Macron, candidat des médias ?

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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L'ancien ministre de l’Économie Emmanuel Macron pâtit d'un écart important entre sa popularité médiatique et son électorat potentiel.

Quelques heures après la démission du ministre de l’Économie, les sondages ne sont pas très bons pour Macron.

Effectivement. Quand on demande aux Français de dire s’il doit se présenter à la présidentielle, ils répondent "non" pour une majorité d’entre eux. A 60 % dans le sondage que publie aujourd’hui Le Figaro avec OpinionWay. A 65% dans le sondage de BFM avec Elabe et à 53 % dans le sondage d’Europe1 avec l’Ifop.

A chaque fois, ce sont surtout les électeurs de gauche qui sont d’ailleurs les plus rétifs. Bien sûr, ces sondages ne sont qu’une photographie à un instant "T". Ils peuvent évoluer et on peut les interpréter de différentes façons. Mais ils montrent que le chemin est encore long pour Macron.

Quel enseignement tirez-vous de ces études d’opinion ?

Quand on voit l’excellent accueil qui lui a été réservé dans les médias, à quelques exceptions près, on doit se poser la question : Macron est-il le candidat des médias ? Mardi soir, il a été reçu 18 minutes par le Journal de 20 h de TF1. On n’a jamais vu ça, alors que Macron n’est même pas encore candidat. Pareil dans la presse, de droite comme de gauche, les commentaires sont flatteurs. En fait, les médias sont excités car Macron renouvelle leur fonds de commerce. Depuis des années, ils passent de Sarkozy à Hollande, de Juppé à Aubry, de Mélenchon à Le Pen père et fille. "Ras-le-bol". Macron arrive comme le messie, il rafraîchit la galerie du haut de ses 38 ans. C’était pareil avec Ségolène Royal en 2006 qui sortait de nulle part. En plus, Macron est inclassable, il transgresse les frontières entre la droite et la gauche. Les médias adorent ça. Macron, ce n’est pas du prêt-à-penser, c’est du prêt-à-défricher. Qui est-il vraiment ? Ca fait vendre.

Oui, mais les médias n’ont jamais fait une élection !

Jamais, et c’est heureux. Contrairement à ce que disait de Gaulle, les Français ne sont pas de veaux. Il ne faut pas confondre la popularité d’une personnalité avec la capacité de celle-ci à être élue aux yeux de l’opinion publique. Simone Veil ou Bernard Kouchner étaient très populaires, mais ils n’ont jamais brillé dans une élection, même mineure. C’est le défi que doit relever aujourd’hui Emmanuel Macron. Oui, il est populaire, mais il a encore beaucoup de travail devant lui pour gagner la confiance des Français