Hulot, du rêve à la réalité

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Longtemps indépendant, courtisé par tous car populaire, Nicolas Hulot est aujourd'hui au gouvernement. Là où se fait la politique, la vraie, et ça change tout.

Le regard d'Yves Thréard. Bonjour Yves. Nicolas Hulot va présenter aujourd’hui son plan climat et va ainsi passer du rêve à la réalité

Longtemps, il fut indépendant. Libre de sa parole et de ses critiques. Courtisé par tous, de droite comme de gauche. Pour ce qu’il était, car il était populaire. Pour ce qu’il représentait, car il était le chantre, le griot, le télécologiste d’un monde plus propre, le défenseur de notre environnement. C’est forcément sympathique. Personne ne peut être contre cette cause-là. Aujourd’hui, Nicolas Hulot est au gouvernement. Il a accepté la main tendue de Macron, promesse d’un nouveau discours, de nouvelles méthodes pour changer la France. Il est donc rentré dans l’atmosphère des cabinets. Là où se fait la politique, la vraie. Avec forcément des compromis, des concessions, des accommodements. C’est une tout autre paire de manche. On y laisse toujours des plumes. Hulot va-t-il s’y faire ? Les mauvais augures lui prédisent un passage éclair. Pour Hulot, l’heure de vérité a sonné.

Car Hulot est attendu au tournant

Quand on est ministre, on a des comptes à rendre. Déjà Le Canard Enchaîné a commencé à attaquer hier. Le journal s’inquiète de savoir qu’il puisse encore toucher des dividendes de sa société de conseil et être exposé à des conflits d’intérêt à cause des partenaires peu écolo compatibles de sa Fondation. Mais c’est surtout sur sa matière qu’on l’attend. Si, sur les pesticides, il a triomphé du ministre de l’Agriculture, il a perdu une bataille, ces jours-ci, au niveau européen sur les perturbateurs endocriniens. Aujourd’hui, avec l’accord de Macron, il devrait annoncer de fortes augmentations de la fiscalité verte et le retour d’une nouvelle écotaxe. Mais les objectifs sont à long terme. Or, c’est sur le court terme qu’on veut l’entendre. Sur l’avenir de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes qui sera scellé à la rentrée. Sur le coût faramineux du nucléaire, avec la fermeture de Fessenheim et l’ouverture de l’EPR de Flamanville. L’accident de Fukushima a rendu Hulot beaucoup moins conciliant avec l’atome.

S’il veut peser et rester populaire, Hulot doit se montrer ferme mais habile

C’est son intérêt s’il veut être le premier à laisser une trace indélébile là où ses prédécesseurs ont été obligés de se soumettre. Sa grande chance, c’est que Macron serait le premier à faire les frais d’un divorce avec lui. Et Hulot le sait.