen pour une politique de droite populiste et dirigiste, un conservatisme d’un autre âge. London avant Kingston pour Theresa May. La Corrèze avant la Zambèze pour Marine Le Pen.

Tout cela est-il bien réaliste dans le monde d’aujourd’hui ?

Dans tous les pays, les oubliés de la mondialisation ont la tentation du repli. Ce sont eux que de nombreux responsables politiques cherchent à reconquérir ou à séduire. Emploient-ils la bonne recette ? Certainement pas. Le débat autour des projets de Theresa May fait heureusement rage outre-Manche. Pour autant, les Anglais ne crient pas au fascisme. Pas sûr que ce serait pareil en France.